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17/01/2014

Tout passe

J'ai avancé de deux pages ma lecture de Lélia.

 

"Tout passe", c'est une consolation pour ceux qui connaissent la douleur et n'en voient pas le bout, pour d'autres c'est le constat douloureux que tout est éphémère, le bonheur s'enfuit, ne resteront que les souvenirs.  Lélia semble incarner ce regret qui tourne à la mélancolie sévère,  comme si elle n'espèrait plus le retour des jours heureux.

 

Sténio veut représenter l'espoir, ce qu'il est peut-être quand même un peu aux yeux de George Sand au moment où elle écrit ces lignes si l'égoïsme n'a pas été vu par elle  comme tel quand il s'expose politiquement. Mais est-ce possible ? George Sand est au cœur des évènements, la froide Lélia peut lui sembler  bien subversive : pense-t-elle, cette Lélia, ce que Sand n'ose pas franchement s'avouer ?  À la phase où en est Sténio sa candeur, aujourd'hui, peut-être vue comme teintée de quelque chose de sinistre  tant il met de confiance aveugle en la science au mépris de son versant dangereux, la lucidité frigorifique que lui oppose Lélia  peut en revanche servir de base à une sagesse conquise de haute lutte, où la science justement serait maîtrisée sur le plan de l'éthique.

 

Lélia :

 

"—  [...] vous vous sentez immortel parce que vous vous sentez jeune, comme cette vallée inculte, qui fleurit belle et fière, sans songer qu'en un seul jour le soc de la charrue et le monstre à cent bras qu'on appelle industrie peuvent flétrir son sein pour en ravir les trésors ; vous grandissez confiant et présomptueux sans prévoir la vie qui s'avance et qui va vous engloutir sous le poids de ses erreurs, vous défigurer sous le fard de ses promesses. Attendez, attendez quelques années, et vous direz comme nous : "tout s'en va !""

 

 

Que représente ce "comme nous", Chateaubriand, Balzac ? Des  conservateurs se méfiant du progrès, conservateurs que Sand remettrait en question ? Alors que Lélia montre à mon sens  cet autre chose que j'ai mentionné plus haut,  c'est un peu comme si le personnage échappait à son auteur. Mais poursuivons la lecture, je sais par expérience que  George Sand peut faire prendre à ses personnages de nouvelles tournures, ils peuvent évoluer encore dans l'un ou l'autre sens, à moins qu'ils ne partent en vrille à force de trop flirter ensemble. À demain. 

04:43 Publié dans Lecture, Note | Lien permanent | Commentaires (0)

16/01/2014

Lélia et les fins de mondes

À la faveur d'un réveil bienvenu cette nuit, j'ai repris le roman en cours de lecture : Lélia.

 

George Sand mêle dans son roman poésie  et philosophie où se profile le paysage politique et social de son époque.

 

Je ne suis pas encore arrivée à la moitié de cette œuvre. Pour l'heure,  Lélia et Sténio discutent ensemble comme on chemine.  Lélia pourrait donner l'impression parfois de tourner en rond dans son désespoir dès qu'elle ressent ce qu'elle nomme son impuissance à aimer mais la poésie de George Sand joue de magie et donne leur ressort aux personnages, presque malgré eux parfois ; le lecteur suit donc George Sand dans sa recherche et dans son témoignage.

 

Les personnages évoluent malgré les ressassements de Lélia qui en appelle maintenant sans cesse à Dieu. Se mêle dans ses plaintes la révolte quant à  l'homme et sa triste condition tandis que le Dieu qu'elle imagine va survivre, indifférent ;  anesthésiée par le spleen elle ne craint parfois plus rien, brave tout par inertie dit-elle, ainsi que ces gens de son siècle blasé qui se battent en duel par ennui de vivre observe-t-elle  ;  chemin faisant Sténio se révèle  sous d'autres aspects. D'un coup recadré au tournant d'une conversation qui devient politique, à bout d'arguments, il manque singulièrement d'imagination à mon sens :

 

"— Eh ! vous savez bien que, dans tous les temps, les trônes ont chancelé sur des bases fragiles ! Cet esprit de liberté qui s'empare, dit-on, des peuples nouveaux, ce n'est point une improvisation si prompte que nous n'ayons eu le temps de lire comment les peuples anciens organisaient leur système de république. Tout dans nos révolutions a un caractère d'imitation puérile et de plagiat misérable. La lutte entre le pauvre et le riche n'a t-elle pas commencé du jour où elle a cessé entre le pauvre et le faible ? L'établissement du droit d'héritage n'est-il pas presque aussi ancien que celui du droit de conquête ? Est-ce d'hier que nous nous disputons le sol qui nous porte ?"

 

J'y vois là comme une tentative de Sténio de justifier la colonisation dont il n'est question que de façon sous-jacente, afin d'apaiser un éventuel sentiment de culpabilité ou du moins, d'accablement, chez Lélia. Elle lui répond ceci :

 

"— Oui, dit-elle, mais après ces guerres d'homme à homme, après ces bouleversements de société, le monde encore jeune et vigoureux se relevait et reconstruisait son édifice pour une nouvelle période de siècles. Cela n'arrivera plus. Nous ne sommes pas seulement, comme vous le croyez, à un de ces lendemains de crise où l'esprit humain fatigué s'endort sur le champ de bataille avant de reprendre les armes de la délivrance. A force de tomber et de se relever, à force de rester étendu sur le flanc, et de ressaisir l'espérance, et de voir ses blessures se rouvrir et se refermer, à force de s'agiter dans ses fers et de s'enrouer à crier vers le ciel, le colosse vieillit et s'affaisse ; il chancelle maintenant comme une ruine qui va crouler pour jamais ; encore quelques heures d'agonie convulsive, et le vent de l'éternité passera indifférent sur un chaos de nations sans frein, réduites à se disputer les débris d'un monde usé qui ne suffira plus à leur besoins."

 

Lucidité de visionnaire, n'est-ce pas ? La réponse de Sténio  :

 

"— Vous croyez à l'approche du jugement dernier ? O ma triste Lélia ! c'est votre âme ténébreuse qui enfante ces terreurs immenses, car elle est trop vaste pour de moindres superstitions. Mais, dans tous les temps, l'esprit de l'homme a été préoccupé de ces idées de mort. Les âmes ascétiques se sont toujours complues dans ces contemplations sinistres, dans ces images de cataclysme et de désolation universelle. Vous n'êtes pas un prophète nouveau, Lélia ; Jérémie est venu avant vous, et votre poésie dantesque et colère n'a rien créé d'aussi lugubre que l'Apocalypse, chantée dans les nuits délirantes d'un fou sublime aux rochers de Pathnos."

 

Leur chemin continue et au passage le lecteur apprend beaucoup, notamment de la difficulté existentielle où certains plongèrent après la révolution, en raison des répercussions de la violence qu'elle engendra, des guerres qui s'ensuivirent, des émigrations, des nouveaux despotes qui arrivèrent et du harcèlement guerrier de ceux qui établirent la restauration. Certains, d'évidence, ne savent plus où ils en sont, moralement lessivés, désabusés. Y a-t-il un écho parfois de la culpabilité de l'auteur dans la voix de Lélia, par rapport à la colonisation ? Lélia pressent la fin d'un monde comme Chateaubriand a vu la fin du sien avec l'extermination de sa famille durant la révolution. Lélia et son impuissance à aimer, Sténio que j'entrevois quelque peu égoïste politiquement parlant mais éperdument amoureux, certes. Où cela va-t-il  mener ces deux personnages ? Je verrai ce soir pour ma part.    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:14 Publié dans Lecture, Note | Lien permanent | Commentaires (0)

13/01/2014

Lélia de George Sand

J'en suis là de cette lecture : Lélia a raconté à Sténio qui l'aime la terrible histoire de Trenmor, Homme qu'elle admire et protège. Ensuite George Sand met les trois personnages en présence. chapitre 14, les voilà tous trois à un bal costumé.



"le manteau de Lélia était moins noir, moins velouté que ses grands yeux couronnés d'un sourcil mobile. La blancheur mate de son visage se perdait dans celle de sa vaste fraise, et la froide respiration de son sein impénétrable ne soulevait même pas le satin noir de son pourpoint et les triples rangs de sa chaîne d'or.


— Regardez Lélia dit Trenmor ...."



 Trenmor fait alors part à Sténio de ce que lui évoque la beauté de Lélia :



 " (...) regardez, vos dis-je, cette beauté physique qui suffirait pour constater une grande puissance, et que Dieu s'est plu à revêtir de toute la puissance intellectuelle de notre époque ! (...)"


voici à quoi il la compare :


" (...) c'est le marbre sans tache de Galathée, avec le regard céleste du Tasse, avec le sourire sombre d'Alighieri. C'est l'attitude aisée et chevaleresque des jeunes héros de Shakespeare : c'est Roméo, le poétique amoureux ; C'est Hamlet, le pâle et ascétique visionnaire ; c'est Juliette, (...) . Vous pouvez inscrire les plus grands noms de l'histoire, du théâtre et de la poésie sur ce visage dont l'expression résume tout, à force de tout concentrer. le jeune Raphaël devait tomber dans cette contemplation extatique, lorsque Dieu lui faisait apparaître une virginale idéalité de femme. Corinne mourante devait être plongée dans cette morne attention lorsqu'elle écoutait ses derniers vers déclamés au Capitole par une jeune fille. Le page muet et mystérieux de Lara se renfermait dans cet isolement dédaigneux de la foule. Oui, Lélia réunit toutes ces idéalités, parce qu'elle réunit le génie de tous les poètes, la grandeur de tous les héroïsmes. Vous pouvez donner tous ces noms à Lélia ; le plus grand, le plus harmonieux de tous devant Dieu sera encore celui de Lélia ! Lélia dont le front lumineux et pur, dont la vaste et souple poitrine renferme toutes les grandes pensées, tous les généreux sentiments ; religion, enthousiasme, stoïcisme, pitié, persévérance, douleur, charité, pardon, candeur, audace, mépris de la vie, intelligence, activité, espoir, patience, tout ! — jusqu'aux faiblesses innocentes, jusqu'aux sublimes légèretés de la femme, jusqu'à la mobile insouciance qui est peut-être son plus doux privilège et sa plus puissante séduction."



Voici maintenant ce que Sand fait répondre à son personnage Sténio :



"— Tout hormis l'amour ! Hélas dit Sténio, il est donc bien vrai ! vous n'avez pas nommé l'amour, Trenmor, vous qui connaissez Lélia, vous n'avez pas nommé l'amour ? Eh bien ! si cela est, vous avez menti : Lélia n'est pas un être complet. C'est un rêve tel que l'homme peut en créer, gracieux, sublime, mais où il manque toujours quelque chose d'inconnu, quelque chose qui n'a pas de nom, et qu'un nuage nous voile toujours, quelque chose qui est au-delà des cieux,  quelque chose où nous tendons sans cesse sans  l'atteindre ni  le deviner jamais, quelque chose de vrai, de parfait et d'immuable ; Dieu peut-être, c'est peut-être Dieu que cela s'appelle ! Eh bien ! la révélation de cela manque à l'esprit humain. Pour le remplacer, Dieu lui a donné l'amour, faible émanation du feu du ciel, âme de l'univers perceptible à l'homme ; cette étincelle divine, ce reflet du Très-Haut, sans lequel la plus belle création est sans valeur, sans lequel la beauté n'est qu'une image privée d'animation, l'amour, Lélia ne l'a pas. Qu'est-ce donc que Lélia ? Une ombre, un rêve, une idée tout au plus. Allez, là où il n'y a pas d'amour, il n'y a pas de femme.


 — Et pensez-vous aussi, lui dit Trenmor sans répondre à ce que Sténio espérait être une question, pensez-vous aussi que là où il n'y a plus d'amour il n'y a plus d'homme ?


— Je le crois de toute mon âme, s'écria l'enfant.


 — En ce cas je suis donc mort aussi, dit Trenmor en souriant, car je n'ai pas d'amour pour Lélia, et, si Lélia n'en inspire pas, quelle autre en aurait la puissance ! Eh bien, enfant, j'espère que tu te trompes, et qu'il en est de l'amour comme des autres passions. Je crois que là où elles finissent l'homme commence."

 

George Sand aborde  sans détour les rivages de la philosophie et du sentiment religieux  dans Lélia. Un roman qu'il faut prendre, de toute évidence, le temps de lire lentement. Jusqu'ici je l'aime beaucoup. 

09:59 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)