Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/04/2009

Histoire-enseignement

Contes derviches

Histoires-enseignements des maîtres soufi de ce dernier millénaire

 

Provenant des classiques soufi, de la tradition orale, de manuscrits inédits et des écoles d’enseignement soufi de nombreux pays.

Idries Shah, Le courrier du livre

 

 

L’idiot, le sage et la cruche

 

On peut dire de l’homme ordinaire qu’il est un idiot : il interprète immanquablement de travers ce qui lui arrive, ce qu’il fait ou ce qui est causé par autrui. Et il se trompe de façon si plausible que pour lui-même et ses pareils des domaines entiers de la vie et de la pensée semblent logiques et bien réels.

 

On envoya un jour un idiot de cette espèce chercher du vin chez un sage. On l’avait muni à cette fin d’un pichet.

 

En chemin, l’idiot brisa par inattention sa cruche contre un rocher.

 

Lorsqu’il franchit le seuil de la maison du sage, il lui présenta l’anse du pichet avec ces mots :

 

« Untel vous envoie ce pichet mais une horrible pierre me l’a volé. »

 

Amusé, et désireux de mettre sa cohérence à l’épreuve, le sage lui demanda :

 

« Puisque le pichet a été volé, pourquoi me présentes-tu l’anse ? »

 

— Je ne suis pas si fou que les gens le disent, répartit l’idiot, j’ai donc apporté l’anse à l’appui de mes dires. »

 

***

 

Ce thème revient fréquemment chez les maîtres derviches : l’homme en général ne sait pas discerner le cours caché des événements. Seul ce discernement lui permettrait de faire plein usage de la vie. On appelle Sages ceux qui savent voir ce fil dans la trame alors qu’on dit de l’homme ordinaire qu’il est « endormi ». On l’appelle aussi parfois l’ « Idiot ».

Cette histoire, citée en anglais par Wilberforce Clarke (Diwan-i-Hafiz) est une histoire classique. Ce qu’elle affirme est constructif : en s’imprégnant de cette doctrine à travers des caricatures de ce genre, certains individus peuvent réellement « se sensibiliser » au point de percevoir le fil caché.

Ce passage est extrait d’un recueil derviche attribué à Pir-i-do-Sara, « Celui qui Porte la Robe Rapiécée ». Il mourut en 1790 et il est enterré à Mazar-i- Sharif, au Turkestan.

 

22:20 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.