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27/07/2021

Belle journée à Hardelot ♣♣♣ Don Quichotte

À Hardelot, mes voisins de table sur ma gauche avaient comme l'on disait du temps des hippies de bonnes ondes. Pour  comprendre cette expression il suffit de la vivre. Il s'agissait d'une famille de conteurs de rêves pouvant se lire, disaient-ils à leur public, sur plusieurs niveaux. Les enfants y verraient telle chose, et les adultes décèleraient entre les lignes telle philosophie. Je me suis retrouvée à une terrasse avec une des filles du couple, qui dessine et illustre les histoires contées par les parents. J'entendais des gens admirer les dessins de l'adolescente. Je les aurais bien regardés mais je n'ai pas osé demander à feuilleter un de leurs livres à vendre, de peur de corner une page. J'ai vendu deux livres pour ma part. Pas assez pour leur en acheter un. Patrick en a vendu trois. Le Chat Moiré a engrangé une recette sur cinq livres. Quelle comptable je suis !

 

Et surtout quelle belle journée à Hardelot ! Le public était léger. Cette famille magique en somme, relaxante.

 

♣♣♣

 

Hier j'avais emmené avec moi le tome deux de Don Quichotte. J'en ai parcouru quelques lignes. Au début du tome 2, Don Quichotte, retourné chez lui après quelques aventures houleuses, comme seuls peuvent en rencontrer les adeptes d'une chevalerie errante quelque peu imaginaire, se remet peu à peu de ce que ses amis appellent sa folie. Lesquels amis sont le curé et le barbier.

 

Les deux amis en question reçoivent des nouvelles du patient par la nièce de Don Quichotte et par la gouvernante, n'osant lui rendre visite de peur de lui inspirer de nouveaux fantasmes en lui rappelant par mégarde ses folles résolutions.

 

Les nouvelles étant encourageantes, le curé et le barbier veulent vérifier par eux-mêmes si Don Quichotte est bel et bien en bonne voie de complet rétablissement. Pour ce faire, ils lui rendent visite. Tous les deux en même temps, afin notamment de se donner mutuellement du courage. Pendant un long temps la conversation de Don Quichotte est brillante. Pour le curé et le barbier,  Don Quichotte est rétabli. Par acquit de conscience toutefois, en examinateurs perfectionnistes, l'un d'eux décide de vérifier le diagnostic de guérison et tente le diable. Il lui parle donc à dessein des difficultés que rencontre de nouveau Sa Majesté avec l'ennemi Turc. Don Quichotte donne alors les premiers signes du mal qui le ronge encore car il déclare vouloir se mettre au service du roi en tant que chevalier errant et est persuadé qu'à lui seul il se pourrait qu'il vienne à bout  de toute une armée d'ennemis du royaume.

 

Dans l'espoir de lui faire réaliser sa folie et de l'en faire revenir, le barbier lui conte alors l'histoire d'un fou qui se croit guéri mais qui se trahira en déclarant au détour d'un discours d'adieu à un autre patient, au moment de sortir de l'asile, qu'il est Neptune. 

 

Réponse de Don Quichotte au barbier :

 

 

" — Monsieur le barbier, dit alors don Quichotte, c'est donc là le conte que, pour venir ici à propos, comme s'il avait été jeté au moule, vous ne pouviez vous empêcher de nous faire ? Ah ! monsieur du rasoir, monsieur du rasoir, bien aveuglé celui qui ne voit point à travers le tamis ! Est-il possible que vous ne sachiez pas que les comparaisons qui se font d'entendement à entendement, de valeur à valeur, de beauté à beauté et de lignage à lignage, sont toujours odieuses  et mal reçues ? Moi, monsieur le barbier, je ne suis point Neptune le dieu des eaux, et ne désire point que l'on me tienne pour un homme sage, puisque je ne le suis pas. Je m'épuise seulement à faire entendre au monde l'erreur où il est de ne renouveler pas le bienheureux temps où l'on voyait courir la campagne à l'ordre de la chevalerie errante ; mais la perversité de notre siècle ne mérite pas la jouissance d'un si grand bien duquel jouissaient les siècles où les chevaliers errants entreprenaient  et portaient sur leurs épaules la défense des royaumes, la protection des dames, le secours des orphelins et des pupilles, le châtiment des superbes et la récompense des humbles. La plupart des chevaliers dont on use à présent font plutôt craquer le damas, le drap d'or et autres brocarts dont ils se parent que la cotte de maille dont ils s'arment. Il n'est plus maintenant de chevalier qui dorme en rase campagne, à la rigueur du ciel, armé de toutes armes, depuis les pieds jusqu'à la tête. Il n'y en est pas un qui aujourd'hui, sans tirer le pied de l'étrier, appuyé sur sa lance, tâche seulement de couper la tête au sommeil, ainsi que faisaient les chevaliers d'antan. Pas un qui, maintenant, sortant d'un bois, passe par une montagne, et puis marche sur une déserte plage de la mer, le plus souvent altérée de tempêtes et qui, trouvant en ce rivage un petit bateau sans voile, sans rame, sans mâts et sans cordages, s'y élance néanmoins d'un cœur intrépide, se livrant aux impitoyables vagues de la mer profonde, qui tantôt s'élèvent jusqu'au ciel, tantôt le descendent en l'abîme, cependant que lui, opposant sa poitrine à l'invincible tempête, se retrouve, quand il y pense le moins, à plus de trois mille lieues d'où il s'était embarqué ; et, tombant sur une terre inconnue, il lui arrive des choses dignes d'être écrites, non pas sur parchemin, mais en bronze. Mais maintenant la paresse triomphe de la diligence, l'oisiveté du travail, le vice de la vertu, l'arrogance de la valeur, et la théorie de la pratique des armes, qui ne vivaient et ne reluisaient qu'au siècle d'or des chevaliers errants. Or dites-moi, je vous prie, trouveriez-vous un chevalier plus honnête et plus vaillant que le fameux Amadis de Gaule ? Quelqu'un plus sage et plus discret que Palmerin d'Angleterre ? Plus gentil et plus traitable que que Titan le Blanc ? Plus galant que Lisuart de Grèce ?  Plus Balafré et balafreur que don Bélianis ? Vit-on homme plus intrépide que Périon de Gaule ? Qui s'exposa à plus de périls que Félix Mars d'Hyrcanie ? Plus sincère qu'Esplandian ? Plus hasardeux que don Cirongile de Thrace ? Plus brave que Rodomont ? Qui plus prudent que le roi Sobrin ? Qui plus hardi que Renaud ? Qui plus invincible que Roland ? Qui plus gaillard et plus courtois que Roger, dont descendent aujourd'hui les ducs de Ferrare, selon Turpin en sa Cosmographie. Tous ces chevaliers et plusieurs autres que je pourrais ici mettre en avant, seigneur curé, furent chevaliers errants, la lumière et la gloire de la chevalerie."

 

La réplique de Don Quichotte n'est pas terminée. Le curé laissera dialoguer ensuite le barbier et don Quichotte puis dira "[...]  Je ne suis pas sûr que ce bataillon de chevaliers errants que vous avez ici rapportés aient vraiment et réellement été personnes de chair et d'os, et vivant dans le monde. [... ]"

 

À quoi don Quichotte va répondre que si, ils ont existé.

 

Don Quichotte pense-t-on a  lu trop de livres sur la chevalerie  et a perdu le sens des réalités. Nous voyons cependant, même si son esprit se trouble en effet, une noblesse en lui, que ne possèdent ni le curé et le barbier qui eux se contentent d'une certaine trivialité étant dans l'absolu conformisme. À savoir finalement quels sont les fous à la longue les plus dangereux ? Les intentions de don Quichotte, qui a soif de noblesse, sont quand même d'aider les plus faibles. Le curé et le barbier en question ont-ils quant à eux ces nobles préoccupations ?

 

   

 

 

13:50 Publié dans Lecture, Note | Lien permanent | Commentaires (0)

22/07/2021

Lu ce soir

"Thomas Merton

 

 

Ceux qui aiment le bruit qu’ils font ne peuvent supporter autre chose. Ils déshonorent constamment le silence des forêts, des montagnes et de la mer. Avec leurs machines, ils vrillent de tous côtés la nature silencieuse, de peur qu’un monde calme ne les accuse d’être vides. Leurs gestes pressés, qui prétendent avoir une raison d’être, semblent ignorer la tranquillité de la nature. L’avion géant semble un instant, par sa trajectoire, son vacarme et son apparente puissance, nier la réalité des nuages et du ciel. Mais, l’avion disparu, le silence du ciel demeure, et la tranquillité des nuages lorsqu’il se sera brisé. C’est le silence du monde qui est réel. Notre tumulte, nos affaires, nos projets et toutes nos déclarations prétentieuses à ce sujet sont des illusions. Que la maison soit vide ou pleine d’enfants, que les hommes partent à la ville ou aux champs sur des tracteurs, que le paquebot entre au port avec des soldats ou des touristes, l’amandier fleurit en silence.  

 

Thomas Merton, Nul n’est une île (Seuil, 1956)"

 

Blog Jubilate Deo

21:44 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)

21/07/2021

Le "doudou" du grand La Fontaine et puis Victor Hugo ♣♣♣ Le corps en mode funambule

En période de fragilité, l'adulte aussi aurait besoin d'un doudou m'est avis. Moi-même, presque vieille dame, adulte comme il se doit, qui a cependant pris pour doudou ces temps-ci les fables de La Fontaine, en témoigne. Cette nuit je me suis donc bercée avec les fables et, arrivée à la neuvième, (sans m'emmêler les pinceaux)...  l'effort de concentration m'a fait plonger dans le sommeil.

 

Je parlais de doudou parce que j'ai cherché l'autre jour mon livre de La Fontaine que j'avais égaré, comme on cherche véritablement un doudou, et je suis tombée sur les Contemplations  de Victor Hugo. J'y ai vu un signe. J'ai retrouvé Le livre des fables, mais j'ai aussi gardé près de moi Les Contemplations. Ce matin, j'ai décidé d'ouvrir le livre au hasard et je tombe sur la partie intitulée Magnitudo parvi, qui signifie Grandeur du petit.

 

La note à ce sujet : "ce titre — qui, à la différence de Melancholia", n'est pas une citation — inaugure la série des titres en latin d'"aujourd'hui". Notons que la dernière section de "Magnitudo parvi" est composée de sizains d'alexandrins et d'octosyllabes, comme les grands poèmes métaphysiques du livre VI ("Horror", "Dolor", "Religio")."

 

 

Début du poème :

 

 

XXX

 

1

 

"Le jour mourait ; j'étais près des mers, sur la grève.

 

Je tenais par la main ma fille, enfant qui rêve,

 

Jeune esprit qui se tait !

 

La terre, s'inclinant comme un vaisseau qui sombre,

 

En tournant dans l'espace allait plongeant dans l'ombre ;

 

La pâle nuit montait.

 

 

 

La pâle nuit levait son front dans les nuées ;

 

Les choses s'effaçaient, blêmes, diminuées,

 

Sans forme et sans couleur ;

 

Quand il monte de l'ombre, il tombe de la cendre ;

 

On sentait à la fois la tristesse descendre

 

Et monter la douleur."

 

 

                                             Victor Hugo

 

 

 

 

 Quatrième de couverture des Contemplations des Editions de Ludmila Charles-Wurtz :

 

 

 

"Les contemplations, que Hugo fait paraître en 1856, sont à double titre marquées par la distance et la séparation : parce que le proscrit qui, dans Châtiments, vient de fustiger Napoléon III, est en exil à Guernesey ; mais aussi parce que le recueil, en son centre, porte la brisure du deuil, et ses deux parties — "Autrefois", "Aujourd'hui" — sont séparées par la césure tragique de l'année 1843 où Léopoldine, la fille de Hugo, disparut noyée. La parole poétique prend naissance dans la mort, et "ce livre", nous dit l'écrivain, "doit être lu comme on lirait le livre d'un mort".

 

Mais Les Contemplations construisent aussi une destinée. Il se peut qu'elle emprunte à la biographie de l'écrivain ; on se tromperait pourtant à la confondre avec la sienne. Car si le lyrisme de Hugo touche à l'universel, c'est que le poète précisément dépouille ici l'écorce individuelle pour atteindre à l'intime : le sien propre et celui du lecteur qui saura ainsi se retrouver dans le miroir que lui tendent ces Mémoires d'une âme."

 

♣♣♣

 

Le corps funambule avec la séance qui suit.

Quand je suis en équilibre sur la jambe gauche, celui-ci est instable et une des mains prend souvent légèrement appui sur un support à sa portée. Toujours est-il qu'à la fin de la séance, c'est comme si je sortais d'un sauna. Super séance pour le dos, le foie, la vésicule biliaire etc.  :

 

https://youtu.be/qn_JuDiogaU