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28/07/2012

Hector se cache

Hector et Géraldine s’apprêtèrent à partir quand un bruit d’hélicoptère les arrêta. On annonçait à l’assemblée la visite surprise du président de la république. Odette que cette nouvelle avait effrayée tant elle craignait d’avoir à retourner en Louradie ne tarda pas à s’évanouir. Hector la prit sous les épaules, demanda de l’aide à Tom qui l’attrapa aussitôt par les chevilles et ils l’emmenèrent dans un bureau du rez-de-chaussée, à l’abri des regards. Jeudi suivait avec la perruque rousse qui avait dégringolé quand, affolée, elle avait voulu empoigner une mèche de ses cheveux. Allongée sur un canapé, Hector lui administra un sédatif sans attendre le docteur Dross dont le cabinet jouxtait le bureau, il lui prit ensuite son pouls. Tous ces gestes, il les avait étudiés avec le docteur Dross sur des mannequins pour les convertir ensuite en automatismes dans les mécanismes de son dernier prototype, il lui avait fallu au passage intégrer tous les rudiments du secourisme et acquérir des connaissances médicales que le docteur lui avait généreusement dispensées. Déjà Odette rêvait : elle se trouvait en Louradie, marchant dans une rue, elle avait croisé une dame, gitane d’aspect qui promenait un enfant. C’était un enfant en bas âge, très dynamique, tout à coup il sauta en l’air, il sembla à Odette qu’il y était resté suspendu une demi seconde. Odette était de bonne humeur. Elle dit à la femme d’un ton enjoué qu’elle avait cru que son petit allait s’envoler. « J’ai de la chance hein ! » s’exclama la femme en guise de réponse. Plus loin dans le quartier elle vit qu’un cirque s’était installé. Elle recroisa la femme qui lui demanda un peu d’argent. Elle dut refuser, elle n’en avait pas sur elle. Elle s’infiltra bientôt dans la roulotte d’un forain qui avait une page de journal à la place du visage, celle-ci lui collait à la peau. Le forain se plaignait du climat délétère qui régnait dans le pays. « Tout cela ne lui allait pas disait-il, ça n’avait l’air de rien mais il fallait se méfier. » Il tourna sa tête de monstre vers elle, sans se soucier de sa présence, sans doute parce qu’il ne l’avait pas vue, un tel masque placardé sur la figure. Avant de quitter la roulotte elle aperçut à l’extérieur de sa propre cuisse droite une longue et large croûte purulente de sang séché, dans ses bras elle tenait Peter bébé, qui lui-même avait sur la peau quelque plaques du même genre, dont une de laquelle sortait des germes de pomme de terre. Il fallait vite rentrer à la maison, se soigner. Vite. Rentrée chez elle, elle trouva la femme rencontrée auparavant en compagnie d’un enfant en train de fouiller sa maison. Car dans ce rêve, elle habitait une maison en Louradie. La femme lui reprocha de ne pas lui donner d’argent alors qu’elle possédait une piscine. Odette la suivit dans la rue, pleine de remords « demain ! » lui cria-t-elle. « Reviens demain, j’aurai de l’argent à te donner. » Elle suivit la femme qui ne voulait plus se retourner, la reconnaissant au foulard bleu ciel à carreaux qu’elle portait. « Promis ! Demain ! Aujourd’hui je ne peux pas. » Elles arrivèrent à proximité du cirque, un groupe de danseuses asiatiques dansait, une princesse en porteur non loin d’elles, asiatique elle aussi, les observait. Les danseuses elles, regardaient Odette sévèrement. La princesse fit un signe et elles entourèrent la femme au foulard bleu qui se confondit avec elles en se joignant au cercle. Les femmes entamèrent une danse et finirent par s’éloigner. Odette crut se réveiller. Elle se trouvait transportée au vingt et unième siècle. Garée sur le parking d’une gare dans une petite voiture blanche. Un gueux vint taper à la fenêtre de sa drôle de voiture. Elle baissa la vitre pour lui dire que non, elle n’avait pas d’argent sur elle. L’homme avait les yeux bleus pâles, mais intenses. Il lui dit « Vous êtes polonaise ! » comme un compliment, Odette dut démentir, il joua les incrédules et se mit en devoir de lui dire que son grand-père avait été un poilu des tranchées et qu’il lui disait en petit garçon admiratif « Et tu n’es pas mort grand-père ! » « bien sûr bafouilla-t-il en riant il était pas mort puisque je lui parlais. » Son père continua-t-il avait lancé des barres à mines contre des voitures de nazis. Et lui, il avait fait tout un tas de petits boulots de toute sorte dans sa vie et des petits cons lui disaient qu’il était feignant, que c’est pour ça qu’ils ne lui donneraient rien du tout. « feignant, moi madame, reprit-il. Il y a deux semaines j’ai encore porté des sacs de cinquante kilos sur mon dos. Le gars à qui je donnais un coup de main n’en revenait pas. Regardez mes mains madame, elles son pleines de cales. Cinquante euros il m’a donné, j’étais content. J’aurais cru qu’il m’en aurais donné que vingt. » Après une petite pause il ajouta : «  En ce moment l’assistante sociale qui s’occupe de moi est partie en vacances, c’est pour ça. »

Odette comprit très bien ce qu’était une assistante sociale dans le rêve mais maintenant qu’elle était réveillée pour de bon, avec l’impression d’avoir quitté pendant longtemps son monde à elle, elle demanda à Hector ce qu’était une assistante sociale, s’apprêtant à raconter son entrevue onirique.

« Chut Odette, chut ! d’ici une petite demi-heure le président va parler. Nous saurons si nous devons nous échapper ou pas. Pour l’instant il me croit dans une autre région,restons planqués.»

Le docteur Dross venait d’arriver en catimini, ayant entendu ce qu’avait dit Hector il confirma :

— avec cette ambiance délétère, on ne sait jamais. N’oublions pas que Le Noble est des leurs et que ce n’est pas vraiment un enfant de chœur. »

— Un enfant de chœur ? C’est quoi ? Encore un de vos prototypes ? Demanda Tom en toute bonne foi.

— Je reviens des siècles derniers, j’ai fait une remontée dans le temps dans mon dernier rêve Tom. En ce temps-là, il y avait des enfants de cœur, ils bondissaient comme des anges autour de femmes portant des foulards bleus, ils étaient légers, presque immatériels.

— Bon ça suffit Odette, ce n’est pas le moment de plaisanter, d’accord ? assena Jeudi. Tout le monde se tut et attendit. l’heure était effectivement grave.

 

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