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14/07/2013

"Angoisse à louer" (extrait)

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"Michel avait déjà repéré Le Cartophile, la boutique où il devait se rendre, notamment à cause du poster trônant dans la vitrine qui était une reproduction d’une photo parue dans le mensuel Rock and Folk à la fin des années 60, représentant Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré discutant dans un studio de radio. Son père possédait encore le Rock and Folk de l’époque et il avait souvent eu l’occasion de regarder la photo. Ce fut une quadragénaire toute vêtue de noir, à la chevelure assortie coiffée au carré avec une frange tombant bas sur le front, qui l’accueillit. Ses yeux bruns soulignés de khôl ajoutaient la touche finale à l’aspect ténébreux qu’elle semblait cultiver.

 

— Bonjour, monsieur, que puis-je pour vous ? fit-elle avec un sourire.

 

— Bonjour, madame, vous êtes bien la fille de Mme Dumas ?

 

La quadra ténébreuse eut un mouvement de recul.

 

— Oui, je suis Lucie Dumas.

 

— Parfait, je suis Michel Massard et je viens à propos de votre mère, du moins de ses meubles…

 

— De ses meubles ?

 

— Oui, de ses meubles qui se trouvent dans son ancien studio, rue de Lille.

 

— Oh, ne me dites pas que vous allez emménager dans ce studio !

 

Michel ne put s’empêcher de sourire.

 

— On dirait que vous ne tenez pas en estime cet endroit…

 

Lucie Dumas regarda en direction d’une jeune fille aussi brune qu’elle, qui s’affairait autour d’un présentoir.

 

— Shiva ! lança-t-elle, tu veux bien t’occuper du magasin ? Je vais m’absenter un petit moment.

 

La jeune fille brune répondit un vague oui, et Lucie pria Michel de la suivre.

 

Elle le conduisit dans une pièce que l’on eût cru sortie d’une comédie bollywoodienne. Il y avait des tapis et d’épais coussins multicolores disposés dans tous les coins, et les murs étaient couverts de tentures pourpres.

 

— Tenez, prenez place sur l’un de ces coussins, proposa-t-elle. Vous trouvez peut-être le décor un peu fantaisiste mais j’adore l’Inde.

 

— Détrompez-vous, je trouve votre décor très chaleureux, assura Michel, il me convient parfaitement.

 

Il choisit un confortable coussin vermillon, Lucie s’installant sur un autre juste en face de lui. Une petite table basse les séparait et, la montrant, Lucie demanda :

 

— Vous voulez que je vous serve un thé ? J’ai plusieurs variétés à vous proposer.

 

— Non, merci, ça va très bien ainsi.

 

Lucie hocha la tête puis après avoir respiré un grand coup, commença :

 

— Figurez-vous que ma mère a loué son studio il y a au moins quinze ans. C’était après la mort de mon père. Elle était très déprimée, et moi je séjournais en Angleterre pour mes études. Je ne pouvais guère lui être d’une aide morale. C’est une de ses amies qui habitait l’immeuble depuis déjà plus de vingt ans à l’époque, qui l’a incitée à venir. Elle n’a gardé que quelques meubles et s’est donc installée dans son nouveau logis. La première fois que je m’y suis rendue, j’ai été catastrophée. J’ai trouvé l’endroit très vieux et très démoralisant. Mais curieusement, ma mère semblait avoir remonté la pente. Je lui ai quand même conseillé de trouver autre chose, en vain. Elle ne voulait pas partir. Et je pense qu’elle y serait encore si je n’étais pas intervenue il y a deux mois. Son état de santé était devenu très préoccupant, et je pense sérieusement que c’était dû à son environnement à la fois aliénant, sclérosant, en un mot, très néfaste. Alors j’ai pris les devants, je lui ai trouvé une place dans une maison de retraite plus que convenable à Aire-sur-la-Lys et, à force d’insister, je suis parvenue à ce qu’elle donne congé à l’agence Legendre. Mais je peux vous dire que le jour de son départ, je n’ai pas regretté de m’être fait accompagner par quelques proches.

 

— Pourquoi ? s’étonna Michel.

 

— Parce que le comité de réception était en place. Avec la concierge en tête suivie d’un véritable bataillon de vieux et de vieilles, certes en bien mauvais état, mais déterminés à empêcher le départ de ma mère. Seule, je n’en serais pas ressortie vivante.

 

Michel frissonna.

 

— Voilà qui ne va pas me rassurer."

 

"Angoisse à louer" - Patrick-S. VAST - Éditions Ravet-Anceau - 2013

 

 

 

10:38 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)

13/07/2013

L'affaire La Chalotais

"La Chalotais est nommé avocat général au parlement de Bretagne en 1730 et procureur général en 1752.

Opposant farouche des jésuites, il présente au parlement en 1761 un mémoire sur les constitutions de la Compagnie (Compte rendu des constitutions des Jésuites), qui contribue à sa suppression en France. En 1763, il publie un Essai d'éducation nationale, dans lequel il propose un programme d'enseignements scientifiques destinés à se substituer à ceux des jésuites. Voltaire le félicite d'en exclure les enfants du peuple : « Je vous remercie de proscrire l'étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre je vous présente requête pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés. »

 

Voltaire, une facette que je ne lui connaissais pas...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Ren%C3%A9_Caradeuc_de_...

16:52 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)

Comment cela se passait-il autrefois par ici ou dans les environs proches ?

Il y eut bien avant "la crise" d'autres privilèges, et d'autres victimes co-latérales d'un autre système. Cet extrait des Mémoires d'outre-tombe pour ceux que l'aventure humaine à travers les âges et les lieux intéresse toujours. La touche d'humour british n'y est pas déplaisante non plus, voici l'extrait :  

"Monsieur mon père aurait volontiers, comme un grand terrier du moyen âge, appelé Dieu le gentilhomme de là-haut, et surnommé Nicomède (le Nicomède de l’Évangile) un saint gentilhomme. Maintenant, en passant par mon géniteur, arrivons de Christophe, seigneur suzerain de la Guérande, et descendant en ligne directe des barons de Chateaubriand, jusqu’à moi, François, seigneur sans vassaux et sans argent de la Vallée-aux-Loups.

 

En remontant la lignée des Chateaubriand, composée de trois branches, les deux premières étant faillies, la troisième, celle des sires de Beaufort, prolongée par un rameau ( les Chateaubriand de la Guérande ), s’appauvrit, effet inévitable de la loi du pays : les aînés nobles emportaient les deux-tiers des biens, en vertu de la coutume de Bretagne ; les cadets divisaient entre eux tous un seul tiers de l’héritage paternel. La décomposition du chétif estoc de ceux-ci s’opérait avec d’autant plus de rapidité , qu’ils se mariaient ; et comme la même distribution des deux tiers au tiers existait aussi pour leurs enfants, ces cadets des cadets arrivaient promptement au partage d’un pigeon, d’un lapin, d’une canardière et d’un bien de chasse, bien qu’ils fussent toujours chevaliers hauts et puissants seigneurs d’un colombier, d’une crapaudière et d’une garenne. On voit dans les anciennes familles nobles une quantité de cadets ; on les suit pendant deux ou trois générations, puis ils disparaissent, redescendus peu à peu à la charrue ou absorbés par les classes ouvrières, sans qu’on sache ce qu’ils sont devenus."

 

Chateaubriand Mémoires d’outre-tombe Classique de Poche page 180

  

08:02 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)