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22/01/2008

Extrait

Un extrait de L’Affaire du boucher du Vieux-Lille de Christophe Debien. Édit. Ravet-Anceau. Polar en nord :

"Devant la porte battante de la salle des nécrops, une femme endeuillée de velours noir, la mère probablement, ne cessait d’arpenter le couloir dans sa largeur.

Je ralentis le pas, et observai son étrange manège.

Elle s’asseyait sur l’un des bancs lacérés de graffiti, se figeait un instant puis se relevait pour se rasseoir de l’autre côté. À chaque nouveau cycle, elle s’arrêtait quelques secondes pour griffer la peinture écaillée de la porte avec ses ongles vernis.

Il semblait bien que le cadavre n° 1-01-06-04 avait trouvé preneur.

En m’approchant, je songeais à la terrible épreuve à laquelle venait d’être confrontée cette femme : l’angoisse devant l’absence prolongée de sa fille, le meurtre étalé dans les journaux, le coup de fil de la police, puis…l’Horreur.

Cette femme avait dû être obligée de contempler le corps désarticulé de sa fille car, devant l’ampleur des mutilations, je doutais qu’Aziz ait pu faire des miracles. Et pourtant, je connaissais le talent unique avec lequel La Gargouille rendait l’apparence de la vie aux cadavres avant de les présenter aux familles.

Avec un respect ancestral, coutumier, il nettoyait soigneusement toute trace de sang ou de fluide sur l’épiderme. Puis il enduisait le corps d’un mystérieux onguent (Aziz avait toujours refusé de livrer sa formule) subtilement parfumé d’ambre et de cèdre, qui semblait littéralement ressusciter la peau. Ensuite, il restait un long moment à regarder la dépouille comme pour s’en imprégner. « Je photographie son âme, disait-il, pour qu’elle s’accorde avec les vêtements que je vais choisir. »

Et il allait s’enfermer dans le minuscule local où il avait entassé une vertigineuse réserve d’effets en tout genre. Il revenait quelques instants plus tard et habillait, lentement, précautionneusement, la victime.

Soudain, on comprenait la magie d’Aziz : d’un amas de chairs mortes, il avait pétri un être endormi, dont on pouvait lire la personnalité, les défauts, les faiblesses comme s’il s’agissait d’un parent ou d’un ami.

Enfin, Aziz enduisait les parties découvertes de la base huileuse destinée à fixer le maquillage : il camouflait les cicatrices, les hématomes, rallumant le regard, ornementant les mains, insufflant la vie. Aziz, j’en étais persuadé dans ces moments-là, devait être égyptien. Car, dans ses veines, coulait le sang d’un grand prêtre préparant Pharaon à affronter le regard d’Horus.

J’étais parvenu à présent devant la double porte, m’interposant par nécessité sur la trajectoire de la femme en noir. Elle me fixa un instant, tout en continuant à graver le bois de ses ongles. Aucune larme ne creusait son visage, aucune larme n’y avait sa place. Car chaque trait, chaque interstice n’était qu’un hurlement muet d’une intensité atroce.

Je ne pus supporter cette vision et m’apprêtais à pousser le battant lorsque mes yeux s’arrêtèrent sur le mouvement de ses mains : elle traçait, du bout de ses doigts, de petits signes réguliers, comme une écriture minuscule imprimée sur le mur.

Soudain, je fus pris d’une violente nausée, lorsque je réalisai qu’il s’agissait de la reproduction maladroite des scarifications tracées dans la chair de sa fille !

La lumière elle-même semblait s’être figée, sculptant les vivants à l’image de la morte, refusant de ricocher, comme à l’accoutumée, sur l’inox des bacs de dissection. Au centre de la pièce, sur l’autel improvisé d’une table recouverte d’étoffes, une jeune fille semblait attendre le baiser d’un prince charmant pour se réveiller. Devant, trois statues humaines fixaient le visage paisible de l’adolescente : Vanacleef et Aziz, encadrant un homme au regard absent.

Je réalisai alors combien j’avais sous-estimé le talent de La Gargouille ! Aucune trace, aucune cicatrice sous la lueur crue du réflecteur chirurgical. Les mutilations de la face avaient été corrigées par des modelages de cire habilement colorés, les yeux remplacés par des répliques de verre, les béances auriculaires dissimulées par les mouvements d’une coiffure soigneusement ordonnée. La jeune fille portait un ensemble pourpre qui semblait lui avoir toujours appartenu. Les membres avaient été judicieusement disposés afin que l’on ne remarque pas les segments manquants. Oh oui, j’avais sous-estimé Aziz et à présent, j’avais l’impression que c’étaient les morts qui étaient debout !

Un détail capta mon attention tandis que j’arrivai tout près du corps : à la naissance de la poitrine, dans le discret décolleté, quelques scarifications apparaissaient légèrement en relief malgré le maquillage. Un détail que seul l’œil d’un praticien exercé, ou celui d’une mère, pouvait déceler."

Christophe Debien

15:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

21/01/2008

L'affaire du boucher du Vieux-Lille

Dans L’affaire du boucher du Vieux-Lille, (Il s’agit d‘une fiction rassurez-vous), ésotérisme et esprit scientifique se côtoient naturellement. Le cauchemar l’emporte hélas sur la magie et le lecteur arrive pas à pas au dénouement redouté. Grâce, beauté et intelligence ne reflètent pas une âme dans cette histoire. La taxidermie peut-elle tourner au maléfice ? La science poussée aux frontières de l’irrationnel nous amène à repenser la communication. Ce bon bouquin est de Christophe Debien, édité chez Ravet-Anceau, Polar en nord.

Mon p’tit remontant pour me remettre des émotions de cette lecture avec Jerry Lee Lewis, si cela vous dit, c’est ici

21:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

15/01/2008

Hommage à la poule

8ccae771ec1530369c6c167baa5fb322.jpgL’homme, à des fins de profits personnels, a stoppé l’évolution de nombreux animaux : nous avons nommé la plupart des animaux domestiques. Et s’il n’a pas réussi à abêtir le chat et l’âne, la poule, elle, n’y a pas échappé ! Le temps est peut-être venu d’assumer cette réflexion de Chatillon : "l’homme est le dernier stade dans l’évolution perceptible à nos sens. Ce grade lui confère – non pas l’autocratie brutale sur le monde – mais une responsabilité envers toutes les formes universelles moins évoluées."

Notre ami Jacques Dufilho, le génial comédien, allait quelquefois savourer la quiétude du monastère qu’il s’était aménagé en Gascogne ; là, il y retrouvait bien sûr son épouse mais aussi une jument à qui il vouait une très grande affection et qui déjeunait à table avec lui ; il était heureux aussi d’y retrouver de nombreuses poules qui toutes étaient nommées : Paulette, Hortensia, Jacqueline…et accouraient dès qu’il les appelait.

Nous eûmes la chance de rencontrer une poule apprivoisée tout à fait charmante et tendre : elle sautait littéralement dans nos bras afin qu’on la câline, elle gloussait de joie en nous voyant déguster son œuf quasi quotidien qu’elle avait pondu dans l’immense atelier du grand potier Cauville qui lui donnait asile.

Un superbe et volumineux coq que des amis à nous avaient sauvé de la casserole venait chaque matin toquer à notre fenêtre : il volait à quelques dizaines de mètres d’altitude et sur plusieurs centaines de mètres ; les paysans de la région le surnommaient le Coq et étaient très fiers de le voir féconder leurs poules, au détriment de leur propres coqs…

Nous pouvons disposer du miel des abeilles sans leur nuire, des feuilles et des fruits des végétaux sauvages sans les infirmer, et des œufs des gallinacées et de certains oiseaux sans pour autant les empêcher de couver, du lait des chèvres, des brebis et des vaches sans avoir à tuer leurs petits. Ne nous gênons pas : que les poules meurent de vieillesse dans nos clapiers et elles auront encore la bonté de nous léguer leur plumage.

Il est donc important pour notre survie – et celle des poules – de fabriquer un poulailler afin de leur donner asile. Nous vengerons ainsi toutes celles torturées dans les ignobles élevages en batterie et qui ne nous proposent, juste retour des choses, que des œufs empoisonnés.

La suite, dans le livre de Alain Saury, le manuel de la vie sauvage

Éditions dangles Coll. « écologie et survie »

 

21:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)