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19/06/2008

Robert Coover

"J'ai lu bien sûr ces critiques français des années 1940 et 1950 qui avaient su percevoir dans ces films l'envers peu reluisant de l'Amérique décrite par Hollywood. Les auteurs de ces films n'étaient pas prisonniers d'impératifs commerciaux : la modestie de ces productions leur permettait de prendre des risques impensables dans d'autres genres, et notamment de remettre en question l'optimisme ambiant, de suggérer que notre victoire dans la Seconde Guerre mondiale ne faisait pas forcément de nous des héros, que le pouvoir était peut-être corrompu, que les policiers n'étaient pas tous des gens bien... Il y avait à l'œuvre dans ces séries B une vision sombre et existentialiste de l'Amérique à laquelle les critiques français ont su être sensibles."
 
L'article Ici 

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22/05/2008

ma prochaine lecture

« Stéphane Audoin-Rouzeau commence et termine son ouvrage sur un double souhait. En premier lieu, que son livre puisse contribuer à combler une immense lacune dans le travail collectif des sciences sociales, spécialement en France, où l’analyse de la guerre comme expérience de la violence n’est pas comprise comme "objet d’investigation légitime". En second lieu, que son travail soit discuté et prolongé par d’autres. Plutôt qu’une œuvre définitive, cette somme veut être un travail de pionnier – d’ouvreur de route, dit-on dans l’infanterie. Il prend d’ailleurs le plus grand soin d’instruire des questionnements qu’il laisse sans réponse, et de proposer quelques unes de ses observations comme autant de balises pour l’avenir de la recherche. »

Si cela vous dit, c'est Ici

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20/05/2008

langage coloré de Dosto

« mais si quelque chose embarrassait Kolia, ce n’étaient que les "marmots". Il va sans dire que l‘aventure inopinée de Catherine lui inspirait le plus profond mépris, mais il aimait beaucoup les marmots délaissés et leur avait déjà porté un livre pour enfants. Nastia, l’aînée, âgée de huit ans, savait lire, alors que le plus jeune marmot, le petit Kostia qui en avait sept, aimait beaucoup l‘écouter lui faire la lecture. Bien entendu, Krassotkine aurait pu les occuper d’une façon plus intéressante, c’est-à-dire les aligner côte à côte et jouer avec eux aux soldats ou à cache-cache dans toute la maison. Il l’avait déjà fait plus d’une fois et n’y répugnait pas, si bien que le bruit avait même couru dans sa classe qu’à la maison Krassotkine jouait avec ses petits locataires "aux guides", faisant un des chevaux en encensant de la tête. Mais krassotkine avait fièrement paré cette accusation en faisant observer qu’avec des enfants de son âge, ceux de treize ans, il eût en effet été déshonorant  "de nos jours" de jouer aux guides, mais qu’il le faisait pour les "marmots" parce qu’il les aimait bien, et que personnes n’avait le droit de lui demander compte de ses sentiments. Aussi bien, les deux marmots l’adoraient-ils. »

Les Fères K, page 598 Class. de Poche 

quelques pages plus loin :

— Dès que je vous ai vu avec un chien, j’ai aussitôt pensé que vous ameniez cette Joutchka

— Attendez, Karamazov, nous la retrouverons peut-être, mais celui-ci c’est Perezvon. Je vais le laisser entrer dans la chambre et peut-être ainsi dériderai-je mieux Ilioucha qu’avec le chiot de molosse. Ah ! Mon Dieu, qu’ai-je donc à vous retenir ! S’écria-t-il précipitamment. Vous n’avez par ce froid que votre redingote sur le dos, et moi qui vous retiens ! Vous voyez quel égoïste je suis ! Oh, nous sommes tous des égoïstes Karamazov !

— Ne vous inquiétez pas, c’est vrai qu’il fait froid, mais je ne m’enrhume pas facilement. Allons pourtant là-bas. À propos : comment vous appelez-vous, je sais que c’est Kolia, mais après ?

— Nicolas, Nicolas Ivanov Krassotkine ou comme on dit en langage administratif, fils krassotkine, répondit Kolia en riant on ne sait pourquoi, mais soudain il ajouta :

— Je hais, cela va sans dire, mon prénom de Nicolas.

— Vous avez treize ans ? Demanda Aliocha.

— C’est-à-dire quatorze dans quinze jours très prochainement. Je vous avoue d’avance une faiblesse, Karamazov, je vous le dis à vous à l’occasion de notre première rencontre, pour que vous voyiez d’emblée toute ma nature : je déteste qu’on me demande mon âge, détester c’est peu dire… et enfin… une calomnie court à mon sujet : que la semaine dernière j’ai joué aux brigands avec les préparatoires. Que j’aie joué c’est la vérité, mais prétendre que j’ai joué pour moi, pour mon propre plaisir, c’est carrément une calomnie. J’ai des raisons de croire que cela est venu à vos oreilles, seulement je n’ai pas joué pour moi, mais pour la marmaille parce qu’ils n’avaient rien su inventer sans moi. Et ainsi on répand toujours chez nous des sottises. C’est une ville de potins, je vous assure.

— Et quand vous auriez joué pour votre plaisir, qu’y aurait-il donc à cela ?

— Ma foi, pour soi… Vous n’allez tout de même pas jouer aux guides ?

— Vous n’avez qu’à raisonner ainsi, répondit Aliocha en souriant : les grandes personnes vont bien au théâtre, par exemple, or au théâtre on montre aussi les aventures de différents héros, parfois aussi avec des scènes de brigandage et de guerre, alors n’est-ce pas la même chose, dans son genre bien entendu ? Or, quand les jeunes jouent, pendant les récréations, à la guerre ou, disons, aux brigands, c’est bien aussi de l’art naissant, un besoin artistique naissant dans la jeune âme, et parfois ces jeux s’organisent même avec plus de cohérence que les représentations théâtrales ; la seule différence est qu’on va au théâtre pour voir les acteurs, alors qu’ici les jeunes sont eux-mêmes les acteurs. Mais ce n’est que naturel.

— C’est-ce que vous pensez ? Telle est votre conviction ? Demanda Kolia en le regardant attentivement. Vous savez, vous avez exprimé une idée assez curieuse : en rentrant chez moi, je ferai travailler mes méninges là-dessus. J’avoue que je m’attendais bien qu’il y aurait quelque chose à apprendre de vous. Je suis venue m’instruire auprès de vous, karamazov, conclut Kolia d’un ton pénétré et expansif.

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