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24/06/2011

-Histoire et poésie - ou - style classique, style moderne -

La colère est toujours injuste, c'est un peu le message de Fontanes, qui pratiquait la méditation en même temps que la mesure en poésie (le mètre pour, entre autre, la maîtrise de l'affect ?). Fontanes, ami que Chateaubriand n'a jamais trahi, même si lui, presque à contrecœur, n'a pas gardé  la forme classique de versification où il excellait et s'est dirigé vers la prose. Ciment de cette amitié indéfectible : tous deux se sentent une mission commune, une "vocation remémoratrice". Fontanes parti rejoindre Chateaubriand à Londres va même l'aider "à découvrir et mettre en œuvre cette vocation remémoratrice, mais sur l'instrument nouveau que le jeune poète en exil s'était inventé." Belle leçon de compréhension qui va même au-delà de la tolérance. En ce qui concerne Chateaubriand :"Dans les poèmes  comme La Mer ou Les Adieux, une violence émotionnelle et une fureur d'imagination inconnues de Fontanes semblent frapper à la porte de l'alexandrin et demander à la franchir pour se répandre avec plus de liberté." Fontanes ira jusqu'à jouer le rôle de conseiller littéraire auprès de son cadet, tout en restant de son côté fidèle au style classique.

 

après la courte synthèse d'un passage du livre de Marc Fumaroli, voici un extrait du même auteur : "La dissymétrie entre l'aîné et le cadet était en effet aussi patentes que leurs affinités. Pour Fontanes, l'arche de la mémoire était l'art des vers : cet art passait avant l'affectivité intime, bien que celle-ci fût appelée à circuler dans cette forme donnée et à y trouver son rythme juste et mémorable. Pour Chateaubriand c'est cela, et c'est tout autre chose : il a franchi un pas fatal à la suite de Rousseau. Et déjà dans le Génie du Christianisme la mémoire du royaume chrétien aboli qu'il s'agit de rendre aux Français amnésiques est un paysage affectif retrouvé par le poète dans ses émotions d'enfance. Cet art de mémoire fluide est moderne, et c'est bien dans cette modernité de la remémoration, autant que dans le passage du vers à la prose, que consiste sa "révolution littéraire". Elle n'atteindra son plein régime que dans son chef-d'œuvre posthume. Mais c'est une révolution à rebours de la révolution politique. Elle retourne le Rousseau musicien de la mémoire passionnée contre le Rousseau théoricien de la table rase et de la volonté générale, elle mobilise le Rousseau du Vicaire savoyard et sa religion du cœur contre le déisme de Voltaire et l'athéisme de D'Holbach.

Fontanes est assez fin et assez profond pour pressentir dès 1798, en germe dans l'Essai et les Natchez, toute la portée de ce retournement de Rousseau contre l'usage qu'en avaient fait les Jacobins, même si lui-même en était incapable, même s'il ne souhaitait surtout pas s'en montrer capable. Dès qu'il revit Fontanes à Londres, dès qu'il eut commencé à lui lire les Natchez, Chateaubriand sut de son côté que le nouveau Malherbe, son ami, l'aiderait à rendre acceptable au public français la révolution littéraire des Contre-Lumières dont il était porteur."Chateaubriand Poésie et Terreur (P. 171)

 

 

 

 

11/06/2011

Malherbe : pas perso du tout

« …. juste mesure morale et religieuse (le maat des pharaons et le tao de l'Empire chinois), hors de laquelle l'harmonie interne du royaume et son accord avec l'ordre divin du monde étaient voués à tourner au chaos » Marc Fumaroli

bel exemple avec le poème commenté du site :

http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=MonplaisirL...

25/05/2011

Atopia - à propos du talent de lecteur d'Éric Bonnargent

"Un vrai bonheur que de retrouver, dans le chapitre intitulé « mélancolie et désespoir », La Vie brèvede l’Uruguayen Juan Carlos Onetti. Et un vrai plaisir que de lire l’analyse serrée du personnage du roman, Juan María Brausen, qui se confond bientôt avec un Díaz Grey de fiction, puis se fait passer pour un certain Arce : Bonnargent, bifurquant par Rimbaud, Nietzsche, Tabucchi et Machado, s’interroge alors sur la multiplicité des « moi » que nous portons en nous, et en conclut que Brausen peut bien être, au fond, l’auteur de fictions qu’il signe du nom d’Onetti. On a ici un exemple du talent de lecteur d’Éric Bonnargent : outre qu’il aime passionnément les livres dont il parle, il en extrait le motif fondamental et l’analyse dans une mise en perspective centripète et centrifuge, disons-le ainsi. Rimbaud, Nietzsche, Tabucchi et Machado pour le roman étudié, mais le roman lui-même inséré dans un chapitre où l’on retrouve également Sukkwan Island de David Vann et Face aux ténèbres de William Styron. Regrouper dans le même chapitre Styron et Onetti, c’est créer une correspondance souterraine avec Romain Gary. On se souvient de l’amitié qui liait Gary et Styron. On n’a pas oublié le côté solaire de celui qui a signé quatre romans sous le nom d’Ajar, façade solaire qui masquait la terreur de la vieillesse, et un désespoir véritable. Bonnargent, dans le passage consacré à Styron, ne fait qu’une allusion rapide à Gary. Mais le fait même de le voir mentionné dans le chapitre où l’on peut lire, dans la conclusion de la partie consacrée à Onetti « Brausen va […] fuir dans la fiction […] en écrivant plusieurs romans et nouvelles qu’il signera du nom de Juan Carlos Onetti » suggère une trame supérieure qu’il appartient au lecteur de tisser. Il n’est que de remplacer Brausen par Gary et Onetti par Ajar pour retomber sur ses pieds."

http://www.lacauselitteraire.fr/atopia.html

09:20 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (0)