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20/07/2020

Transférons notre poids doucement d'une jambe à l'autre

Chaque exercice de ce passage en revue de quelques mouvements simplissimes (pour qui n'a pas de handicap portant sur ses jambes) peut être fait durant une demi-heure selon moi, si on dispose de temps (les yeux fermés me concernant).  On s'applique à vider une jambe de son poids pour transférer celui-ci dans l'autre jambe, de façon alternative, en un doux balancement. Dans le mouvement des nuages, la main qui passe en bas balaie l'eau. Mine de rien, le dos reprend des positions justes. C'est un entraînement pour l'équilibre. On sent au passage le poids du corps passant d'une jambe à l'autre. Cela apaise l'esprit.

 

 Cerise sur le gâteau, nous respirons la fleur de lotus à la fin.

 

Ici :

 

https://youtu.be/NmQigCJNBK0

08:09 Publié dans Note | Lien permanent | Commentaires (0)

16/07/2020

Tout le monde n'a pas envie de devenir "intello"

Jankélévitch a dit un jour, méditant sur la shoah :

 

"N'écoute pas ce qu'ils disent, regarde ce qu'ils font."

 

Jankélévitch jouait bien du piano, donc c'était un manuel virtuose doté d'une intelligence manuelle qui comprend le feeling, qui comprend le "sentir" je dirais en français.

 

Il a aussi été un philosophe. Donc il savait manier les concepts et argumenter sur le plan de la rhétorique. Il a donc fallu qu'il écoute beaucoup, mais dans le sens prêter attention à ce que l'autre dit, pas dans le sens écouter comme obéir.

 

Il faut donc comprendre ce conseil ainsi : prête attention à ce qu'ils disent mais ne les suis pas forcément. Si tu veux être sûr de leur sincérité, regarde ce qu'ils font.

 

Le manuel avait parlé, le pianiste. Le philosophe est à écouter, certes, mais il doit passer à la pratique si sa philosophie est juste et là, ce n'est pas toujours évident. Un peu comme la poésie. Il faut aussi la vivre, après l'avoir vraiment intégrée.

 

Par ailleurs, d'aucuns sont philosophes sans besoin de manier des concepts, mais juste parce qu'ils ont le sens de la beauté.

 

Jeter des pierres ou balancer des bombes sur des hommes et des femmes désarmés : cet acte leur apparaît dans toute sa laideur, sa lâcheté, leur donne la nausée parce qu'ils ont le sens de la beauté. La laideur les révulse naturellement. Ceux-là n'ont pas besoin de faire de grandes études pour comprendre l'éthique. Je pense en faire partie, c'est pourquoi je peux en parler avec distance.

 

 

 

06:07 Publié dans Note | Lien permanent | Commentaires (0)

13/07/2020

Fulgurance ♣♣♣ Extrait d'un poème de Pessoa

 

Nous avons acquis pour quelques pennies une petite radio transportable partout, sans être non plus une radio de poche. Je réécoute donc la radio un peu plus souvent, notamment les lectures sur France Culture. Dans Nuits magnétiques, j'ai entendu le  vieux feuilleton de La chambre jaune. Revenir aux bons vieux classiques est une forme de ressourcement. La nuit est faite pour cela je pense. Il y a eu aussi dans ces Nuits magnétiques, la rediffusion des reportages de 1988 sur les Mariniers. Un peuple qu'un prêtre appelle un peuple de manuels. Cette corporation des Mariniers a été oubliée par les divers gouvernements qui se sont succédés. À l'école, les enfants des mariniers souffraient de la discrimination a témoigné une femme qui a vécu cette discrimination. La jeune adolescente avait trouvé le soutien d'une élève juive pour affronter cette sorte de racisme social qui n'alla pas trop loin malgré tout.

 

À ce propos, il y a, on le voit par l'exemple cité précédemment, différentes sortes de racisme, celui, en Amérique, de la couleur de peau alors qu'en France ce serait plutôt de racisme social dont il s'agirait. Nous savons notamment que le racisme social sévissait plus que jamais au début du Moyen-âge, du temps des serfs, esclaves blancs au service des aristocrates. Pour autant une paix s'instaure aujourd'hui avec eux, après que le sang de la révolution a coulé, surtout par ailleurs celui, paradoxalement, du peuple, lequel a compté le plus de guillotinés. Le peuple qui, se rendant compte qu'il peut toujours y avoir pire, a fait la paix avec les nobles à mon sens, allant même jusqu'à une certaine nostalgie de ceux-ci. Cela s'est bien vu avec François Mitterrand, qui de mon point de vue leur rendait souvent hommage à sa façon, consciemment ou pas.

 

Autre exemple de racisme social à mes yeux, extérieur à la France celui-là : le génocide entre Tutsi et Hutus. J'ai suivi un reportage qui a parlé de la fulgurance de cette guerre, du passage à l'acte. Les Hutus faisaient beaucoup de radio et, au micro défilaient nombre d'humoristes pour se moquer des Tutsi. Les agresseurs se sont servis du rire pendant un temps avant de manier la machette... des gens de radio Hutus, "blaguaient" encore, autrement dit utilisaient un humour particulièrement âpre, en disant à l'antenne d'un ton léger, lors du passage à l'acte, qu'ils retrouveraient "les petits malins" qui étaient allés se cacher dans la nature pour leur échapper.

 

La guerre est-elle toujours fulgurante comme cela ? Pendant longtemps de nombreuses personnes préfèrent rire, s'efforçant de croire que tout va s'arranger avec un peu d'humour et puis d'un coup, ça éclate, comme ce fut le cas pour les Hutus et les Tutsis ? Désormais ces deux peuples sont en passe de n'en former plus qu'un, peut-être, tant ils vivent en harmonie. Ils sont devenus des champions de la réconciliation d'après les dernières informations.

 

Le Liban est aussi un exemple de guerre au sein d'une même "race" ; j'emploie ce mot "race", qui a été ringardisé en France sous le mandat notamment de François Hollande puisque l'on parle tant de guerre raciale ces temps-ci, dans les médias.

 

L'Amérique, où l'on tue aujourd'hui pour une simple couleur de peau semble être l'exception. L'esclavage des "serfs noirs" est une cicatrice plus longue à cicatriser que celle des serfs blancs... car peut-être, les blancs de là-bas ont oublié que leurs ancêtres ont eux aussi, pour beaucoup d'entre eux été des esclaves. L'esclavage n'est pas une spécificité dévolue aux Noirs, c'est un fait historique.

 

Pour en revenir au rire, fort heureusement, il y a d'autres sortes de rires que ceux qui résonnent comme de mauvais présages tant le ricanement est mauvais ; il y a aussi des rires thérapeutiques, les rires du cœur. Rions donc en chœur, mais avec cœur.

 

Rire du cœur avec Nino Ferrer (qui, soit dit en passant, a chanté Je voudrais être un Noir, comme chacun sait) :

 

 

♣♣♣

 

Un très long poème de Pessoa dont je mets l'extrait qui me chante :

 

Le poème s'intitule Bureau de tabac.

 

L'extrait :

 

Combien d’aspirations hautes, lucides et nobles –
oui, authentiquement hautes, lucides et nobles –
et, qui sait peut-être réalisables…
qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
tomberont dans l’oreille des sourds ?
Le monde est à qui naît pour le conquérir,
et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu’il peut le conquérir.
J’ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
Sur mon sein hypothétique j’ai pressé plus d’humanité que le Christ,
j’ai fait en secret des philosophies que nul Kant n’a rédigées,
mais je suis, peut-être à perpétuité, l’individu de la mansarde,
sans pour autant y avoir mon domicile :
je serai toujours celui qui n’était pas né pour ça ;
je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvrît la porte
auprès d’un mur sans porte
et qui chanta la romance de l’Infini dans une basse-cour,
celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
Croire en moi ? Pas plus qu’en rien…
Que la Nature déverse sur ma tête ardente
son soleil, sa pluie, le vent qui frôle mes cheveux ;
quant au reste, advienne que pourra, ou rien du tout…

 

Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis l’univers avant de quitter nos draps,
mais nous nous éveillons et voilà qu’il est opaque,
nous nous éveillons et voici qu’il est étranger,
nous franchissons notre seuil et voici qu’il est la terre entière,
plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.