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19/11/2011

Un autre regard

Parlant politique chacun voit souvent et avant toute chose midi à sa porte, regarde les avantages qu’il peut avoir si un tel est au pouvoir, ou sous le règne d’un tel. Sous ou à l’époque d’un tel, « les gens pouvaient faire ceci ou cela alors que maintenant on n’ose même plus se rendre au marché, une bombe peut exploser à tout moment. » On ne peut en vouloir aux gens de penser d’abord à leur sécurité et d’oublier tels ou tels massacres décidés par leur dictateur à l’encontre d’autres groupes de la population, appartenant à une autre ethnie, ou une autre confession que la leur. Qui sommes nous pour les juger ? L’oubli est d’autant plus humain si la guerre qui s’en est suivie a accouché de massacres plus sanglants encore, qui semblent en outre ne jamais vouloir se terminer. Spectacle décidément très laid que celui de la guerre ouverte où l’obscénité règne à coup sûr, se délecte de scènes de lynchage diffusées à tout va.

Le spectacle de ce que j’appelle les « guerres blanches », celles des combats larvés où le sang ne coule pas mais où l’on sent rôder la mort psychique et à la longue physique n’est pas plus réjouissant. Ce seront peut-être les guerres de demain. Elles offrent aussi leur tableaux de désolation par la haine insidieuse que portent comme un masque les visages.

Le seul remède que je connaisse pour ne pas s’ensabler dans la paranoïa des visions négatives que se portent les ennemis est la réflexion. Celle-ci passe également par la poésie.

Dans le contexte difficile d’une lointaine époque j’ai lu Francis Ponge, dont les textes constituent pour moi un antidote au stress plutôt efficace. Certains écrits de cet auteur sont faits de sa propre concentration à décrire des choses à priori banales souvent mais qu’il rend singulières par petites touches, détail après détail ; il y en a d’autres qui à force d’observation, des événements cette fois, aboutissent à une réflexion plus dense :

«… Une apparence de calme, de sérénité, d’équilibre dans l’ensemble de la création, une perfection dans l’organisation de chaque créature qui peut laisser supposer comme conséquence sa béatitude ; mais un désordre inouï dans la distribution sur la surface du globe des espèces et des essences, d’incessants sacrifices, une mutilation du possible, qui laissent aussi bien supposer ressentis les malheurs de la guerre et de l’anarchie : tout au premier abord dans la nature contribue à plonger l’observateur dans une grave perplexité.

Il faut être juste. Rien n’explique, sinon une mégalomanie de création, la profusion d’individus accomplis de même type dans chaque espèce. Rien n’explique chez chaque individu l’arrêt de la croissance : un équilibre ? Mais alors pourquoi peu à peu se défait-il ?

Et puis donc, aussi bien, qu’il est de nature de l’homme d’élever la voix au milieu de la foule des choses silencieuses, qu’il le fasse du moins parfois à leur propos...» 

Voilà qui fait positivement cogiter.

07:11 Publié dans Lecture, Note | Lien permanent | Commentaires (0)

16/11/2011

"Une expérience collective de voyage imaginaire"

"Le nouveau spectacle de Joris Lacoste nous propose une séance d'hypnose au théâtre, ou plutôt un spectacle qui se déroule dans l'esprit même du spectateur, et guidé par un comédien seul sur scène. Une expérience de voyage imaginaire." Cliquez sur ce lien :

http://lestroiscoups.over-blog.com/article-le-vrai-spectacle-de-joris-lacoste-critique-de-marie-laure-paris-theatre-de-gennevilliers-88621892.html

05:42 Publié dans Lecture, Site | Lien permanent | Commentaires (0)

11/11/2011

Colombe

Un extrait du deuxième acte de Colombe, une pièce de Jean Anouilh :

Colombe

Comme c’est beau, Madame-Chérie, tout ce que vous racontez ! On dirait qu’on lit des histoires. Mais comment faut-il faire pour être aimée comme cela ?

 

Madame Alexandra

 

Etre femme, c’est tout. Matérialiser, soudain, pour des êtres plus frustres l’éclat, la folie, le désir, tout ce qui leur est inaccessible… Salvator et mon Hollandais étaient des brutes, malgré leur vernis d’hommes du monde — j’étais l’Art et j’étais la Beauté. Ils savaient qu’il fallait qu’ils sortent d’eux-mêmes, pour me mériter. Alors ils essayaient d’inventer quelque chose qui les dépasse. Un jour où je n’avais pas faim (je mettais toujours mon gant dans mon assiette — je ne vivais que de champagne et d’art à cette époque : je voulais me faire maigrir), Salvator, désespéré, que je ne mange rien, s’est fait apporter un rat tout cru, chez « Maxim’s », et l’a dévoré devant moi.

 

Poète-Chéri

 

Dieu, que c’est fou cela ! Dieu, que c’est grand !

 

Madame Alexandra

 

Pensez-donc ! C’était dégoûtant ! J’ai failli vomir mon champagne. Je l’ai giflé, oui, devant tout le monde et je suis sortie du restaurant. Le plus drôle c’est que, sur l’addition, ils lui ont compté le rat cinquante francs !

 

Poète-Chéri

 

N’est-ce pas à peu près à la même époque que Boni Despinglettes a mis le feu à son hôtel pour vous ?

 

 

Madame Alexandra

 

Quel fou ! Je le faisais languir depuis un an. Nous soupions chez lui, avec des amis. La conversation roulait sur Néron. Je dis mon admiration pour cet être étonnant qui avait compris la vie en beauté. Je dis que Romaine, je l’aurais sans doute aimé. Despinglettes devient livide, il se lève, il prend un candélabre du sur-tout et sans prononcer une parole, il met le feu aux doubles rideaux… Les domestiques veulent se précipiter avec des carafes… Il tire un pistolet de sa poche et menace de les abattre s’ils font un geste… Nous étions tous debout, tout pâles, à regarder brûler les rideaux… Quand les flammes ont atteint le plafond, j’ai été à lui, sans un mot, et je l’ai baisé sur la bouche… Les domestiques en ont profité pour arroser. C’est comme cela qu’on a sauvé le bâtiment.