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24/04/2012

"Trop tard" dit-elle

Où est passée cette femme à la figure un peu violacée à force de boire, cette femme à qui elle avait proposé un kilo de pommes et du pain et qui lui avait répondu que ça faisait longtemps qu’elle ne mangeait plus de fruits et qu’il était trop tard pour s’y remettre, qu’elle avait juste besoin d’un canon. — Au moins vous, lui avait répondu la grosse dame, vous n’avez pas de problème de surpoids.

— Non, avait-elle répondu l’air chagrin et indifférent,  si vous pouvez me donner un ou deux euros, ça ira. »

L’autre avait rangé ses pommes dans le coffre de sa voiture, et cherché ensuite dans son porte-monnaie, comme à regret, les euros demandés. L’unique moment où elle voyait des gens était celui des courses mais pas moyen de rencontrer quelqu’un de réceptif, chacun était dans sa bulle, à lutter contre la crise cardiaque du trop plein pour les consommateurs habitués des lieux, ou le malaise fatal dû aux carences alimentaires concernant les clochards qui traînaient dans le coin. Aujourd’hui elle constatait que cette femme au jean déchiré par l’usure, à force d’être porté de jour et de nuit par la rôdeuse, elle ne l’avait pas vu depuis un certain temps. Pas besoin d’être devin pour imaginer ce qui lui était probablement arrivé. Elle avait succombé à une cuite, son corps à la fois menu et bouffi avait peut-être été repéré au petit matin par les éboueurs et emporté ensuite en catimini à la morgue la plus proche, où l’on avait décidé — peut-être — dans le cynisme ambiant, qu’il servirait enfin à quelque chose comme faire avancer la science si tant est que la chose restât exploitable encore. Elle aurait aimé la voir apparaître cette femme à l’air bougon, qui aurait pu être jolie, lui dire qu’un sourire sincère fait de n’importe qui une personne, quelqu’un. Ces petits riens qui donnent des petits coups d’aiguille aux bulles et aux choses, il aurait fallu les sentir. On aurait pu s’asseoir ensemble un moment, et faire silence, laisser passer les anges. 

 

23/04/2012

à gauche toute

Odette effectuait un travail de surveillance qui bientôt ne serait plus reconnu par l‘état et donc plus payé, c’était passé dans le dernier décret. Heureusement que Jules allait lui confier son pit-bull à promener trois fois par semaine. Activité reconnue entre toutes et bien payée depuis que le président, ami des animaux, avait été réélu. Personne n’aurait pu imaginer pareille aventure ! La disparition de certains boulots, décrétés inutiles du jour au lendemain et la création d’autres, aussi futiles que promeneurs de chiens et pas assez nombreux pour compenser la perte des autres emplois. De plus, beaucoup de gens étranges traînaient dans la rue depuis deux semaines déjà, où l’hôpital psychiatrique de la ville avait été vandalisé par les gueux. Il y avait eu une sorte de volonté de prise de la Bastille de la part des révoltés qui avaient décidé de s‘attaquer à cette institution, mais les derniers journalistes qui restaient encore en place avaient témoigné que c’était en réalité comme si ces malheureux avaient enfoncé des portes ouvertes et la déroute avait été totale. Une occasion en or pour le président de se débarrasser des derniers psychiatres en place qui seraient bientôt remplacés par des matons car il avait depuis longtemps la secrète intention de transformer l’hôpital en prison. Maintenant on ne savait plus si c’était des malades ou des nouveaux chômeurs, que l’on devait désormais appeler « gens sans emploi validé », qui traînaient désœuvrés dans les rues de la ville. "Ouais se dit Odette il y a eu l’affaire Chonrac et ses emplois fictifs, ce doit être une vengeance de son héritier politique qui vient de repasser président aux dernières élections. Ce que ça peut-être mesquin, rancunier, extrêmes, ces gens de droite. Ah si Troland était passé on n’en serait pas là à l’heure qu’il est."

 

Il y en a pour qui c'est autrement "tout naturel"

"Or savez-vous quels sont ses deux instincts naturels, irrésistibles dans l’ordre psychique ? c'est l’amour et la liberté. Ces deux instincts naturels se sont socialement combattus jusqu’à présent ; il a fallu que l’homme immolât ou plutôt subordonnât l’un à l’autre."(Alexandre Dumas fils, La question du divorce, 1880, 12e éd., p.131)

Le combat qui revient sans cesse dans les conversations en ces temps de "crise" est en fait plus souvent un combat à livrer contre ses propres peurs, il est fréquemment plus intérieur que véritablement politique.

"Les instincts qui se combattent" dont parle Dumas, où l'on voit que, évidemment, conscience et combat vont de pair. Nous en sommes à peu près tous là et sommes combattifs presque par instinct, sans que cela remonte jusqu’au conscient parfois, c’est quasi inné à la manière d’une tension récurrente, qui peut même, si on n'y prête attention, tourner à l‘hyper-tension et/ou à l'anxiété maladive que connaissent beaucoup de Français. Or, mystère et boule de gomme, ce n'est heureusement pas le cas pour tout le monde, sans que cela fasse d'eux des imbéciles heureux.  Pour certains êtres en effet, il me semble que les acquis sont là très vite, ils sont naturellement zen, à croire que des vies successives sont venues à bout des bas instincts naturels inhérents au commun des mortels comme l‘erreur à la nature humaine, ou qu’une conscience aigüe les dispensait des injonctions morale que se livre en de nombreuses occasions une conscience plus ordinaire, parfois même presque à son insu,(le fameux sur-moi), ou encore, qu’ils reçoivent une aide hautement spirituelle qui transcende en eux le laborieux combat intérieur de l‘ange et du démon. C’est peut-être bien pour cela que l‘exhortation récurrente au combat, que nous entendons  sans cesse à propos de tout et de rien dans les médias,  m‘agace, combat tellement routinier à la longue, et fatigant ! Faire  partie du commun des mortels c'est déjà suffisant. J’envie je l’avoue ces personnes qui font les choses naturellement, sans spécialement « combattre », chez qui la beauté du geste, c‘est tout naturel.

 

09:45 Publié dans Note | Lien permanent | Commentaires (0)