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04/08/2020

Céline Denjean

 

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J'ai découvert par hasard un livre d'elle. Où il est question de l'adolescence, via une Claude Dubois, éblouie par le physique avantageux d'une belle blonde aux yeux verts dont le prénom est Lucille. Claude suit le blog de Lucille, très critique vis-à-vis de la société, au regard acéré, ce qui laisse penser à Claude, impressionnée, que la personne admirée est non seulement dotée d'un physique fascinant mais d'une personnalité qui l'est tout autant. En comparaison, Claude trouve ses parents insipides, gnan gnan, cucul la praline, de même pour ses copines du Lot, qu'elle appréciait pourtant auparavant. Lucille est en fait une simple adolescente mignonne "qui se fait les dents", peut éventuellement se faire larguer, peut aussi, par manque de compréhension d'une situation, devenir odieuse, voire cruelle. Claude le comprend trop tard, prise soudain dans les entraves d'une honte de soi qui la déborde. Parallèlement à cela, il y Cazeaux, qui hait le sexe, qui hait par conséquent toute femme éveillant chez lui un désir sexuel. Cazeaux porte des œillères, si sûr de lui et de son bon droit, qu'il distribue la mort dans le milieu de la prostitution en pensant bien faire, agir en justicier.

On parle aussi dans ce livre des lourdeurs administratives, quand par exemple des gendarmes "le cul dans les ronces" attendent un feu vert de la hiérarchie pour sauver la vie d'une femme aux prises avec Cazeaux.

 

Les jugements de valeur, certes nous en portons tous, à notre insu souvent, mais chez Cazeaux cela tourne à une catégorisation sans pitié des êtres humains et au permis de tuer ceux qu'il condamne en son for intérieur.

 

Le livre s'intitule d'ailleurs "Voulez-vous tuer avec moi ce soir ?"

 

Nul doute que c'est une question que pose aux lecteurs et lectrices Cazeaux.

 

Céline Denjean a éclairé ma lanterne notamment sur la question du sadisme. Le sadique, ne pouvant se défaire de son bourreau, l'admirant peut-être, se défoule de la colère que ce bourreau suscite en lui sur des innocents, dont il fait ses proies...

 

Nous vivons dans un monde de dingues, où il ne nous reste plus qu'à faire preuve de force mentale. Céline Denjean peut y aider ses lecteurs et lectrices.

   

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02/08/2020

Merci Mathieu

Gloire à Mathieu, qui est entré par mon biais d'autrice dans 10 foyers ce jour, accomplissant la prouesse de me laisser assise durant sept heures dans la librairie, (sans compter la pause déjeuner), et cela sans envie d'uriner. J'ai signé chaque fois au lecteur : "Belle rencontre avec Mathieu". Qu'il leur fasse grand bien, comme il m'en fait, tout pareil. 

07:51 Publié dans Note | Lien permanent | Commentaires (0)

28/07/2020

Histoire de marins ♣♣♣ Les pêcheurs et les autres, vus par Annie Proulx dans Nœuds et dénouement

J'avais un sujet pour un deuxième livre, qui s'est étoffé à l'écoute de deux reportages sur la batellerie. Des femmes et des hommes de ce milieu se sont exprimés, notamment sur la crise qui les a frappés dans les années 1980, en France particulièrement. Il fallait adapter les péniches à des chargements plus lourds, s'offrir des équipements technologiques pour affronter la concurrence. J'ai donc commencé à écrire le livre mais me suis rendue compte qu'il me fallait me documenter un peu plus. J'habite dans le quartier des mariniers, rue du Quai de B, et pas loin se trouve le port de plaisance prolongé par une rue dont les maisons rappellent en plus grand des cabines de bateaux, avec des fenêtres de-ci de-là en forme de hublot. Ces mariniers à la retraite sont aimables, cependant, dotés du caractère des climats du nord, ils ne sont pas causants. Pas envie de les embêter en prolongeant les reportages entendus à la radio. 

Je suis heureusement tombée sur un livre qui briefe les lecteurs sur la navigation.

Il y a un un Terre-Neuve qui intervient dès les premières lignes de mon texte (futur roman), et dans le roman sur lequel je suis tombée en rangeant les étagères, s'intitulant Nœuds et dénouements, l'histoire va très vite se propulser à Terre-Neuve. Coïncidence ou présage ?

 

La romancière pour être aussi bien renseignée est sûrement marin elle-même.  

 

Les conducteurs de péniches sont des marins à part entière. La navigation est toutefois différente. Annie Proulx parle notamment des intempéries que doivent endurer les marins sur bateaux non pas fluviaux mais maritimes : c'est impressionnant !

Les canidés de race Terre-Neuve sont d'excellents nageurs. Des chiens "aquatiques", avec des pattes palmées. Les Terre-neuviens et autres marins dans l'âme ont probablement adopté ces chiens, comme des bergers ont leurs chiens spécifiques.

 

Un extrait :

 

"Quoyle se racla la gorge.

"Qu'est-ce qui vous amène à Patte-de-Grappin ? Un voyage d'agrément ?"

L'homme aux cheveux blancs était incapable de poursuivre. "D'agrément ? Dans ce bled ? Sur la côte la plus désolée et la plus misérable de la planète ? Rien au monde ne m'y traînerait. J'aimerais mieux naviguer en péniche dans les quatrièmes rugissants au large de la Terre de feu. Non, nous sommes venus faire tapisser de neuf le bateau, n'est-ce pas ?" "Silver, ma chère épouse ici présente, insiste pour s'attacher les services d'une personne spécialisée dans la sellerie nautique, les garnitures pour yachts. Une parmi des milliers. Était installée à Long Island, à une dizaine de kilomètres de notre résidence d'été. Maintenant nous devons la suivre à la trace jusque sur ce rocher paumé. Toute cette traversée depuis les Bahamas pour faire retapisser le  grand salon..."

 

Terre-Neuve ! Sur un rocher paumé, que c'est romanesque !

 

♣♣♣

 

J'ai lu le livre d'Annie Proulx. De "subissant" un homme prend goût à la vie. Sa tante l'a stimulé au départ, mettant un peu de pression afin qu'il s'arrache d'un lieu qui ne lui vaut rien. Il va découvrir les marins de Terre-Neuve. C'est tout au Nord comme chacun sait "et pourtant" ils sont chaleureux, pour la plupart de ceux qu'il rencontre. Il a un gros complexe portant sur son physique : les gens de Terre-Neuve ne le voient justement pas sous l'angle spécifiquement de son physique. Ils l'apprécient, tant et si bien que les choses deviennent plus simples pour lui et peu à peu, l'homme en question y voit plus clair. Notamment, il ne confond plus amour et souffrance, n'associe plus les deux. Si vous souffrez avec votre partenaire réalise-t-il ce n'est pas tant parce que vous l'aimez. Vous subissez parce que vous pensez que l'amour doit en passer par là. La souffrance était presque selon lui la preuve de l'amour porté au partenaire. Or la femme que l'homme va rencontrer à Terre-Neuve, avec laquelle il va s'entendre, ne le fait pas souffrir. Se peut-il qu'il l'aime "malgré tout", de cette façon si indolore ? Il a du mal à le réaliser.

 

D'autres sujets dans ce livre, notamment celui de la condition d'esclave, subie par des orphelins anglais envoyés dans des fermes au Canada ; en effet nombre d'enfants anglais rejetés par leur famille, que les autorités anglaises, vers le début du vingtième et bien des années plus tard, ont ainsi abandonnés aux mains de fermiers sans scrupules. Il semblerait que les marins de Terre-Neuve aient été plus tendres avec les orphelins !

 

Annie Prouxl laisse parler les pêcheurs de Terre-Neuve : le monde entier venant rafler le poisson dans leurs eaux, cela en raison d'accords politiques aberrants, les médias les mettent ensuite sur la sellette quand certains se rabattent sur les phoques. Les pêcheurs se rebiffent dans ce livre : l'un d'eux dira que nous ne voyons que les images pointant du doigt le pêcheur pris en faute avec son gourdin, s'agissant des phoques, sans montrer que par ailleurs, on leur a volé leur métier de pêcheur en mer et qu'on les a envahis de pétroliers très polluants, ainsi que de touristes alimentant le consumérisme. 

 

Annie Proulx prône aussi l'éducation que l'on doit aux enfants dits différents, à travers un personnage, en butte notamment avec une institutrice maltraitante. Sans poser sur eux de diagnostique médical, sorte d'étiquette qui rétrécit le champ des possibles.

 

Annie Proulx :  une femme heureuse et en lutte.

 

 

02:46 Publié dans Note | Lien permanent | Commentaires (0)