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22/05/2008

ma prochaine lecture

« Stéphane Audoin-Rouzeau commence et termine son ouvrage sur un double souhait. En premier lieu, que son livre puisse contribuer à combler une immense lacune dans le travail collectif des sciences sociales, spécialement en France, où l’analyse de la guerre comme expérience de la violence n’est pas comprise comme "objet d’investigation légitime". En second lieu, que son travail soit discuté et prolongé par d’autres. Plutôt qu’une œuvre définitive, cette somme veut être un travail de pionnier – d’ouvreur de route, dit-on dans l’infanterie. Il prend d’ailleurs le plus grand soin d’instruire des questionnements qu’il laisse sans réponse, et de proposer quelques unes de ses observations comme autant de balises pour l’avenir de la recherche. »

Si cela vous dit, c'est Ici

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20/05/2008

langage coloré de Dosto

« mais si quelque chose embarrassait Kolia, ce n’étaient que les "marmots". Il va sans dire que l‘aventure inopinée de Catherine lui inspirait le plus profond mépris, mais il aimait beaucoup les marmots délaissés et leur avait déjà porté un livre pour enfants. Nastia, l’aînée, âgée de huit ans, savait lire, alors que le plus jeune marmot, le petit Kostia qui en avait sept, aimait beaucoup l‘écouter lui faire la lecture. Bien entendu, Krassotkine aurait pu les occuper d’une façon plus intéressante, c’est-à-dire les aligner côte à côte et jouer avec eux aux soldats ou à cache-cache dans toute la maison. Il l’avait déjà fait plus d’une fois et n’y répugnait pas, si bien que le bruit avait même couru dans sa classe qu’à la maison Krassotkine jouait avec ses petits locataires "aux guides", faisant un des chevaux en encensant de la tête. Mais krassotkine avait fièrement paré cette accusation en faisant observer qu’avec des enfants de son âge, ceux de treize ans, il eût en effet été déshonorant  "de nos jours" de jouer aux guides, mais qu’il le faisait pour les "marmots" parce qu’il les aimait bien, et que personnes n’avait le droit de lui demander compte de ses sentiments. Aussi bien, les deux marmots l’adoraient-ils. »

Les Fères K, page 598 Class. de Poche 

quelques pages plus loin :

— Dès que je vous ai vu avec un chien, j’ai aussitôt pensé que vous ameniez cette Joutchka

— Attendez, Karamazov, nous la retrouverons peut-être, mais celui-ci c’est Perezvon. Je vais le laisser entrer dans la chambre et peut-être ainsi dériderai-je mieux Ilioucha qu’avec le chiot de molosse. Ah ! Mon Dieu, qu’ai-je donc à vous retenir ! S’écria-t-il précipitamment. Vous n’avez par ce froid que votre redingote sur le dos, et moi qui vous retiens ! Vous voyez quel égoïste je suis ! Oh, nous sommes tous des égoïstes Karamazov !

— Ne vous inquiétez pas, c’est vrai qu’il fait froid, mais je ne m’enrhume pas facilement. Allons pourtant là-bas. À propos : comment vous appelez-vous, je sais que c’est Kolia, mais après ?

— Nicolas, Nicolas Ivanov Krassotkine ou comme on dit en langage administratif, fils krassotkine, répondit Kolia en riant on ne sait pourquoi, mais soudain il ajouta :

— Je hais, cela va sans dire, mon prénom de Nicolas.

— Vous avez treize ans ? Demanda Aliocha.

— C’est-à-dire quatorze dans quinze jours très prochainement. Je vous avoue d’avance une faiblesse, Karamazov, je vous le dis à vous à l’occasion de notre première rencontre, pour que vous voyiez d’emblée toute ma nature : je déteste qu’on me demande mon âge, détester c’est peu dire… et enfin… une calomnie court à mon sujet : que la semaine dernière j’ai joué aux brigands avec les préparatoires. Que j’aie joué c’est la vérité, mais prétendre que j’ai joué pour moi, pour mon propre plaisir, c’est carrément une calomnie. J’ai des raisons de croire que cela est venu à vos oreilles, seulement je n’ai pas joué pour moi, mais pour la marmaille parce qu’ils n’avaient rien su inventer sans moi. Et ainsi on répand toujours chez nous des sottises. C’est une ville de potins, je vous assure.

— Et quand vous auriez joué pour votre plaisir, qu’y aurait-il donc à cela ?

— Ma foi, pour soi… Vous n’allez tout de même pas jouer aux guides ?

— Vous n’avez qu’à raisonner ainsi, répondit Aliocha en souriant : les grandes personnes vont bien au théâtre, par exemple, or au théâtre on montre aussi les aventures de différents héros, parfois aussi avec des scènes de brigandage et de guerre, alors n’est-ce pas la même chose, dans son genre bien entendu ? Or, quand les jeunes jouent, pendant les récréations, à la guerre ou, disons, aux brigands, c’est bien aussi de l’art naissant, un besoin artistique naissant dans la jeune âme, et parfois ces jeux s’organisent même avec plus de cohérence que les représentations théâtrales ; la seule différence est qu’on va au théâtre pour voir les acteurs, alors qu’ici les jeunes sont eux-mêmes les acteurs. Mais ce n’est que naturel.

— C’est-ce que vous pensez ? Telle est votre conviction ? Demanda Kolia en le regardant attentivement. Vous savez, vous avez exprimé une idée assez curieuse : en rentrant chez moi, je ferai travailler mes méninges là-dessus. J’avoue que je m’attendais bien qu’il y aurait quelque chose à apprendre de vous. Je suis venue m’instruire auprès de vous, karamazov, conclut Kolia d’un ton pénétré et expansif.

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18/05/2008

On emmène Mitia

Lorsque le procès verbal fut signé, Nicolas Parfenovitch s’adressa solennellement à l’accusé et lui donna lecture de « L’ordonnance » disposant qu’en telle année et tel jour, à tel endroit, le juge d’instruction de la cour d’assises de tel arrondissement, ayant interrogé un tel (c’est-à-dire Mitia), accusé de telle ou telle chose (tous les chefs d’accusation étaient soigneusement spécifiés), et attendu que le prévenu ne se reconnaissant pas coupable de crimes retenus contre lui, n’avait rien présenté pour sa défense, que cependant les témoins (telles personnes) et les circonstances (telles et telles) le confondaient pleinement, vu tels articles du Code pénal, etc., ordonne, afin de priver un tel (Mitia) des moyens de se soustraire à l’instruction et au jugement, de l’écrouer dans telle maison de force, en le portant à la connaissance du prévenu, une copie de la présente ordonnance étant communiquée au substitut, etc., etc. Bref, on annonça à Mitia qu’à partir de cet instant il était en état d’arrestation et qu’on allait le ramener en ville, où il serait enfermé en un lieu très déplaisant. Mitia, ayant écouté attentivement, se contenta de hausser les épaules.

— Que voulez-vous, messieurs, je ne vous blâme pas, je suis prêt… Je comprends qu’il ne vous reste rien d’autre à faire.

Nicolas Parfenovitch lui expliqua avec douceur qu’il allait être emmené par le commissaire de la police rurale Mavriki Mavrikievitch, qui se trouvait justement sur place.

— Attendez, interrompit soudain Mitia, et avec un élan irrésistible il prononça en s’adressant à toutes les personnes présentes dans la pièce : messieurs, nous sommes tous cruels, tous dénaturés, tous nous faisons pleurer les autres, les mères et les bébés au sein, mais de tous - que cela soit donc établi maintenant - de tous, je suis la plus immonde vermine ! Soit ! Chaque jour de ma vie, en me frappant la poitrine, je promettais de m’amender, et chaque jour je commettais les mêmes vilenies. Je comprends maintenant qu’à des gens comme moi il faut un coup, un coup du sort, pour les prendre comme au lasso et les mater par une force extérieure. Jamais, jamais je ne me serais relevé tout seul ! Mais le tonnerre a éclaté. J’accepte le supplice de l’accusation et de mon déshonneur public, je veux souffrir et je me purifierai par la souffrance ! Je me purifierai peut-être, n’est-ce pas messieurs ? Mais entendez-le cependant pour la deuxième fois : je suis innocent de la mort de mon père ! J’accepte le châtiment, non pas pour l’avoir tué mais pour avoir voulu le tuer, et peut-être l’aurais-je vraiment tué… Mais tout de même j’ai l’intention de lutter contre vous, et cela je vous l’annonce. Je lutterai jusqu’au bout, ensuite c’est Dieu qui nous départagera. Adieu, messieurs, ne m’en veuillez pas d’avoir crié contre vous au cours de l’interrogatoire, oh, j’étais encore si stupide alors… Dans un instant je serai un détenu et maintenant, pour la dernière fois, en homme encore libre, Dmitri Karamazov vous tend la main. En vous disant adieu, je dirai adieu aux hommes !…

Sa voix se mit à trembler et il tendit en effet la main, mais Nicolas Parfenovitch qui, de tous, se trouvait le plus près de lui, cacha soudain ses mains derrière son dos d’un geste presque convulsif. Mitia s’en aperçut au même instant et tressaillit. Il laissa aussitôt retomber sa main tendue.

— L’instruction n’est pas encore terminée, balbutia Nicolas Parfenovitch légèrement confus, nous la poursuivrons en ville et, pour ma part, je suis certes prêt à vous souhaiter toute la chance possible… pour votre mise hors de cause… Personnellement, je suis toujours enclin à vous considérer comme un homme pour ainsi dire plus malheureux que coupable… tous ici, si seulement j’ose m’exprimer au nom de tous, nous sommes prêts à vous reconnaître pour un jeune homme noble quant au fond mais, hélas ! Entraîné par certaines passions à un degré quelque peu excessif…

La petite silhouette de Nicolas Parfenovitch exprima à la fin de son discours la plus entière dignité. Un instant, la pensée traversa le cerveau de Mitia que ce « gamin » allait le prendre sous le bras, l’emmener à l’écart et reprendre avec lui leur récente conversation sur les « petites filles ». Mais quelles pensées, tout à fait étrangères à la situation et saugrenues, ne viennent-elles pas, parfois même au criminel qu’on conduit au supplice ?

— Messieurs, vous êtes bons, vous êtes humains, puis-je la voir, lui dire un dernier adieu ? Demanda Mitia.

— Sans doute, mais vu que… en un mot, ce n’est plus possible hors de la présence…

— Soit, soyez présents !

On amena Grouchenka, mais les adieux furent brefs, avares de paroles et ne satisfirent pas Nicolas Parfenovitch. Grouchenka fit à Mitia un profond salut.

— Je t’ai dit que je suis à toi, et je le serai, je te suivrai pour toujours, où qu’on t’envoie. Adieu, toi qui t’es perdu sans être coupable !

Ses lèvres frémirent, des larmes jaillirent de ses yeux.

— Pardonne-moi mon amour, Groucha, et aussi d’avoir causé ta perte par mon amour !

Mitia voulait dire autre chose encore, mais brusquement il coupa court lui-même et sortit. Il fut aussitôt entouré de gens qui ne le quittaient pas des yeux. En bas du perron devant lequel, la veille, il s’était arrêté avec un tel éclat dans la troïka d’André, attendaient déjà deux voitures toutes prêtes. Mavriki Mavrikievitch, trapu et corpulent, à la figure bouffie, était irrité par quelque chose, par un désordre imprévu, il s’emportait et criait. Ce fut avec une rudesse quelque peu excessive qu’il invita Mitia à monter dans la charrette. « Naguère, quand je lui offrais à boire au cabaret, il avait une tout autre tête », pensa Mitia en montant. Trifon Borissitch avait aussi descendu le perron. À la porte cochère se pressait du monde, des paysans, des femmes, des cochers, tous les yeux étaient fixés sur Mitia.

— Adieu, bonnes gens ! cria subitement Mitia de la voiture.

— Adieu, firent deux ou trois voix.

— Adieu toi aussi, Trifon Borissitch !

Mais Trifon Borissitch ne tourna même pas la tête, peut-être était-il bien trop occupé. Lui aussi criait et s’agitait, on ne savait pourquoi. Dans la deuxième voiture, dans laquelle deux gardes devaient accompagner Mavriki Mavrikievitch, tout n’était pas encore en ordre. Le paysan désigné pour cette deuxième troïka enfilait sa houppelande et soutenait ferme que ce n’était pas à lui de partir, mais à Akim. Mais Akim n’était pas là ; on était parti le chercher : le paysan insistait et suppliait qu’on l’attendît.

— Nos gens, Mavriki Mavrikievitch, ne savent pas ce que c’est la conscience ! S’exclammait Trifon Borissitch. Akim t’a donné avant-hier une pièce de vingt-cinq kopecks, tu les a bus, et maintenant tu brailles. Je m’étonne seulement de votre bonté avec nos sales gens, Mavriki Mavrikievitch, je ne vous dis que ça !

— Mais qu’avons-nous besoin d’une deuxième troïka ? intervint Mitia, partons dans une seule, Mavriki Mavrikievitch, je ne me rebellerai tout de même pas, je ne me sauverai pas, à quoi bon une escorte ?

— Veuillez, monsieur, apprendre à me parler si vous ne le savez pas encore, veuillez ne pas me tutoyer et gardez vos conseils pour une autre occasion… coupa soudain férocement Mavriki Mavrikievitch, comme heureux de passer sa colère.

Mitia se tut. Il était tout rouge. Au bout d’un instant, il eut soudain très froid. La pluie avait cessé, mais le ciel brumeux était tout enveloppé de nuages, un vent coupant soufflait en pleine figure. « Aurais-je la fièvre ? » pensa Mitia avec un geste frileux des épaules. Enfin Mavriki Mavrikievitch monta à son tour dans la voiture, s’assit pesamment, s’étala et feignant de ne pas s’en apercevoir, refoula fortement Mitia. Il est vrai qu’il était de mauvaise humeur et que la mission dont on l’avait chargé lui déplaisait fort.

— Adieu, Trifon Borissitch ! cria de nouveau Mitia, et il sentit lui-même que ce n’était pas cette fois par bonhomie qu’il criait mais de colère, malgré lui. Mais Trifon Borissitch se tenait dans une attitude fière, les mains au dos, les yeux fixés droit sur Mitia, il le regardait d’un air sévère et courroucé et ne lui répondit rien.

— Adieu Dmitri Fédorovitch, adieu ! fit soudain la voix de Kalganov, surgi à l’improviste de quelque part. Accourant vers la troïka, il lui tendit la main. Il était nu-tête. Mitia eut encore le temps de saisir sa main et de la serrer.

— Adieu, cher garçon, je n’oublierai pas ta générosité ! s’exclama-t-il avec chaleur. Mais la voiture s’ébranla et leurs mains se séparèrent. La clochette se mit à tinter : on avait emmené Mitia.

Kalganov courut dans le vestibule, s’assit dans un coin, baissa la tête et, se couvrant le visage de ses mains, se mit à pleurer ; Longtemps il resta ainsi, il pleurait comme s’il était encore un petit garçon et non pas un jeune homme de vingt ans. Oh, il était presque convaincu de la culpabilité de Mitia. « Qu’est-ce donc que les gens, que peut-on après cela attendre de l’humanité ! » s’exclammait-il avec incohérence dans un découragement amer, presque désespéré. Il n’avait même plus envie de vivre en cet instant. « Cela vaut-il la peine, cela vaut-il la peine ? » s’écriait le jeune homme affligé.

Dostoïevski

Les Frères Karamazov Classique de Poche P.584 à 587

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