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25/05/2020

Aimé Césaire ♣♣♣ Autres poèmes ce jour

 

Visitation

 

Aimé Césaire

 



 

ô houle annonciatrice sans nombre sans poussière de

toute parole vineuse houle et ma poitrine salée des anses des anciens jours et

la jeune couleur tendre aux seins du ciel et des femmes électriques de quels

diamants



forces éruptives tracez vos orbes

communications télépathiques reprenez à travers la matière

réfractaire messages d'amour égarés aux quatre coins du monde

revenez-nous ranimés par les pigeons voyageurs de la circulation sidérale

pour moi je n'ai rien à craindre je suis d'avant
Adam je ne

relève ni du même lion ni du même arbre je suis d'un autre chaud et d'un autre

froid ô mon enfance lait de luciole et frisson de reptile

mais déjà la veille s'impatientait vers l'astre et la poterne

et nous fuyions



sur une mer cambrée incroyablement plantée de poupes

de naufrages vers une rive où m'attendait un peuple agreste et péné-

treur de forêts avec aux mains des rameaux de fer forgé - le sommeil camarade sur la

jetée - le chien bleu de la métamorphose l'ours blanc des icebergs et
Ta très sauvage disparition tropicale comme une apparition de loup nocturne en

plein midi
 
♣♣♣
 
 

Exaltation pour l'éphémère

 

Beaucoup d'entre nous n'auraient pu survivre
sans les jardins disent-ils.
Obscur feuillage par les cris et venelles à roses
où les sens sont heureux
ils se croient maîtres d’œuvre
près d'abeilles chauffées dans les odeurs


Pris dans un épiderme d'eau
et dès lors instables
dans le souvenir occupé
à créer les couleurs sonores
albâtre mousse bassins
où l'eau à elle-même murmurée déborde


Une fois pourtant et c'est à peine un incident
au cours d'une promenade ordinaire
du froid afflue et des étoiles en plein jour
retournent à la contemplation sensuelle


Lieux amers disent-ils

(moins éphémères que nous)
où rien sauf l'illusion n'existe


Mais de quelle jubilation du néant

ces jardins nous laissèrent comblés

 

Annie Salager

Lu sur Diérèse

 

 

Self

 

 
James Oppenheim - 1882-1932
 
 
 
 

Once I freed myself of my duties to tasks and people and went down to the cleansing sea...
The air was like wine to my spirit,
The sky bathed my eyes with infinity,
The sun followed me, casting golden snares on the tide,
And the ocean—masses of molten surfaces, faintly gray-blue—sang to my heart...

 

Then I found myself, all here in the body and brain, and all there on the shore:
Content to be myself: free, and strong, and enlarged:
Then I knew the depths of myself were the depths of space.
And all living beings were of those depths (my brothers and sisters)
And that by going inward and away from duties, cities, street-cars and greetings,
I was dipping behind all surfaces, piercing cities and people,
And entering in and possessing them, more than a brother,
The surge of all life in them and in me...

 

So I swore I would be myself (there by the ocean)
And I swore I would cease to neglect myself, but would take myself as my mate,
Solemn marriage and deep: midnights of thought to be:
Long mornings of sacred communion, and twilights of talk,
Myself and I, long parted, clasping and married till death.

10:31 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

22/05/2020

Le poème du jour ♣♣♣ Aigrettes garzettes ♣♣♣ Autre poème

 

We must teach our children
To smell the earth,
To taste the rain,
To touch the wind,
To see things grow,
To hear the sun rise
And night fall,
To care.

~ John Cleal

 

Pour ce faire, il nous faut nous apprendre nous-mêmes à sentir la terre, goûter la pluie, toucher le vent, regarder pousser les choses, écouter se lever le soleil et la nuit arriver, et prendre soin...

 

Certes on voit parfois des choses cruelles se produire dans la nature, laides même, comme l'oiseau de grande taille qui fonce sur le petit et le déchiquette sur place à grands coups de bec, mais nous avons pourtant besoin de la nature, un besoin vital. Le cycle de vie et de mort s'y déroule sous nos yeux et nous devons apprendre à accepter la laideur et voir par ailleurs les dons, tout ce qu'elle nous donne, en beauté, en nourritures, en senteurs diverses, de fumier jusqu'au plus délicats parfums... 

 

Pour en revenir à John Cleal :

https://peopleneednature.org.uk/john-cleals-door/

 

♣♣♣ 

 

On trouve dans les parages du canal qui passe à Saint-Venant des aigrettes garzettes stipule le tableau qui renseigne sur les différentes espèces d'oiseaux qui les fréquentent. Des aigrettes garzettes ! Elles sont assez silencieuses, sauf en cas de dérangement et quand les petits quémandent leur nourriture ils "claquent du bec" (mais non !), ils font ké ké ké...

 

♣♣♣

 

Poème lu sur le blog diérèse ce matin :

 

"La voix

 

Ce fut, alors qu'il s'était profondément enfoncé dans l'épaisseur de la forêt, l'éclat lointain d'un cor ; ce fut dans l'ombre une image oubliée, comme un profil de petite fille devant un mur. De nouveau la tendre voix du cor, puis l'écho, la rumeur comme d'un océan derrière l'empire de la mémoire. Un peu plus tard, l'ombre souleva de lourdes faisanes blessées; la nuit vêtit les tours d'une écharpe de cris et sans doute en lui fut progressivement illuminée la pavane du songe. L'aube est ici, sa main tremble à la vitre. Douce, très douce voix dans notre nuit.

 

Roger Kowalski"

 

Merci Diérèse, ces mots sont comme une source revigorante.

09:59 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

19/05/2020

Court poème de Victor Hugo : Apparition

Écoute du poème :

 

rec00000.mp4

 

Apparition

 

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;

 Son vol éblouissant apaisait la tempête,

Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.

— Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?

Lui dis-je. Il répondit : — Je viens prendre ton âme.

Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme ;

Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :

— Que me restera-t-il ? car tu t'envoleras.

Il ne répondit pas ; le ciel que l'ombre assiège

S'éteignait... — Si tu prends mon âme, m'écriai-je,

Où l'emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.

Il se taisait toujours. — Ô passant du ciel bleu,

Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ?

Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,

Et l'ange devint noir, et dit : — Je suis l'amour.

Mais son front sombre était plus charmant que le jour,

Et je voyais, dans l'ombre où brillaient ses prunelles,

Les astres à travers les plumes de ses  ailes.

 

Jersey, septembre 1855

Poème tiré du recueil Les Contemplations.

 

 

 

 

08:54 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)