07.12.2009

Lorand Gaspar

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"Atteindre la langue de Lorand Gaspar, c’est faire la lumière non sur le secret mais sur son origine."

" Entre le temps qui n’existe plus, et le paysage arrêté.
Son œil de pierre aveugle,
Celui de l’appareil photo, ou l’œil d’encre
Du poème arrêté. "

"Le poète constate qu’il voit à travers la photographie la déchéance du corps dans lequel il va falloir vivre malgré tout. Après la mort, le corps redevient poussière, il épouse le sol qu’il a tant marché." 

 Par Marina Ondo  : http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1336

02.12.2009

Deuxième extrait de La Peau de chagrin

Cet extrait où  Balzac passe souvent de l'humour à la gravité en peignant la vie intérieure tourmentée de son  personnage. L’extrait :  

"Ces hommes de la banque, ces remords commerciaux, vêtus de gris, portant la livrée de leur maître, une plaque d’argent, jadis je les voyais avec indifférence quand ils allaient par les rues de Paris ; mais aujourd’hui, je les haïssais par avance. Un matin, l’un d’eux ne viendrait-il pas me demander raison des onze lettres de change que j’avais griffonnées ? Ma signature valait trois mille francs, je ne les valais pas moi-même ! Les huissiers aux faces insouciantes à tous les désespoirs, même à la mort, se levaient devant moi, comme les bourreaux qui disent à un condamné : — Voici trois heures et demie qui sonnent. Leurs clercs avaient le droit de s’emparer de moi, de griffonner mon nom, de le salir, de s’en moquer. JE DEVAIS ! Devoir, est-ce donc s’appartenir ? D’autres hommes ne pouvaient-ils pas me demander compte de ma vie ? Pourquoi j’avais mangé des puddings à la chipolata ? Pourquoi je buvais à la glace ? Pourquoi je dormais, marchais, pensais, m’amusais sans les payer ? Au milieu d’une poésie, au sein d’une idée, ou à déjeuner, entouré d’amis, de joie, de douces railleries, je pouvais voir entrer un monsieur en habit marron, tenant à la main un chapeau râpé. Ce monsieur sera ma dette, ce sera ma lettre de change, un spectre qui flétrira ma joie, me forcera de quitter la table pour lui parler ; il m’enlèvera ma gaieté, ma maîtresse, tout jusqu’à mon lit. Le remords est plus tolérable, il ne nous met ni dans la rue ni à Sainte-Pélagie, il ne nous plonge pas dans cet exécrable sentine du vice, il ne nous jette qu’à l’échafaud où le bourreau anoblit : au moment de notre supplice, tout le monde croit à notre innocence ; tandis que la société ne laisse pas une vertu au débauché sans argent. Puis ces dettes à deux pattes, habillés de drap vert, portant des lunettes bleues ou des parapluies multicolores ; ces dettes incarnées avec lesquelles nous nous trouvons face à face au coin d’une rue, au moment où nous sourions, ces gens allaient avoir l’horrible privilège de dire : — M. de Valentin me doit et ne me paie pas. "Je le tiens. Ah ! Qu’il n’ait pas l’air de me faire mauvaise mine !" Il faut saluer nos créanciers, les saluer avec grâce. — "Quand me paierez-vous ?" disent-ils. Et nous sommes dans l’obligation de mentir, d’implorer un autre homme pour de l’argent, de nous courber devant un sot assis sur sa caisse, de recevoir son froid regard, son regard de sangsue plus odieux qu’un soufflet, de subir sa morale de Barême* et sa crasse ignorance. Une dette est une œuvre d’imagination qu’ils ne comprennent pas. Des élans de l’âme entraînent, subjuguent souvent un emprunteur, tandis que rien de grand ne subjugue, rien de généreux ne guide ceux qui vivent dans l’argent et ne connaissent que l’argent. J’avais horreur de l’argent. Enfin la lettre de change peut se métamorphoser en vieillard chargé de famille, flanqué de vertus. Je devrais peut-être à un vivant tableau de Greuze*, à un paralytique environné d’enfants, à la veuve d’un soldat, qui tous me tendront des mains suppliantes. Terribles créanciers avec lesquels il faut pleurer, et quand nous les avons payés, nous leur devons encore des secours. La veille de l’échéance, je m’étais couché dans ce calme faux des gens qui dorment avant leur exécution, avant un duel, ils se laissent toujours bercer par une menteuse espérance. Mais en me réveillant, quand je fus de sang-froid, quand je sentis mon âme emprisonnée dans le portefeuille d’un banquier, couchée sur des états*, écrite à l’encre rouge, mes dettes jaillirent partout comme des sauterelles ; elles étaient dans ma pendule, sur mes fauteuils, ou incrustées dans les meubles desquels je me servais avec le plus de plaisir. Devenus la proie des harpies du Châtelet*, ces doux esclaves matériels allaient donc être enlevés par des recors*, et brutalement jetés sur la place. Ah ! Ma dépouille était encore moi-même. La sonnette de mon appartement retentissait dans mon cœur, elle me frappait où l’on doit frapper les rois, à la tête. C’était un martyre, sans le ciel pour récompense. Oui, pour un homme généreux, une dette est l’enfer, mais l’enfer avec des huissiers et des agents d’affaires. Une dette impayée est la bassesse, un commencement de friponnerie, et pis que cela, un mensonge ! Elle ébauche des crimes, elle assemble les madriers de l’échafaud. Mes lettres de change furent protestées. Trois jours après je les payai ; voici comment. Un spéculateur vint me proposer de lui vendre l’île que je possédais dans la Loire et où était le tombeau de ma mère. J’acceptai. En signant le contrat chez le notaire de mon acquéreur, je sentis au fond de l’étude obscure une fraîcheur semblable à celle d’une cave. Je frissonnai en reconnaissant le même froid humide qui m’avait saisi sur le bord de la fosse où gisait mon père. J’accueillis ce hasard comme un funeste présage. Il me semblait entendre la voix de ma mère et voir son ombre ; je ne sais quelle puissance faisait retentir vaguement mon propre nom dans mon oreille, au milieu d’un bruit de cloches ! Le prix de mon île me laissa toutes dettes payées, deux mille francs. Certes, j’eusse pu revenir à la paisible existence du savant, retourner à ma mansarde après avoir expérimenté la vie, y revenir la tête pleine d’observations immenses et jouissant déjà d’une espèce de réputation. Mais Fœdora n’avait pas lâché sa proie."

Balzac

* "morale de Barême" : arithméticien français (1640-1703), auteur du Livre des comptes tout faits ; son nom est devenu nom commun. Une morale de Barême c’est donc une morale arithmétique, froide et rigide comme une table de multiplication.

*"Vivant tableau de Greuze" : peintre français ( 1725-1805 ) spécialisé dans les scènes pathétiques. Il a peint justement un Paralytique soigné par ses enfants.

* "couchée sur des états" : sur ses comptes et bilans.

*"harpies du Châtelet" : les huissiers.

* "recors" : le recors accompagnait les huissiers et servait de témoin.

Notes du livre édité chez Classiques de poche (P. 255 à 258)

29.11.2009

Un extrait de : La Peau de chagrin

En avançant de quelques pages dans le roman de Balzac, "j’ai assisté" à la rencontre de Raphaël avec Pauline, et puis un peu plus loin à celle du même jeune homme avec Fœdora. La condition des deux femmes est très différente. L’une connaît la précarité, l’autre vit dans une relative opulence. Raphaël éprouve pour Pauline une tendresse qu’il veut toute fraternelle, et tombe en revanche presque amoureux de Fœdora avant même de l’avoir vue tant ce que Rastignac lui confie au sujet de la jeune comtesse l’intrigue positivement. Comme si Rastignac connaissant les failles de Raphaël prenait un malin plaisir, malgré ses mises en gardes, lesquelles ne sont  que formelles, à le précipiter dans la "gueule du loup". On voit aussi dans l’extrait qui va suivre l’éternel malentendu entre les sexes lorsqu’une femme veut en rester à l’amitié avec un homme qui la désire :

«  … Ces querelles, auxquelles nous avions pris goût, étaient pleines d’amour. Elle y déployait tant de grâce et de coquetterie, et moi j’y trouvais tant de bonheur ! En ce moment notre intimité fut tout à fait suspendue, et nous restâmes l’un devant l’autre comme deux étrangers. La comtesse était glaciale ; moi, j’appréhendais un malheur. — "Vous allez m’accompagner ", me dit-elle quand la pièce fut finie. Le temps avait changé subitement. Lorsque nous sortîmes il tombait une neige mêlée de pluie. La voiture de Fœdora ne put arriver jusqu’à la porte du théâtre. En voyant une femme bien mise obligée de traverser le boulevard, un commissionnaire étendit son parapluie au-dessus de nos têtes, et réclama le prix de son service quand nous fûmes montés. Je n’avais rien, j’eusse alors vendu dix ans de ma vie pour avoir deux sous. Tout ce qui fait l’homme et ses mille vanités furent écrasés en moi par une douleur infernale. Ces mots : — "Je n’ai pas de monnaie, mon cher ! "  furent dits sur un ton dur qui parut venir de ma passion contrariée, dits par moi, frère de cet homme, moi qui connaissais si bien le malheur ! Moi qui jadis avais donné sept cent mille francs avec tant de facilité ! Le valet repoussa le commissionnaire, et les chevaux fendirent l’air . En revenant à son hôtel, Fœdora, distraite, ou affectant d’être préoccupée, répondit par de dédaigneux monosyllabes à mes questions. Je gardai le silence. Ce fut un horrible moment. Arrivés chez elle nous nous assîmes devant la cheminée. Quand le valet de chambre se fut retiré après avoir attisé le feu, la comtesse se tourna vers moi d’un air indéfinissable et me dit avec une sorte de solennité : — "Depuis mon retour en France, ma fortune a tenté quelques jeunes gens, j’ai reçu des déclarations d’amour qui auraient pu satisfaire mon orgueil, j’ai rencontré des hommes dont l’attachement était si sincère et si profond qu’ils m’eussent encore épousée, même quand ils n’auraient trouvé en moi qu’une fille pauvre comme je l’étais jadis. Enfin sachez, monsieur de Valentin, que de nouvelles richesses et des titres nouveaux m’ont été offerts ; mais apprenez aussi que je n’ai jamais revu les personnes assez mal inspirées pour m’avoir parlé d’amour. Si mon affection pour vous était légère, je ne vous donnerais pas un avertissement dans lequel il entre plus d’amitié que d’orgueil. Une femme s’expose à recevoir une sorte d’affront lorsque, en se supposant aimée, elle se refuse par avance à un sentiment toujours flatteur. Je connais les scènes d’Arsinoé, d’Araminte, ainsi je me suis familiarisée avec les réponses que je puis entendre en pareille circonstance ; mais j’espère aujourd’hui ne pas être mal jugée par un homme supérieur pour lui avoir montré franchement mon âme."  Elle s’exprimait avec le sang-froid d’un avoué, d’un notaire, expliquant à leur client les moyens d’un procès ou les articles d’un contrat. Le timbre clair et séducteur de sa voix n’accusait pas la moindre émotion ; seulement sa figure et son maintien, toujours nobles et décents, me semblèrent avoir une froideur, une sécheresse  diplomatiques. Elle avait sans doute médité ses paroles et fait le programme de cette scène. Oh ! Mon cher ami, quand certaines femmes trouvent du plaisir à nous déchirer le cœur, quand elles se sont promis d’y enfoncer un poignard et de le retourner dans la plaie, ces femmes-là sont adorables, elles aiment et veulent être aimées ! Un jour elles vous récompenseront de vos douleurs, comme Dieu doit, dit-on, rémunérer nos bonnes œuvres ; elles nous rendront en plaisirs le centuple d’un mal dont la violence est appréciée par elles, leur méchanceté n’est-elle pas pleine passion ? Mais être torturé par une femme qui nous tue avec indifférence, n’est-ce pas un atroce supplice ? En ce moment Fœdora marchait sans le savoir sur toutes mes espérances, brisait ma vie et détruisait mon avenir avec la froide insouciance et l’innocente cruauté d’un enfant qui, par curiosité, déchire les ailes d’un papillon. — "Plus tard, ajouta Fœdora, vous reconnaîtrez, je l’espère, la solidité de l’affection que j’offre à mes amis. Pour eux, vous me trouverez toujours bonne et dévouée. Je saurais leur donner ma vie, mais vous me mépriseriez si je subissais leur amour sans le partager. Je m’arrête. Vous êtes le seul homme auquel j’aie encore dit ces derniers mots." D’abord les paroles me manquèrent et j’eus peine à maîtriser l’ouragan qui s’élevait en moi ; mais bientôt je refoulai mes sensations au fond de mon âme, et me mis à sourire : — "Si je vous dis que je vous aime, répondis-je, vous me bannirez ; si je m’accuse d’indifférence, vous m’en punirez. Les prêtres, les magistrats et les femmes ne dépouillent jamais leur robe entièrement. Le silence ne préjuge rien ; trouvez bon, madame, que je me taise. Pour m’avoir adressé de si fraternels avertissements, il faut que vous ayez craint de me perdre, et cette pensée pourrait satisfaire mon orgueil. Mais laissons la personnalité loin de nous. Vous êtes peut-être la seule femme avec laquelle je puisse discuter en philosophe une résolution si contraire aux lois de la nature. Relativement aux autres sujets de votre espèce, vous êtes un phénomène. Eh ! bien, cherchons ensemble, de bonne foi, la cause de cette anomalie psychologique. Existe-t-il en vous, comme chez beaucoup de femmes fières d’elles-mêmes, amoureuses de leurs perfections, un sentiment d’égoïsme raffiné qui vous fasse prendre en horreur l’idée d’appartenir à un homme, d’abdiquer votre vouloir et d’être soumise à une supériorité de convention qui vous offense ? Vous me sembleriez mille fois plus belle. Auriez-vous été maltraitée une première fois par l’amour ? Peut-être le prix que vous devez attacher à l’élégance de votre taille, à votre délicieux corsage, vous fait-il craindre les dégâts de la maternité : ne serait-ce pas une de vos meilleures raisons secrètes pour vous refuser à être trop bien aimée ? Avez-vous des imperfections qui vous rendent vertueuse malgré vous ? Ne vous fâchez pas, je discute, j’étudie, je suis à mille lieues de la passion. La nature, qui fait des aveugles de naissance, peut bien créer des femmes sourdes, muettes et aveugles en amour. Vraiment vous êtes un sujet précieux pour l’observation médicale ! Vous ne savez pas tout ce que vous valez. Vous pouvez avoir un dégoût fort légitime pour les hommes, je vous approuve, ils me paraissent tous laids et odieux. Mais vous avez raison, ajoutai-je en sentant mon cœur se gonfler, vous devez nous mépriser, il n’existe pas d’homme qui soit digne de vous ! " Je ne te dirai pas tous les sarcasmes que je lui débitai en riant. Eh ! bien, la parole la plus acérée, l’ironie la plus aiguë, ne lui arrachèrent ni un mouvement ni un geste de dépit. Elle m’écoutait en gardant sur ses lèvres, dans ses yeux, son sourire d’habitude, ce sourire qu’elle prenait comme un vêtement, et toujours le même pour ses amis, pour ses simples connaissances, pour les étrangers.

…" Balzac

27.11.2009

Salon du livre de Loos-lez-Lille

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Salon du livre de Loos-lez-Lille (près de Lille) ce samedi 28 novembre.

22.11.2009

"La veuve de Béthune" de Patrick S. VAST

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09.11.2009

À propos de Tristes Tropiques

... "Claude Lévi-Strauss souhaite ainsi renouer avec la tradition du "voyage philosophique" illustrée par la littérature depuis le XVIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle, c'est-à-dire avant qu'une austérité scientifique mal comprise d'une part, le goût impudique du sensationnel de l'autre n'aient fait oublier qu'on court le monde, d'abord, à la recherche de soi." ...

Le site :

http://jcitoyen.canalblog.com/archives/2009/11/07/1571898...

03.11.2009

Gary Jennings Is Dead at 70; Author of the Best Seller 'Aztec'

By DINITIA SMITH

... "He was born in 1928 in Buena Vista, Va., the son of a printer. For all his love of research, Mr. Jennings was self-taught and never went to college. He studied at the Art Students League in New York and worked as a commercial artist and as a newspaper reporter. He was also managing editor of two men's magazines, Dude and Gent. During the Korean War, he served as a war correspondent for the Army, and was awarded a Bronze Star.

Mr. Jennings married and divorced three times. In addition to his brother, of Flora, Miss., he is survived by a son from his first marriage, Jesse, of Spring, Tex.

His first big publishing success came with ''Aztec,'' published in 1980. The novel is narrated by Mixtli, or Dark Cloud, an Aztec Indian referred to as ''an Aeolus with an inexhaustible bag of wind'' who reminisces about his life as a merchant, warrior and diplomat during the time of Cortes.

To write the book, Mr. Jennings lived for 12 years in Mexico. ''I learned to interpret the ancient pictograph codices and read Nahuatl, the Aztec language,'' he told The New York Times. In his review in The Times, Christopher Lehmann-Haupt called ''Aztec'' ''a dazzling and hypnotic historical novel.'' In one scene, Mr. Jennings described a glorious Aztec city, Tenochtitlan, and its buildings: ''Yellow, white, red, jacinth, all the various colors of flame -- here and there a green or blue one, where some temple's altar fire had been sprinkled with salt or copper filings. And every one of those shining beads and clusters and bands of light shone twice, each having its brilliant reflection in the lake.''

Mexico City was built on Tenochtitlan's ruins.

Sometimes, though, when it came to describing his characters, critics felt that Mr. Jennings fell short. Gerald Jonas, reviewing ''Aztec'' in The New York Times Book Review, said that Mr. Jennings's ''vacillating Motecuzoma,'' or Montezuma, as the conquering Spaniards called him, had ''all the tragic dimensions of a losing coach.''

Mr. Jennings took pride in the accuracy of his historical research on everything from Marco Polo's journeys for his novel ''The Journeyer'' (1984), to 19th-century circus life in the novel ''Spangle'' (1987), for which he traveled with nine different circuses. In ''Raptor'' (1992), he described a Goth's adventures during the days of the Roman Empire.

His last novel, ''Aztec Autumn'' (1997), was a sequel to ''Aztec.'' At the time of his death, said Mr. Jennings's literary agent, Gene Winick, he was working on a historical novel set in Babylon, and, with his nephew Marc, on an opera based on the life of the labor organizer Joe Hill." ...

http://www.nytimes.com/1999/02/18/arts/gary-jennings-is-d...

02.11.2009

bâtons à message

" ... Bon, commençons, qu’est-ce que des bâtons à message? Simple! C’est un point de repère, un message visuel que l’on dispose au bord du chemin pour indiquer aux autres nomades l’état de la situation. Par exemple, on utilise deux morceaux de bois en épinette blanche, on en place un penché très près du sol qu’on appuiera contre l’autre placé verticalement, ainsi nous obtiendrons un message, qui signifie: famine.

Recommençons: qu’est-ce que des bâtons à message? Pas facile du tout! Parce que c’est ce recueil, précisément; et il est fait de tranches de papier d’épinette très minces, posé bien à plat sur ma table de travail. Plus penché que ça, c’est impossible. Il signifie: détresse.

Dès l’introduction, la poétesse nous lance «Mon peuple est rare, mon peuple est précieux comme un poème sans écriture.» Qu’est-ce qu’un poème sans écriture? N’est-ce pas une mémoire sans ses traces, comme celles que nous laissons dans la neige et qui disparaissent au printemps? Aucune trace! Sûrement parce que l’écriture était verbe et que les voix disparaissent avec le temps. Où sont donc les voix et leurs mémoires? Ne les retrouverions-nous pas chez les Innus, où sont-ils? «Je ne te vois plus / sur ta terre, / je ne t’entends plus / quand tu rêves // j’ai perdu tes traces.»

Et, la détresse appartient à ceux qui restent, ils sont dispersés, laissés sans voix: «Silence // Je suis adoptée. / Je suis maltraitée. / Je suis orpheline.» Une profonde tristesse, comme un cri étouffé par les émotions qui accablent. Vivre l’exil chez soi, une fuite impossible, un repliement sur soi-même: «Ma douleur, / devenue remord, / est le long châtiment / qui courbe mon dos.»..."

Le lien :

http://www.voir.ca/blogs/claude_r_giroux/archive/2009/10/...

Un petit extrait de Azteca de Gary Jennings

Quimichi veut dire souris et aussi espion. Parmi les esclaves de Motecuzoma il y avait des ressortissants de tous les pays du Monde Unique et il employait les plus dignes de confiance à espionner pour lui dans leur pays d’origine, car ils pouvaient s’infiltrer parmi leurs concitoyens dans un total anonymat. J’avais moi-même joué les espions chez les Totonaca et dans d’autres circonstances, mais je n’étais qu’un homme seul. Les armées de souris de Motecuzoma étaient capables de rapporter bien davantage d’informations.

 

Quand le premier espion revint, Motecuzoma convoqua le conseil et moi-même pour nous dire que la grande maison flottante des Blancs avait déployé ses ailes et disparu vers l’est. Malgré la déception que me procurait cette nouvelle, j’écoutai la suite du rapport de la souris car elle avait fait du beau travail en regardant, en écoutant et même en surprenant plusieurs conversations traduites.

 

Le navire avait levé l’ancre avec son équipage plus un homme détaché par Cortés, chargé sans doute de remettre l’or, les présents et le rapport du capitaine au roi Charles. Cet homme était Alonso, cet officier à qui on avait donné Ce-Malinali. Cette estimable fille n’était évidemment pas partie avec lui et elle était immédiatement devenue la concubine de Cortés en même temps que son interprète.

 

Cortés s’était adressé par son entremise aux Totonaca. Il leur avait dit que le navire reviendrait avec une nomination à un grade supérieur pour lui et il avait anticipé cette promotion en prenant dès à présent le titre de Capitaine général. Toujours dans le but de devancer les ordres de son roi, il avait décidé de changer le nom de Cem-Anahuac, le Monde Unique. La région côtière qu’il avait déjà soumise et toutes les terres qu’il découvrirait par la suite s’appelleraient désormais la Nouvelle-Espagne. Il était clair que Cortés, qu’il soit fou ou incroyablement audacieux ou encore, comme je le supposais, qu’il agisse sur les injonctions de son ambitieux prince, était en train de s’approprier des terres et des peuples qu’il n’avait encore jamais vus et que ces terres dont il réclamait la souveraineté comprenaient aussi la nôtre.

 

« Si ce n’est pas une déclaration de guerre, Frère Vénéré, dites-moi ce que c’est, s’exclama Cuitlahuac, bouillant de fureur.

 

— Il n’a pas envoyé de présents de guerre, ni aucun témoignage d’une pareille intention, répondit Motecuzoma sur un ton hésitant.

 

— Attendrez-vous qu’il vous décharge ses canons dans les oreilles ? répliqua effrontément son frère Cuitlahuac. Vous voyez bien qu’il ignore notre coutume de donner un avertissement. Apprenons-lui les bonnes manières. Envoyons-lui des présents de guerre, puis descendons vers la côte et rejetons cet insupportable fanfaron dans la mer.

 

— Calme-toi, mon frère, dit Motecuzoma. Pour l’instant, il n’a ennuyé personne en dehors de ces misérables Totonaca. En ce qui me concerne il peut rester sur cette plage toute sa vie, à se pavaner et à se lisser les plumes. Tant qu’il n’entreprendra rien de précis, nous attendrons. »

 

Extrait de Azteca de Gary Jennings (p.924-925)

 

 

 

 

11.09.2009

Francis, un héros sympathique

Deuxième et dernier extrait de Chien méchant, Une enquête du détective Francis de Akif Pirinçci, sur Regards

 

"L’autre bord… Au fond, il ne s’agissait guère que d’une version en miroir de la nôtre. Sinon la même.

mais il s’avérait, une fois de plus, que dans ce genre de pétaudière de la haine il manquait invariablement ce petit rien qui distingue les vivants des morts, à savoir l’activité cérébrale. Et les petits malins comme Moïse et Sissi savaient veiller à ce qu’il en soit ainsi.

Les seuls à ne pas joindre leur voix à ce raffut furent petit Max et Titus d’un côté, Hinz et Kunz de l’autre. La mine figée, ils enregistraient les défoulements d’hostilité à la manière de sismographes mesurant l’amplitude des tremblements de terre. Leurs tronches en pointe et leurs yeux glacés tranchaient sur les postures rengorgées de leurs chefs.

"Nous étions partis du principe selon lequel cette conférence permettrait de trouver une solution aux tensions qui règnent dans le quartier, renâcla Moïse en se mettant à arpenter hargneusement son territoire. Mais si vous croyez, bande d’aboyeurs à la lune, que nous sommes venus ici pour nous faire insulter, alors nous résoudrons le problème par la force."

Un mugissement approbateur retentit de tous côtés, jusques et y compris chez ceux visés par ces menaces.

"T’emballe pas, espèce de braconneur d’insectes !" glapit Sissi en guise de réponse avant de s’avancer à son tour lentement dans l’arène. Ce faisant, elle ressemblait à un petit ballon roulant sur quatre autres ballons un peu plus petits."Primo, j’ai uniquement mis en doute les talents de votre super-renifleur, et deuzio, je ne vois toujours pas de raison de renoncer à l’idée que vous faites de la provocation ciblée.

— Mais il avait été décidé d’œuvrer ici à la paix, non de laisser la situation dégénérer. De plus, vous étiez d’accord pour une explication franche et pour faire appel à un expert afin de clarifier rapidement les choses. Alors voilà, notre ami Francis est là. Et il a plus de malfaiteurs à son tableau de chasse que tous les montreurs de crocs parmi vous.

— Même si le malfaiteur en question est un tueur issu de vos rangs et si sa mission consiste à saper les relations de bon voisinage par des meurtres au hasard en vue d’aplanir le chemin vers la guerre ?"

À ces mots, la façade d’habile démagogue de Moïse commença à se fissurer, et, sous l’emprise d’une légitime colère, l’or de ses yeux vira au rouge vif.

"Qu’est-ce que c’est que ces âneries ? Tu ne vas tout de même pas prétendre que nous avons abattu de sang-froid quatre des nôtres pour détourner les soupçons !

— Pourquoi pas ? Tu insinues bien la même chose, répondit Sissi avec un mauvais sourire, sollicitant du coin de l’œil l’approbation de son auditoire.

— Et pour cause. Le dessin des morsures infligées à la dernière victime, vous désigne vous, les clébards, comme coupables ; oui, sans conteste il vous désigne vous, hypocrites clébards !

— C’est une affirmation un peu osée", pensai-je à haute voix en m’interposant entre les deux fiers à bras. Bien que Barbe-Bleue se fût efforcé jusque là d’apparaître comme un Bouddha en plein recueillement, je remarquai en passant que non seulement son œil indemne, mais également les rides de son orbite vide, et jusqu’au moignon à la racine de sa queue étaient pris de tressaillements d’angoisse. Mais, plus grave encore, un soubresaut d’indignation traversait la communauté à laquelle j’appartiens de naissance, tandis que la communauté contre laquelle j’étais censé, selon le folklore, nourrir des dispositions hostiles laissait échapper un "Ouaiiis !" de soulagement orgasmique. Moïse, petite chose tout éberluée sous le soleil éclatant de l’après-midi, me regardait avec l’air de se demander si les magasins pour animaux offraient aussi des camisoles de force.

"Merveilleux !" s’écria Sissi, comme si je lui avais fourni l’argument souhaité. Même votre gros démerdard admet que nous ne pouvons pas être rendus responsables du meurtre de ces quatre tortionnaires de souris.

— Tout aussi faux ", répliquai-je, parlant de nouveau davantage à moi-même qu’à la meute idiote de ces simples d’esprit, lesquels semblaient pris de vertige face à cette turbine débitant une information nouvelle à la seconde. Tout comme Sissi et Moïse d’ailleurs.

"Qu’est-ce que ça signifie ? s’enquit la première, déconcertée. Tu viens de dire que les traces de morsures ne sont pas de nous, et maintenant, tout d’un coup, le contraire devrait être vrai ? De quel côté es-tu à la fin ?

— Du côté des bons, bien entendu !" gémis-je, découragé, et je m’assis sur mes pattes arrières sous des centaines de regards méprisants. Mais soit ! Lorsque j’avais accepté de m’embarquer dans cette folie, nul ne m’avait promis une partie de plaisir sur le chemin menant à la vérité.

"D’abord, je n’ai en rien exclu la possibilité qu’une mâchoire canine soit l’instrument du crime, j’ai seulement émis quelques doutes quant à la supposition de Moïse. Telles que je vois les choses, les deux parties entrent en ligne de compte, car les crocs ayant infligé les lésions mortelles peuvent tout autant appartenir à un clébard de taille moyenne qu’à un plantureux — comment disais-tu ? tortionnaire de souris ...""

 

 

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