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01/02/2014

L'utopie comme débouché, c'est bien possible

"the world would never amount to a hill of beans if people didn't use their imaginations to think of the impossible."

Pete Seeger

 

 

de quoi se nourrit l'imaginaire ?

D'un environnement, d'une culture, de relations diverses. L'enfant toujours enfermé pourrait-il avoir de l'imagination créative, qui puisse le libérer par exemple de sa prison ? Car l'imagination n'est pas un délire. C'est plutôt ce qu'une personne fait des cadeaux reçus, de la nature, des paysages, des chants d'oiseaux, etc. ou de certaines souffrances aussi, afin qu'elles ne deviennent pas des poisons et conduisent à la résilience ; comme si un dialogue s'instaurait entre différents éléments de la réalité  et la personne. Pour imaginer, de façon créative comme l'entend Pete Seeger, il faut de l'espace, un certain recul, une respiration. Or le monde du prêt à penser, du consumérisme, finit par devenir une prison propre à tarir l'imaginaire créatif.

11:35 Publié dans Note | Lien permanent | Commentaires (0)

28/01/2014

Note de lecture - M. Ouine de Bernanos

Les personnages se révèlent, oui — nul doute sur l'identité du criminel, que je vous laisse découvrir par vous-même si ce n'est déjà fait — mais de façon détournée ou plutôt, Bernanos n'expose pas plein feux ses personnages aux lecteurs, il ne les donne pas en pâture, pas même M. Ouine ; dans le cas du maire qui se lâche d'un coup, se livre en espérant peut-être se délivrer, se purifier de ses tares, cela passe  par le filtre du langage de l'auteur,  langage qui fait office de lumière tamisée ; les crudités sont mises en sourdine,  le glauque recule, l'auteur s'interpose, on accède ou pas au secret par la porte dérobée des mots de Bernanos. Pas de fausse pudeur, il s'agit je pense de ne pas ajouter à la souffrance et peut-être aussi de ménager le lecteur.

 

Cependant, concernant les quelques personnages cultivés et néanmoins glauques, ou en partie, du roman, ceux-ci passent à leur manière sans cesse aux aveux, mais eux aussi de façon détournée, par le tamis de métaphores ou autre, si bien que le sens des propos de M. Ouine, par exemple, échappe au curé de Fenouille qui baigne dans une innocence sublime, ou à Steeny qui sous l'effet de l'incompréhension se met à sangloter, ou encore, ce sens peut échapper au lecteur impatient qui risque, quel dommage!  d'abandonner le roman.   

 

 

Par contre Bernanos donne  le film, pourrait-on dire, des comportements, où Ginette par exemple se dépouille de toute pudeur en se mettant constamment en scène toute seule. L'auteur, en ce qui la concerne, n'a plus qu'à la filmer avec sa grande jument dont elle n'est pas maître et qui surgit toujours on ne sait d'où ; est-ce une allégorie de la possible dangerosité de Ginette ? Il n'empêche que l'empathie de l'auteur pour cette Ginette-là est sensible. La grande jument entre donc en scène tel un personnage de dessin animé, souvent dans un halo de lumière aveuglant,  le spectateur l'espace de quelques secondes devient un auditeur, il n'entend plus que les trépignements de la jument folle avant que ne lui apparaisse la grande culbute de Ginette que sa jument choisit d'envoyer dinguer à tous les diables à la moindre occasion de la donner en ridicule au premier badaud venu, lequel risque aussi de valdinguer dans le fossé par la même occasion.

 

Que dire du curé qui s'étale de tout son long dans la boue ?  Bernanos ne veut pas rendre ses héros grotesques, il les aime ces personnages, c'est évident, pourtant, alors que "le vieux" lui devient de plus en plus sympathique, l'auteur s'empresse dirait-on, de le montrer courant soudainement de façon ridicule,  lâche d'un coup, sous les regards haineux des villageois rassemblés.  Faut-il comprendre que par ce biais Bernanos veut signifier la force maléfique du groupe sur toute personne qu'il a prise en otage ? De la solitude christique face au mal à un moment donné, en d'autres mots, du terrassement fatidique d'un homme isolé, telle une proie, sous l'hostilité d'un groupe ennemi ? Je pense que oui.    

08:29 Publié dans Note | Lien permanent | Commentaires (0)

27/01/2014

M. Ouine, note de lecture

 Bernanos laissent agir et parler ses personnages,  pour ma part je devine plus qu'autre chose bien souvent ce qu'ils veulent dire, ce qu'ils cachent ou peinent à exprimer, les mots sont souvent impuissants, les silences en disent parfois plus, mais d'un coup les mots peuvent frapper et faire lâcher au maire son bol de café au lait. L'auteur livre clairement des sensations de l'intérieur des peaux, souvent aussi les corps souffrent ou étonnent leurs propriétaires. Steeny trouve curieuse soudainement sa propre voix, ne comprend pas l'éclipse, le trou noir, qui se produit en lui quand il agresse physiquement l'amie de sa mère, gouvernante de statut mais qui, en fait, est restée pour une large part une enfant perdue qui se raccroche à sa mère, lui volant en quelque sorte l'affection de celle-ci ; problème existentiel d'autant plus ardu pour  Steeny qu'il  rappelle de plus en plus, à sa mère traumatisée par son mari, son géniteur.

 Personnages énigmatiques, lestés de leurs secrets. Il y  a aussi "le vieux", encore à se demander ce qu'il en est de ses aïeux, lesquels seraient des nobles de la maison de Lorraine, mais cela lui semble de plus en plus hasardeux. Au seuil de la mort,  cherche-t-il un réconfort dans la noblesse possible d'aïeux de plus en plus brumeux ? Est-ce de noblesse de cœur, dont il rêve comme d'un échappatoire  à moins qu'il ne soit frappé de vanité en dépit même  de son âge ? Toujours est-il, et c'est criant, que personne ne se soucie vraiment de la mort du petit vacher. Un petit vacher ce ne serait donc rien, sa vie aurait bien peu de valeur, ainsi  il suffirait pour eux que soient sauves les apparences ?

J'en suis à la moitié du livre, à force de persévérance, le roman M. Ouine devient plus compréhensible de page en page, et  l'auteur étant très sensible au paysage, à la nature, la poésie avec laquelle il en parle fait d'autant mieux suivre les mystérieux personnages qui je le pense se révèleront de plus en plus. le seul à être clair comme une de roche, c'est l'infirme, riche qui plus est de ce savoir qu'il a tiré de sa souffrance ; à son contact, le "vieux", son grand-père, devient noble, si j'ose dire, au-delà de la particule. 

04:37 Publié dans Note | Lien permanent | Commentaires (0)