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24/09/2008

Molloy

Un extrait de Molloy de Samuel Beckett

"Bon. Maintenant qu’on sait où l’on va, allons-y. Il est si bon de savoir où l’on va, dans les premiers temps. Ça vous enlève presque l’envie d’y aller. J’étais distrait, moi qui le suis si peu, car de quoi le serais-je, et quant à mes mouvements encore plus incertain qu’à l’ordinaire. La nuit avait dû me fatiguer, enfin m’affaiblir, et le soleil, se hissant de plus en plus à l’est, m’avait empoisonné pendant que je dormais. Entre lui et moi, avant de fermer les yeux, j’aurais dû mettre la masse du rocher. Je confonds est et ouest, les pôles aussi, je les intervertis volontiers. Je n’étais pas dans mon assiette. Elle est profonde, mon assiette, une assiette à soupe, et il est rare que je n’y sois pas. C’est pourquoi je le signale. Je fis néanmoins quelques milles sans accroc et arrivai ainsi sous les remparts. Là je descendis de selle, conformément au règlement. Oui, pour entrer dans la ville et pour en sortir, la police exige que les cyclistes descendent de selle, que les automobiles se mettent en première vitesse, que les hippomobiles n’avancent qu’au pas. La raison de cette ordonnance est je crois la suivante, que les voies d’accès, et bien entendu de sortie, de cette ville sont étroites et obscurcies par d’immenses voûtes, sans exception. C’est une bonne règle et j’y obtempère avec soin, malgré le mal que j’ai à avancer en me servant de mes béquilles et en poussant ma bicyclette en même temps. Je m’arrangeais. Il fallait y penser. Ainsi nous franchîmes cette passe difficile, ma bicyclette et moi, en même temps. Mais un peu plus loin je m’entendis interpeller. Je levai la tête et vis un agent de police. C’est là une façon elliptique de parler, car ce ne fut que plus tard, par voie d’induction, ou de déduction, je ne sais plus, que je sus ce que c’était. Que faites-vous là ? dit-il. J’ai l’habitude de cette question, je la compris aussitôt. Je me repose, dis-je. Vous vous reposez, dit-il. Je me repose, dis-je. Voulez-vous répondre à ma question ? s’écria-t-il. Voilà ce qui m’arrive régulièrement quand je suis acculé à la confabulation, je crois sincèrement avoir répondu aux questions qu’on me pose et en réalité il n’en est rien. Je ne rétablirai pas cette conversation dans tous ses méandres. Je finis par comprendre que ma façon de me reposer, mon attitude pendant le repos, à califourchon sur ma bicyclette, les bras sur le guidon, la tête sur les bras, attentait à je ne sais plus quoi, à l’ordre, à la pudeur. J’indiquai modestement mes béquilles et hasardai quelques bruits sur mon infirmité, qui m’obligeait à me reposer comme je le pouvais, plutôt que comme je le devais. Je crus comprendre alors qu’il n’y avait pas deux lois, l’une pour les bien-portants et l’autre pour les invalides, mais une seule, à laquelle devaient se plier riches et pauvres, jeunes et vieux, heureux et tristes. C’était un beau parleur. Je fis remarquer que je n’étais pas triste. Qu’est-ce que j’avais dit là ! Vos papiers, dit-il, je le sus un instant plus tard. Mais non, dis-je, mais non. Vos papiers ! s’écria-t-il. Ah mes papiers. Or les seuls papiers que je porte sur moi, c’est un peu de papier journal, pour m’essuyer, vous comprenez, quand je vais à la garde-robe. Oh je ne dis pas que je m’essuie chaque fois que je vais à la garde-robe, non, mais j’aime être en mesure de le faire, le cas échéant. Cela est naturel, il me semble. Affolé je sortis ce papier de ma poche et le lui mis sous le nez. Le temps était beau. Nous prîmes par des petites rues ensoleillées, peu passantes, moi sautillant entre mes béquilles, lui poussant délicatement ma bicyclette, de sa main gantée de blanc. Je ne — je ne me sentais pas malheureux. Je m’arrêtai un instant, je pris cela sur moi, levai la main et touchai le dôme de mon chapeau. Il était brûlant. Je sentais se retourner sur notre passage des visages gais et calmes, visages d’hommes, de femmes, d’enfants. Il me sembla entendre, à un moment donné, une musique lointaine. Je m’arrêtai, pour mieux l’écouter. Avancez, dit-il. Écoutez, dis-je. Avancez, dit-il. On ne me permettait pas d’écouter de la musique. Cela aurait pu provoquer un attroupement. Il me donna une bourrade dans le dos. On m’avait touché, oh pas la peau, mais quand même, ma peau l’avait senti, ce dur poing d’homme, à travers ses couvertures. Tout en avançant de mon pas le meilleur je me donnais à cet instant doré, comme si j’avais été un autre."

 

 Samuel Beckett

17:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

19/09/2008

Bâtisseur d'espoir

"... avec un mot dont presque personne n'avait entendu parler : la résilience. La faculté à résister à des événements extrêmement traumatiques, voire à s'appuyer sur eux pour prendre un nouveau développement.

Rebondir sur la dureté de la guerre, de la mort, des grands fracas de la vie... Qui, sinon lui, aurait pu populariser avec tant d'humanité ce message d'espoir ? Car ce neuropsychiatre au parcours atypique est lui-même un grand résilient. Lorsqu'on découvre le titre de son dernier ouvrage Autobiographie d'un épouvantail, (Odile Jacob, 280 p., 22,50 euros), on s'interroge : à 71 ans, aurait-il décidé de rompre le silence ? On lit, on sourit. L'essai, ambitieux et foisonnant, est parmi ses meilleurs. Mais, de personnel, juste une phrase : "J'étais enfant après la seconde guerre mondiale." " Lire intégralement l'article  dans Le Monde

19:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

30/08/2008

Les romans de Carco

Lampieur est-il hanté par sa victime ? Il serait plutôt hanté par un sentiment de fatalité, mais ça revient peut-être au même.

 

« Il y avait déjà trois semaines que la police recherchait l'assassin de la rue Saint-Denis... Lampieur n'avait aucun remords de son crime. Pourtant une terrible angoisse montait en lui ...

Ouvrier boulanger, il travaillait dans la cave et les filles qui remontaient, très tard, la rue Saint-Denis, s'accroupissaient devant le soupirail et jetaient tour à tour une ficelle avec des sous pour avoir un morceau de pain chaud. Or, la nuit du crime, quand il était revenu, il avait trouvé la ficelle qui pendait, inerte, du soupirail. Laquelle de ces filles s'était aperçue de son absence et pourquoi ne l'avait-elle pas dénoncé à la police ?

Il n'en pouvait plus ; il fallait qu'il sache...

Exprimant dans une langue forte et riche des sentiments très violents, L'Homme traqué est un des romans les plus émouvants du grand écrivain Francis Carco. »

ICI

 

10:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)