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09/03/2012

Combativité des belles parisiennes

Souvenir de Paris. Lorsque je vivais en banlieue parisienne j’étais assez sidérée par le leitmotiv de très nombreuses parisiennes, quelle que soit leur origine, française ou non, qui revenait toujours dans leur conversation : "il faut se battre." Je trouvais ça un peu étrange et assez creux pour tout dire, moi qui avais vécu auparavant à Toulouse où les gens « du peuple » sont plus détendus, hormis quand ils parlent de l’épisode cathare. Un jour, une dame a eu l’occasion de me montrer en quoi consistait une bataille digne de toute parisienne qui se respecte. Les ennemis ne survenaient pas à l’improviste de l’extérieur en poussant les hauts cris, l’ennemi à vaincre venait du plus profond de soi. Nous étions à l’hôpital Mondor alitées toutes les deux dans la même chambre, moi à cause d’une blessure assez profonde que je m’étais faite accidentellement au pouce (en ouvrant un boite de haricots verts dans un état de fatigue avancé). Qu‘avais-je bien pu dire pour susciter la scène qui allait suivre ? Rien de précis. C’était le leitmotiv en soi qui avait galvanisé la dame et une "occase" se présentait de pousser plus loin l’idée du combat. Elle avait soudain interrompu notre conversation et, se redressant sur son céans s’était ensuite mis en devoir de reconstituer les différents mouvements qu’il fallait exécuter dans un ordre précis pour se lever quand on a quarante de fièvre et qu’il faut néanmoins aller travailler ; après quelques mouvements bien pensés, on finit par tenir debout, la tête tourne mais pas question d’en tenir compte, il faut se battre, et donc, on exécute les premiers pas et enfin on se dirige vers la salle de bains. À partir de cette victoire-là, tout allait s’enclencher de soi-même pour une journée de travail bien remplie. L’essentiel était d’atteindre la salle de bains. Pas tire-au-cul les Parisiennes. Un jour que l'une d'elles se plaignait de ne pas trouver de place de crèche pour son enfant, j’ai presque prononcé avant son interlocutrice la phrase qui exhorte au combat, je devenais parisienne. Don Quichotte de la Manche avait ce côté vindicatif en beaucoup plus exagéré, il ne fallait pas se trouver sur son passage lorsqu’il chargeait.

 

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Porte-bonheur

Les deux tons de bleus de la muraille, départagés à l’horizontale sur toute sa longueur, créent un semblant de lointain pour le promeneur, lui offrent une ligne de fuite ; ce mur, à ceux qui vont le franchir, est le rempart de la dernière illusion. Son manque d’aplomb le fait onduler sous les poussées du temps ; derrière, une cour et autour, les bâtiments de la prison. Ce semblant de front de mer laisse les riverains indifférents. À l’angle de cette muraille, il y avait une femme ce matin, en blouson jeans baskets, son visage : un compromis entre celui de Serge Gainsbourg et de Philippe Noiret. Le menton relevé haut et le regard intérieur, elle adressait un sourire chaleureux à une personne invisible mais bien présente à son esprit, à hauteur de branchages inexistants. Pas de portable, personne à l’horizon, que moi qui passait en voiture. Elle souriait lèvres serrées avec la satisfaction évidente de celle qui vient de recevoir un bouquet de fleurs. Bonjour à vous et à votre invisible, puissiez-vous être le porte-bonheur de ceux qui ne sont pas encore libres.

 

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08/03/2012

Bretagne

Une écoute tout à l’heure de l’émission Les pieds sur terre, sur France Culture. Des Bretons avaient la parole, certains des interviewés se trouvaient sur des bateaux, moi dans ma cuisine je faisais clapoter l’eau de vaisselle autour des assiettes en écoutant leurs propos sérieux et instructifs. Chacun faisait une synthèse de son expérience de vie professionnelle et en tirait les leçons qu’il livrait à son interlocutrice. Une femme racontait ses difficultés de fonctionnaire, l’impossibilité de faire des économies, elle exprimait son inquiétude pour l’avenir de ses enfants et faisait part de ses résolutions : le boycott des élections, elle n’irait pas voter. Pour elle, les politiques sont tous pareils, « un loup ne mange pas un autre loup », il faut donc leur faire sentir les choses par le boycott ou la grève générale, pas la grève d’une corporation, la grève générale. Ensuite un homme s’exprima, éducateur à la retraite il s’est occupé toute sa vie d’enfants et d’ados "qui n’avaient pas tiré le bon numéro"  et "partaient dans la vie avec des bleus dans la tête" , il admirait leur courage et pensait qu’ils méritaient autant sinon plus de respect que les premiers de la classe. L’un des interviewés disait ne pas supporter le mot "peuple", parce que cela supposait un autre mot qu’il détestait encore plus : "élites", de ce fait, il n’y a plus pour les autres qu’à les observer passivement et les applaudir ou pas, subir. Un homme impliqué dans la vie politique disait pratiquer à l’occasion le boycott lui aussi. Il n’est pas allé accueillir Mitterand lors d’une des visites du président dans sa ville parce qu’il estimait qu’il ne se préoccupait pas assez des chômeurs. Il pensait que les gens devaient s’impliquer davantage dans des actions politiques, ne serait-ce que pour contrôler ceux qui sont aux commandes. Comment participer plus activement aux choses quand chaque cercle est fermé, disait un autre en écho, celui qui déteste le système des élites pour lui préférer les coopératives. La Bretagne cogite.

 

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