28/07/2007
Le logiciel
Expressions du jour « se perdre dans le labyrinthe de ses pensées », avec celle-ci en indice directionnel : « ne pas chercher midi à quatorze heures ».
Ces deux expressions me sont venues à l’esprit peu après cette contrariété matinale : d’un côté, je ne voulais pas renoncer à aller chercher un être cher qui nous attend pour passer un dimanche ensemble, de l’autre l'intention de me rétablir au plus vite de ce lumbago qui me handicape si fortement au moindre mouvement, que même conduire serait fastidieux, avec le risque de rester « naturellement » coincée au volant.
Désirant reporter à plus tard la décision j'ouvris un magazine et tombai sur ces lignes : « Theodor Adorno fait à Wagner une autre critique. Pour lui, l’attente vaine, coïncidant avec le sentiment que la justice ou l’absolu ne viendront pas, est un aspect fondamental de notre présence au monde »
Les deux expressions me vinrent alors à l’esprit comme sorties d‘un logiciel, en ordre. Je posai la revue, portai attention à cette douleur au bas du dos, et pris ma décision : si je voulais voir notre ami encore un bout de temps, il fallait se résoudre à le décevoir pour cette fois.
L'extrait concernant la critique de Théodore Adorno est tirée de philosophie magazine. Elle se pousuit comme ceci "...Or l'attente chez Wagner serait truquée puisque sa résolution serait pré-programmée."
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27/07/2007
Joie de vivre
Je vous offre cet extrait du Grand Meaulnes. Il s’en dégage quelque chose de l’ordre de la pure joie de vivre. À bientôt !
" Il arriva, sans rencontrer personne, au bas d'un escalier de bois, dans un recoin de cour obscur. L'haleine glacée de la nuit vint lui souffler au visage et soulever un pan de son manteau.
Il fit quelques pas et, grâce à la vague clarté du ciel, il put se rendre compte aussitôt de la configuration des lieux. Il était dans une petite cour formée par des bâtiments des dépendances. Tout y paraissait vieux et ruiné. Les ouvertures au bas des escaliers étaient béantes, car les portes depuis longtemps avaient été enlevées ; on n'avait pas non plus remplacé les carreaux des fenêtres qui faisaient des trous noirs dans les murs. Et pourtant toutes ces bâtisses avaient un mystérieux air de fête. Une sorte de reflet coloré flottait dans les chambres basses où l'on avait dû allumer aussi, du côté de la campagne, des lanternes. La terre était balayée, on avait arraché l'herbe envahissante. Enfin, en prêtant l'oreille, Meaulnes crut entendre comme un chant, comme des voix d'enfants et de jeunes filles, là-bas, vers les bâtiments confus où le vent secouait des branches devant les ouvertures roses, vertes et bleues des fenêtres.
Il était là, dans son grand manteau, comme un chasseur, à demi penché, prêtant l'oreille, lorsqu'un extraordinaire petit jeune homme sortit du bâtiment voisin, qu'on aurait cru désert.
Il avait un chapeau haut de forme très cintré qui brillait dans la nuit comme s'il eût été d'argent ; un habit dont le col lui montait dans les cheveux, un gilet très ouvert, un pantalon à sous-pieds... Cet élégant, qui pouvait avoir quinze ans, marchait sur la pointe des pieds comme s'il eût été soulevé par les élastiques de son pantalon, mais avec une rapidité extraordinaire. Il salua Meaulnes au passage sans s'arrêter, profondément, automatiquement, et disparut dans l'obscurité, vers le bâtiment central, ferme, château ou abbaye, dont la tourelle avait guidé l'écolier au début de l'après-midi.
Après un instant d'hésitation, notre héros emboîta le pas au curieux petit personnage. Ils traversèrent une sorte de grande cour-jardin, passèrent entre des massifs, contournèrent un vivier enclos de palissades, un puits, et se trouvèrent enfin au seuil de la demeure centrale.
Une lourde porte de bois, arrondie dans le haut et cloutée comme une porte de presbytère, était à demi ouverte. L'élégant s'y engouffra. Meaulnes le suivit, et, dès ses premiers pas dans le corridor, il se trouva, sans voir personne, entouré de rires, de chants, d'appels et de poursuites ".
Alain Fournier
21:45 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)
TINTIN
Certaines BD de Hergé sont l’objet de sévères critiques quant à sa morale : était-il raciste ? Pouvait-on échapper à certains préjugés de l’époque ou à une certaine vision des choses ? Le Monde propose une réponse que vous trouverez en cliquant ici
Et ce propos de Michel Serres : « Tintin, c’est le Jules Vernes des sciences humaines. L’oreille cassée commence dans le musée ethnographique, il a des amis chinois ou sud-américains…Son œuvre est concomitante des débuts et des développements de l’anthropologie. Tout ce qu’on lui reproche, à savoir le racisme, l’ethnocentrisme, le colonialisme, mais aussi le passage de Tintin au Congo au Lotus bleu correspond au chemin parcouru par ces anthropologues antiracistes qui, comme Marcel Mauss et James George Frazer, ont malgré tout commencé leur carrière au musée des Colonies (n°11 de Philosophie magazine).
La vraie morale se moque de la morale (Pascal, Pensées)
10:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)


