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22/09/2008

Daniel Hémard

"À l'extérieur, les tableaux deviennent plus grinçants sans jamais être méchants. L'ironie est douce, comme l'est Daniel Hémard. L'oeil pétillant, il détaille avec malice les différentes lectures que l'on peut faire de son travail, où bien souvent le politique n'est pas ménagé. « Je suis peut-être politiquement incorrect, mais c'est parce que la politique n'est pas correcte. Il y a beaucoup d'attentes suivies bien souvent de beaucoup de déceptions », déclare-t-il en décrivant un de ses nombreux tableaux consacrés au président actuel. 

En plus de peindre, Daniel Hémard possède une connaissance pointue de la chimie des plantes. Sans hésiter, il peut énumérer des compositions complexes et cette connaissance alliée à son goût à enfiler parfois une vaste toge l'a rendu célèbre sous l'appellation de chaman. Une exposition du chaman dévoilée pour la deuxième fois et de ce fait illustrée par une table à repasser, et voilà pourquoi, pour cette dernière manifestation du jardin secret de cette année, nous avons eu droit à un repassage chamanique."

La Voix du Nord

 

 

Chris Jordan

"Les vertiges militants de Chris Jordan

 

À 38 ans, l’Américain, avocat d’affaires, a tout lâché pour un appareil photo et une mission : dresser le portrait de la surconsommation et de la violence. Diffusés par Internet, ses montages, qui incarnent des statistiques sur tous les sujets, téléphones portables, détenus, chirurgie esthétique, connaissent un succès foudroyant. Rencontre avec un créateur d’icônes écolo. 

En costume-cravate et chemise amidonnée, il était l’avocat des grandes entreprises. Aujourd’hui, il ressemble à un reporter du National Géographic : cheveux en bataille, distance romantique dans le regard, Pataugas aux pieds. À 44 ans, Chris Jordan est devenu photographe militant. Il tire le portrait de notre société : celle de l’accumulation frénétique. En jean et chemise de bûcheron, il arpente sites industriels et docks à la recherche de l’image coup de poing qui illustrera la civilisation du déchet, face cachée de notre besoin maladif d’objets.

Les chiffres, abstraits, définitifs, envahissent nos journaux, nos discussions. Chris Jordan en révèle la monstruosité. Il ne juge pas mais illustre. Dans Running the numbers ou Intolerable beauty, il s’attaque au fléau de la société américaine : la fuite en avant dans la consommation. La chirurgie esthétique est le cadeau préféré des adolescentes à l’obtention de leur diplôme. Chris Jordan crée Barbie Dolls : de loin, un buste parfait dans une déclinaison de tons corail. De près, 32 000 poupées Barbie nues disposées en étoile. C’est le nombre d’opérations chirurgicales réalisées chaque mois. Un quart de la population carcérale mondiale vit dans les prisons américaines. Chris Jordan empile des uniformes de bagnard. Sur son ordinateur, il coupe, colle jusqu’à atteindre le nombre exact : six panneaux orange de 3 mètres sur 1,2 mètre. Ils représentent 2,3 millions d’uniformes.

À chaque fois, la même méthode. Une statistique impossible et un bien de consommation courante : huit millions d’arbres abattus pour fabriquer les catalogues de mode envoyés chaque mois. 460 000 téléphones portables retirés du marché chaque jour. 106 000 canettes jetées toutes les trente secondes. 120 000 sacs plastiques utilisés par minute. Chris Jordan met en scène l’objet incriminé. Ses photomontages sont monumentaux. De loin, ils semblent n’être que des surfaces abstraites ou des fresques anodines. On s’avance en confiance pour apprécier le détail, comprendre. On repart effrayé. Chaque pièce est une expérience physique.

 

« Apocalypse en mouvement »

 

Chris Jordan vit à Seattle. Est-ce la pluie incessante, la nature omniprésente, la proximité des grandes forêts ? Là-bas, l’American way of life se casse les incisives. En 1999, le mouvement alter mondialiste avait mis en échec la conférence de l’organisation mondiale du commerce (OMC) devant les caméras. La ville abrite de nombreux cultural créatives : des artistes qui s’ancrent dans le réel pour mieux en dépeindre la complexité.

Chris Jordan est venu, en février, à Monterey (Californie) pour la conférence Technology Entertaintment and Design (TED), le rendez-vous annuel des patrons de la Silicon Valley. Nous discutons sur un banc, face à l’océan Pacifique. Il est calme, disponible et enthousiaste comme un enfant. « L’immensité de notre consommation m’apparaît obscène, macabre, bizarrement comique, voire ironique. Parfois même profondément belle. Collectivement, nous sommes responsables d’une énorme perte. Individuellement, personne n’a conscience de son ampleur. Personne n’est responsable des effets. En risquant la prise de conscience, il se peut qu’au moins, nous nous sentions vivants. »

Le mouvement altermondialiste a trouvé son chaînon manquant. Chris Jordan est bien plus qu’un bobo talentueux : « La mondialisation, la surconsommation sont des phénomènes très complexes. Nous sommes dépassés par cette complexité. Notre cerveau n’arrive pas à comprendre la valeur des nombres. J’ai le sentiment d’une apocalypse en mouvement. Aujourd’hui, nous ne ressentons pas assez. Anesthésiés, nous taisons notre colère, notre chagrin. Nous sommes convaincus de ne pas compter. Individuellement nos comportements ont peu d’impact. Collectivement, nous sommes extrêmement destructeurs. L’image peut nous aider à appréhender la monstruosité des chiffres. En rendant les chiffres visuels, je veux faire comprendre ce qu’est la consommation. »

Je lui tends une bouteille d’eau. Il me regarde, l’air méchant pour la bouteille, désolé pour moi : «  je ne touche plus ce genre de choses. Savez-vous que l’on en consomme deux millions toutes les cinq minutes ? «  Je découvrirai plus tard son photomontage plastic Bottels. De loin, un horizon de points colorés. De près, une mer de bouteilles mortes, mais toujours là. Indestructibles.

 

Un enfant de l’internet

 

Il évoque sa vie, avant : « J’étais un corporate dead (mort vivant de l’entreprise), cynique, désengagé, ambitieux. Je consommais pour me sentir en vie, travaillais pour me payer du matériel photo. De 30 à 38 ans, j’ai vécu dans un tunnel, passé ma vie chez le psy. Je pouvais appuyer sur le bouton avance rapide et voir à quoi je ressemblerais à 70 ans : un homme en colère, absolument seul. » Chris Jordan perd la foi capitaliste, cherche une sortie. « La photographie était un passe-temps. Un week-end, je suis passé devant une benne à ordures. Je l’ai trouvée très intéressante, presque attirante. J’en ai fait un tirage immense que j’ai affiché dans mon salon. Des amis passaient à la maison. De loin, ils trouvaient la photo belle. De près, absolument affreuse. Automatiquement, ils se mettaient à parler de surconsommation. J’ai eu le déclic. » Il plaque tout. Pour ne jamais revenir en arrière, il se fait radier du barreau. « j’avais 60 00 dollars (40 000 euros) en banque. Je pensais tenir deux ans. Au bout de deux ans j’étais ruiné. Je n’avais plus qu’à travailler comme un fou. »

Chris Jordan est un enfant de l’Internet. Pour faire connaître son travail, il le met intégralement sur la Toile (www.chrisjordan.com)."

Article de Flore Vasseur pour Le Monde

 

 

 

 

 

 

19/09/2008

Article du jour

« Hier, la ministre de la Justice Rachida Dati s’est rendue à la prison de Rouen pour présenter des consignes «concernant l’affectation et la surveillance des détenus à risques» (lire ci-contre). A aucun moment, pourtant, dans ses recommandations, elle n’a annoncé la fin de cette pratique de la surveillance d’un détenu par un autre. «Seule la cellule individuelle est à même de garantir l’intégrité des détenus», rappelle Hugues de Suremain de l’Observatoire international des prisons (OIP). Avec 63 783 détenus pour 50 835 places, on en est loin. Et Rachida Dati, avant l’été, a fini par déclarer l’abandon de ce principe «un détenu par cellule» - qui fait pourtant partie des règles pénitentiaires européennes que la France est censée respecter. » Libération