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        <title>Regards - livre</title>
        <description>poésie, culture, informations</description>
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        <lastBuildDate>Thu, 07 Aug 2008 14:50:28 +0200</lastBuildDate>
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                <title>Extrait de L'homme traqué</title>
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                <author>noreply@ (Sauge)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Tue, 15 Jul 2008 10:33:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;em&gt;&quot;D’ailleurs, à voir Lampieur avec ses cheveux coupés ras, son pantalon tenu comme au régiment par une bretelle qui servait de ceinture, son tricot à raies bleues, son attitude déjà courbée, ses larges mains, ses épaules puissamment arrondies et l’expression sérieuse de son visage, l’idée ne venait à personne qu’il pût cacher, sous des dehors semblables, autre chose qu’une espèce d’honnête homme bourru, d’une quarantaine d’années et sans aucune conversation. De fait, il ne parlait jamais. Il écoutait les uns se plaindre des mégots qui devenaient rares, et les autres des métiers qu’ils faisaient, et des flics. Il écoutait et regardait. Et l’on ne s'occupait de lui que lorsqu’il reposait son verre sur le comptoir, en déclarant :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;– Patron, du même !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;Aujourd’hui, cette réserve qu’il n’avait cessé de montrer permettait à Lampieur de garder le silence lorsque, après la lecture des journaux, par exemple, M. Fouasse émettait son avis sur le crime.&quot;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;francis Carco&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>L'homme traqué — Extrait</title>
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                <author>noreply@ (Sauge)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 10:41:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#2F4F4F&quot;&gt;Il y avait trois semaines que la police recherchait l’assassin de la rue Saint-Denis et que, régulièrement, Lampieur se rendait chaque soir, près des Halles, dans un débit où on le connaissait.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; — Ah ! Voilà m’sieur François ! Annonçait&amp;nbsp;aussitôt le patron. Toujours exact : ça fait plaisir !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C’était l’heure vague et vide qui précède celle de l’apéritif. De rares consommateurs, assis sur les banquettes, devant un demi-setier d’aramon, étalaient des mégots qu’ils avaient ramassés dehors et en confectionnaient pour leur usage des cigarettes. Certains, dépliant de vieux journaux, expédiaient un restant d’arlequin. Enfin, près de la porte, une femme sans âge qu’on appelait «&amp;nbsp;la mère Tout le monde&amp;nbsp;» regardait dans la rue et guettait l’arrivée des habitués pour les implorer, un à un, d’un air digne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Étrange retraite que ce débit ! Resserrée en façon de couloir, malpropre, pleine d’une poisseuse humidité… Mais elle avait son caractère, quand, se mêlant aux malheureux qui en formaient la peu brillante pratique, des prostituées en cheveux et grossièrement maquillées y venaient à la nuit se chauffer près du poêle. On voyait, là, Renée qui portait un chandail, Mme berthe et son parapluie, Gilberte la poitrinaire, la grosse Thérèse, Yvette, Gaby, Lilas, une Bretonne, et Léontine dont on racontait qu’elle s’était enfuie de sa famille pour «&amp;nbsp;faire la vie&amp;nbsp;».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Lampieur connaissait plusieurs de ces filles qu’il croisait invariablement aux alentours d’un hôtel borgne, quand il allait à son travail. Parfois, elles lui disaient bonsoir.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; — Bonsoir ! répondait-il ; et il passait sans s’occuper de leur manège, le long des magasins fermés.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À minuit, elles étaient encore là, sur les trottoirs dont elles frappaient l’asphalte des hauts talons de leurs bottines, et cinq ou six d’entre elles, qui remontaient, très tard, la rue Saint-Denis, s’accroupisssaient devant le soupirail de la boulangerie et demandaient qu’on leur vendît un morceau de pain chaud. Elles avaient une ficelle qu’elles jetaient tour à tour dans la cave avec des sous, et elles attendaient, pour la retirer, que le morceau de pain, noué à son extrémité, y suspendît son poids.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Lampieur abominait ces filles. Leurs voix rauques effrontées qui le hélaient de dehors, leur présence dans la rue, à cette heure où n’erraient plus que les agents, des passants isolés, des ivrognes et ces ombres singulières qui semblent se mouvoir sans corps, lui étaient insupportables.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Qu’avaient-elles donc à l’appeler ainsi ? C’est bon ! Il y allait. Pas la peine de faire tant de bruit ! Pour douze sous de pain ! Et qu’est-ce qu’elles fabriquaient, maintenant, au lieu de tirer leur ficelle ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; — Bon Dieu ! criait&amp;nbsp; Lampieur, faut-il vous le monter ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C’est qu’il ne pouvait voir sans déplaisir, le long du mur, cette ficelle qu’aucune main ne paraissait tenir, car elle lui rappelait l’horrible nuit où, de retour dans la cave qui servait de fournil, il l’avait trouvée là, qui pendait, inerte, du soupirail, comme à présent. Qui l’y avait lancée, durant son absence ? Lampieur n’osait pas se le demander. Et il était resté, béant, à la considérer, sans trouver rien d’abord à se dire pour reprendre courage. À la fin, cependant, il avait ramassé la ficelle dont un bout traînait sur le sol et il y avait attaché un gros quignon de pain. Puis il ne s’en était plus soucié et quelqu'un était venu qui, de la rue, avait remonté le pain et la ficelle, en silence, sous la pluie qui tombait.&lt;br /&gt; &lt;b&gt;Francis Carco&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/div&gt; 
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                <title>Kafka</title>
                <link>http://poesiedicietdailleurs.hautetfort.com/archive/2008/06/22/kafka.html</link>
                <author>noreply@ (Sauge)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Sun, 22 Jun 2008 07:56:32 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;font color=&quot;#C71585&quot;&gt;&quot;&quot;Franz ne peut pas vivre. Franz n'a pas la capacité de vivre. Franz ne sera jamais en bonne santé. Franz va bientôt mourir.&lt;br /&gt; Il est certain que la chose se présente ainsi : Nous sommes tous en apparence capables de vivre parce que nous avons eu un jour ou l'autre recours au mensonge, à l'aveuglement, à l'enthousiasme, à l'optimisme, à une conviction ou à une autre, au pessimisme ou à quoi que ce soit. Mais lui est incapable de mentir, tout comme il est incapable de s'enivrer. Il est sans le moindre refuge, sans asile. C'est pourquoi il est exposé là où nous sommes protégés. Il est comme un homme nu au milieu des gens habillés. Ce qu'il dit, ce qu'il est, ce qu'il vit n'est même pas la vérité. C'est une manière d'être qui est déterminée, qui existe en elle-même, débarrassée de tout l'accessoire, de tout ce qui pourrait l'aider à qualifier la vie –beauté ou misère, peu importe. Et son ascétisme est totalement dépourvu d'héroïsme, ce qui le rend, à vrai dire, plus grand et plus noble. Ce n'est pas un homme qui construit son ascétisme comme un moyen d'accéder à un but, c'est un homme qui est contraint à l'ascétisme par sa terrible lucidité, par sa pureté, par son incapacité à accepter le compromis.&quot; Extrait d'une lettre adressée par Milena à Max Brod en août 1920&quot;&lt;/font&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://pagesperso-orange.fr/mondalire/kafka.htm&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#8A2BE2&quot;&gt;&lt;b&gt;Ici&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/font&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;br /&gt; 
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                <title>Robert Coover</title>
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                <author>noreply@ (Sauge)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Thu, 19 Jun 2008 06:26:10 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;font color=&quot;#A0522D&quot;&gt;&quot;J'ai lu bien sûr ces critiques français des années 1940 et 1950 qui avaient su percevoir dans ces films l'envers peu reluisant de l'Amérique décrite par Hollywood. Les auteurs de ces films n'étaient pas prisonniers d'impératifs commerciaux : la modestie de ces productions leur permettait de prendre des risques impensables dans d'autres genres, et notamment de remettre en question l'optimisme ambiant, de suggérer que notre victoire dans la Seconde Guerre mondiale ne faisait pas forcément de nous des héros, que le pouvoir était peut-être corrompu, que les policiers n'étaient pas tous des gens bien... Il y avait à l'œuvre dans ces séries B une vision sombre et existentialiste de l'Amérique à laquelle les critiques français ont su être sensibles.&quot;&lt;/font&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#8B0000&quot;&gt;L'article &lt;a href=&quot;http://bibliobs.nouvelobs.com/comment/reply/5765&quot;&gt;Ici&amp;nbsp;&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/div&gt; &lt;br /&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://poesiedicietdailleurs.hautetfort.com/archive/2008/05/22/mon-prochain-livre.html</guid>
                <title>ma prochaine lecture</title>
                <link>http://poesiedicietdailleurs.hautetfort.com/archive/2008/05/22/mon-prochain-livre.html</link>
                <author>noreply@ (Sauge)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Thu, 22 May 2008 07:46:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#D2691E&quot;&gt;«&amp;nbsp;Stéphane Audoin-Rouzeau commence et termine son ouvrage sur un double souhait. En premier lieu, que son livre puisse contribuer à combler une immense lacune dans le travail collectif des sciences sociales, spécialement en France, où l’analyse de la guerre comme expérience de la violence n’est pas comprise comme &quot;objet d’investigation légitime&quot;. En second lieu, que son travail soit discuté et prolongé par d’autres. Plutôt qu’une œuvre définitive, cette somme veut être un travail de pionnier – d’ouvreur de route, dit-on dans l’infanterie. Il prend d’ailleurs le plus grand soin d’instruire des questionnements qu’il laisse sans réponse, et de proposer quelques unes de ses observations comme autant de balises pour l’avenir de la recherche.&amp;nbsp;»&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#D2691E&quot;&gt;Si cela vous dit, c'est &lt;a href=&quot;http://www.nonfiction.fr/article-1099-la_guerre_saisie_par_les_sciences_sociales.htm&quot;&gt;Ici&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://poesiedicietdailleurs.hautetfort.com/archive/2008/05/20/langage-colore-de-dosto.html</guid>
                <title>langage coloré de Dosto</title>
                <link>http://poesiedicietdailleurs.hautetfort.com/archive/2008/05/20/langage-colore-de-dosto.html</link>
                <author>noreply@ (Sauge)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Tue, 20 May 2008 15:21:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#7B68EE&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;mais si quelque chose embarrassait Kolia, ce n’étaient que les&amp;nbsp;&quot;marmots&quot;. Il va sans dire que l‘aventure inopinée de Catherine lui inspirait le plus profond mépris, mais il aimait beaucoup les marmots délaissés et leur avait déjà porté un livre pour enfants. Nastia, l’aînée, âgée de huit ans, savait lire, alors que le plus jeune marmot, le petit Kostia qui en avait sept, aimait beaucoup l‘écouter lui faire la lecture. Bien entendu, Krassotkine aurait pu les occuper d’une façon plus intéressante, c’est-à-dire les aligner côte à côte et jouer avec eux aux soldats ou à cache-cache dans toute la maison. Il l’avait déjà fait plus d’une fois et n’y répugnait pas, si bien que le bruit avait même couru dans sa classe qu’à la maison Krassotkine &lt;font color=&quot;#4169E1&quot;&gt;jouait&lt;/font&gt; avec ses petits locataires&amp;nbsp;&quot;aux guides&quot;, faisant un des chevaux &lt;font color=&quot;#CD5C5C&quot;&gt;en encensant de la tête&lt;/font&gt;. Mais krassotkine avait fièrement paré cette accusation en faisant observer qu’avec des enfants de son âge, ceux de treize ans, il eût en effet été déshonorant&amp;nbsp;&amp;nbsp;&quot;de nos jours&quot; de jouer aux guides, mais qu’il le faisait pour les&amp;nbsp;&quot;marmots&quot; parce qu’il les aimait bien, et que personnes n’avait le droit de lui demander compte de ses sentiments. Aussi bien, les deux marmots l’adoraient-ils.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#7B68EE&quot;&gt;Les Fères K, page 598 &lt;em&gt;Class. de Poche&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#7B68EE&quot;&gt;quelques pages plus loin :&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Dès que je vous ai vu avec un chien, j’ai aussitôt pensé que vous ameniez cette Joutchka&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Attendez, Karamazov, nous la retrouverons peut-être, mais celui-ci c’est Perezvon. Je vais le laisser entrer dans la chambre et peut-être ainsi dériderai-je mieux Ilioucha qu’avec le chiot de molosse. Ah ! Mon Dieu, qu’ai-je donc à vous retenir ! S’écria-t-il précipitamment. Vous n’avez par ce froid que votre redingote sur le dos, et moi qui vous retiens ! Vous voyez quel égoïste je suis ! Oh, nous sommes tous des égoïstes Karamazov !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Ne vous inquiétez pas, c’est vrai qu’il fait froid, mais je ne m’enrhume pas facilement. Allons pourtant là-bas. À propos : comment vous appelez-vous, je sais que c’est Kolia, mais après ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Nicolas, Nicolas Ivanov Krassotkine ou comme on dit en langage administratif, fils krassotkine, répondit Kolia en riant on ne sait pourquoi, mais soudain il ajouta :&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Je hais, cela va sans dire, mon prénom de Nicolas.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Vous avez treize ans ? Demanda Aliocha.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— C’est-à-dire quatorze dans quinze jours très prochainement. Je vous avoue d’avance une faiblesse, Karamazov, je vous le dis à vous à l’occasion de notre première rencontre, pour que vous voyiez d’emblée toute ma nature : je déteste qu’on me demande mon âge, détester c’est peu dire… et enfin… une calomnie court à mon sujet : que la semaine dernière j’ai joué aux brigands avec les préparatoires. Que j’aie joué c’est la vérité, mais prétendre que j’ai joué pour moi, pour mon propre plaisir, c’est carrément une calomnie. J’ai des raisons de croire que cela est venu à vos oreilles, seulement je n’ai pas joué pour moi, mais pour la marmaille parce qu’ils n’avaient rien su inventer sans moi. Et ainsi on répand toujours chez nous des sottises. C’est une ville de potins, je vous assure.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Et quand vous auriez joué pour votre plaisir, qu’y aurait-il donc à cela ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Ma foi, pour soi… Vous n’allez tout de même pas jouer aux guides ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— Vous n’avez qu’à raisonner ainsi, répondit Aliocha en souriant : les grandes personnes vont bien au théâtre, par exemple, or au théâtre on montre aussi les aventures de différents héros, parfois aussi avec des scènes de brigandage et de guerre, alors n’est-ce pas la même chose, dans son genre bien entendu ? Or, quand les jeunes jouent, pendant les récréations, à la guerre ou, disons, aux brigands, c’est bien aussi de l’art naissant, un besoin artistique naissant dans la jeune âme, et parfois ces jeux s’organisent même avec plus de cohérence que les représentations théâtrales ; la seule différence est qu’on va au théâtre pour voir les acteurs, alors qu’ici les jeunes sont eux-mêmes les acteurs. Mais ce n’est que naturel.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#008B8B&quot;&gt;— C’est-ce que vous pensez ? Telle est votre conviction ? Demanda Kolia en le regardant attentivement. Vous savez, vous avez exprimé une idée assez curieuse : en rentrant chez moi, je ferai travailler mes méninges là-dessus. J’avoue que je m’attendais bien qu’il y aurait quelque chose à apprendre de vous. Je suis venue m’instruire auprès de vous, karamazov, conclut Kolia d’un ton pénétré et expansif.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>On emmène Mitia</title>
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                <author>noreply@ (Sauge)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 18 May 2008 19:12:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Lorsque le procès verbal fut signé, Nicolas Parfenovitch s’adressa solennellement à l’accusé et lui donna lecture de « L’ordonnance&amp;nbsp;» disposant qu’en telle année et tel jour, à tel endroit, le juge d’instruction de la cour d’assises de tel arrondissement, ayant interrogé un tel (c’est-à-dire Mitia), accusé de telle ou telle chose (tous les chefs d’accusation étaient soigneusement spécifiés), et attendu que le prévenu ne se reconnaissant pas coupable de crimes retenus contre lui, n’avait rien présenté pour sa défense, que cependant les témoins (telles personnes) et les circonstances (telles et telles) le confondaient pleinement, vu tels articles du Code pénal, etc., ordonne, afin de priver un tel (Mitia) des moyens de se soustraire à l’instruction et au jugement, de l’écrouer dans telle maison de force, en le portant à la connaissance du prévenu, une copie de la présente ordonnance étant communiquée au substitut, etc., etc. Bref, on annonça à Mitia qu’à partir de cet instant il était en état d’arrestation et qu’on allait le ramener en ville, où il serait enfermé en un lieu très déplaisant. Mitia, ayant écouté attentivement, se contenta de hausser les épaules.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Que voulez-vous, messieurs, je ne vous blâme pas, je suis prêt… Je comprends qu’il ne vous reste rien d’autre à faire.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Nicolas Parfenovitch lui expliqua avec douceur qu’il allait être emmené par le commissaire de la police rurale Mavriki Mavrikievitch, qui se trouvait justement sur place.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Attendez, interrompit soudain Mitia, et avec un élan irrésistible il prononça en s’adressant à toutes les personnes présentes dans la pièce : messieurs, nous sommes tous cruels, tous dénaturés, tous nous faisons pleurer les autres, les mères et les bébés au sein, mais de tous - que cela soit donc établi maintenant - de tous, je suis la plus immonde vermine ! Soit ! Chaque jour de ma vie, en me frappant la poitrine, je promettais de m’amender, et chaque jour je commettais les mêmes vilenies. Je comprends maintenant qu’à des gens comme moi il faut un coup, un coup du sort, pour les prendre comme au lasso et les mater par une force extérieure. Jamais, jamais je ne me serais relevé tout seul ! Mais le tonnerre a éclaté. J’accepte le supplice de l’accusation et de mon déshonneur public, je veux souffrir et je me purifierai par la souffrance ! Je me purifierai peut-être, n’est-ce pas messieurs ? Mais entendez-le cependant pour la deuxième fois : je suis innocent de la mort de mon père ! J’accepte le châtiment, non pas pour l’avoir tué mais pour avoir voulu le tuer, et peut-être l’aurais-je vraiment tué… Mais tout de même j’ai l’intention de lutter contre vous, et cela je vous l’annonce. Je lutterai jusqu’au bout, ensuite c’est Dieu qui nous départagera. Adieu, messieurs, ne m’en veuillez pas d’avoir crié contre vous au cours de l’interrogatoire, oh, j’étais encore si stupide alors… Dans un instant je serai un détenu et maintenant, pour la dernière fois, en homme encore libre, Dmitri Karamazov vous tend la main. En vous disant adieu, je dirai adieu aux hommes !…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Sa voix se mit à trembler et il tendit en effet la main, mais Nicolas Parfenovitch qui, de tous, se trouvait le plus près de lui, cacha soudain ses mains derrière son dos d’un geste presque convulsif. Mitia s’en aperçut au même instant et tressaillit. Il laissa aussitôt retomber sa main tendue.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— L’instruction n’est pas encore terminée, balbutia Nicolas Parfenovitch légèrement confus, nous la poursuivrons en ville et, pour ma part, je suis certes prêt à vous souhaiter toute la chance possible… pour votre mise hors de cause… Personnellement, je suis toujours enclin à vous considérer comme un homme pour ainsi dire plus malheureux que coupable… tous ici, si seulement j’ose m’exprimer au nom de tous, nous sommes prêts à vous reconnaître pour un jeune homme noble quant au fond mais, hélas ! Entraîné par certaines passions à un degré quelque peu excessif…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;La petite silhouette de Nicolas Parfenovitch exprima à la fin de son discours la plus entière dignité. Un instant, la pensée traversa le cerveau de Mitia que ce «&amp;nbsp;gamin&amp;nbsp;» allait le prendre sous le bras, l’emmener à l’écart et reprendre avec lui leur récente conversation sur les «&amp;nbsp;petites filles&amp;nbsp;». Mais quelles pensées, tout à fait étrangères à la situation et saugrenues, ne viennent-elles pas, parfois même au criminel qu’on conduit au supplice ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Messieurs, vous êtes bons, vous êtes humains, puis-je &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; voir, lui dire un dernier adieu ? Demanda Mitia.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Sans doute, mais vu que… en un mot, ce n’est plus possible hors de la présence…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Soit, soyez présents !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;On amena Grouchenka, mais les adieux furent brefs, avares de paroles et ne satisfirent pas Nicolas Parfenovitch. Grouchenka fit à Mitia un profond salut.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Je t’ai dit que je suis à toi, et je le serai, je te suivrai pour toujours, où qu’on t’envoie. Adieu, toi qui t’es perdu sans être coupable !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Ses lèvres frémirent, des larmes jaillirent de ses yeux.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Pardonne-moi mon amour, Groucha, et aussi d’avoir causé ta perte par mon amour !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Mitia voulait dire autre chose encore, mais brusquement il coupa court lui-même et sortit. Il fut aussitôt entouré de gens qui ne le quittaient pas des yeux. En bas du perron devant lequel, la veille, il s’était arrêté avec un tel éclat dans la troïka d’André, attendaient déjà deux voitures toutes prêtes. Mavriki Mavrikievitch, trapu et corpulent, à la figure bouffie, était irrité par quelque chose, par un désordre imprévu, il s’emportait et criait. Ce fut avec une rudesse quelque peu excessive qu’il invita Mitia à monter dans la charrette. «&amp;nbsp;Naguère, quand je lui offrais à boire au cabaret, il avait une tout autre tête&amp;nbsp;», pensa Mitia en montant. Trifon Borissitch avait aussi descendu le perron. À la porte cochère se pressait du monde, des paysans, des femmes, des cochers, tous les yeux étaient fixés sur Mitia.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Adieu, bonnes gens ! cria subitement Mitia de la voiture.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Adieu, firent deux ou trois voix.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Adieu toi aussi, Trifon Borissitch !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Mais Trifon Borissitch ne tourna même pas la tête, peut-être était-il bien trop occupé. Lui aussi criait et s’agitait, on ne savait pourquoi. Dans la deuxième voiture, dans laquelle deux gardes devaient accompagner Mavriki Mavrikievitch, tout n’était pas encore en ordre. Le paysan désigné pour cette deuxième troïka enfilait sa houppelande et soutenait ferme que ce n’était pas à lui de partir, mais à Akim. Mais Akim n’était pas là ; on était parti le chercher : le paysan insistait et suppliait qu’on l’attendît.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Nos gens, Mavriki Mavrikievitch, ne savent pas ce que c’est la conscience ! S’exclammait Trifon Borissitch. Akim t’a donné avant-hier une pièce de vingt-cinq kopecks, tu les a bus, et maintenant tu brailles. Je m’étonne seulement de votre bonté avec nos sales gens, Mavriki Mavrikievitch, je ne vous dis que ça !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Mais qu’avons-nous besoin d’une deuxième troïka ? intervint Mitia, partons dans une seule, Mavriki Mavrikievitch, je ne me rebellerai tout de même pas, je ne me sauverai pas, à quoi bon une escorte ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Veuillez, monsieur, apprendre à me parler si vous ne le savez pas encore, veuillez ne pas me tutoyer et gardez vos conseils pour une autre occasion… coupa soudain férocement Mavriki Mavrikievitch, comme heureux de passer sa colère.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Mitia se tut. Il était tout rouge. Au bout d’un instant, il eut soudain très froid. La pluie avait cessé, mais le ciel brumeux était tout enveloppé de nuages, un vent coupant soufflait en pleine figure. «&amp;nbsp;Aurais-je la fièvre ?&amp;nbsp;» pensa Mitia avec un geste frileux des épaules. Enfin Mavriki Mavrikievitch monta à son tour dans la voiture, s’assit pesamment, s’étala et feignant de ne pas s’en apercevoir, refoula fortement Mitia. Il est vrai qu’il était de mauvaise humeur et que la mission dont on l’avait chargé lui déplaisait fort.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Adieu, Trifon Borissitch ! cria de nouveau Mitia, et il sentit lui-même que ce n’était pas cette fois par bonhomie qu’il criait mais de colère, malgré lui. Mais Trifon Borissitch se tenait dans une attitude fière, les mains au dos, les yeux fixés droit sur Mitia, il le regardait d’un air sévère et courroucé et ne lui répondit rien.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Adieu Dmitri Fédorovitch, adieu ! fit soudain la voix de Kalganov, surgi à l’improviste de quelque part. Accourant vers la troïka, il lui tendit la main. Il était nu-tête. Mitia eut encore le temps de saisir sa main et de la serrer.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Adieu, cher garçon, je n’oublierai pas ta générosité ! s’exclama-t-il avec chaleur. Mais la voiture s’ébranla et leurs mains se séparèrent. La clochette se mit à tinter : on avait emmené Mitia.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Kalganov courut dans le vestibule, s’assit dans un coin, baissa la tête et, se couvrant le visage de ses mains, se mit à pleurer ;&lt;/font&gt; &lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Longtemps il resta ainsi, il pleurait comme s’il était encore un petit garçon et non pas un jeune homme de vingt ans. Oh, il était presque convaincu de la culpabilité de Mitia. «&amp;nbsp;Qu’est-ce donc que les gens, que peut-on après cela attendre de l’humanité !&amp;nbsp;» s&lt;/font&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;’exclammait-il avec incohérence dans un découragement amer, presque désespéré. Il n’avait même plus envie de vivre en cet instant. «&amp;nbsp;Cela vaut-il la peine, cela vaut-il la peine ?&amp;nbsp;» s’écriait le jeune homme affligé.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Dostoïevski&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Les Frères Karamazov &lt;em&gt;Classique de Poche&lt;/em&gt; P.584 à 587&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Le procureur pince Mitia</title>
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                <author>noreply@ (Sauge)</author>
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                                                <pubDate>Sat, 17 May 2008 15:33:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;Ce qui suivit fut tout à fait inattendu pour Mitia et étonnant. Jamais il n’aurait pu imaginer, un instant seulement auparavant, que quelqu'un pût le traiter ainsi, lui, Mitia karamazov ! Surtout, il y avait là quelque chose d’humiliant et, de la part des autres, de «&amp;nbsp;hautain et de méprisant à son égard&amp;nbsp;». Ce n’eût été rien encore d’enlever sa redingote, mais on le pria de continuer à se déshabiller. Et non pas qu’on l’en priât, mais, à proprement parler, on le lui ordonna : il le comprit parfaitement. Par orgueil et par mépris, il se soumit entièrement, sans récriminer. À la suite de Nicolas Parfenovitch, le procureur pénétra également derrière le rideau, ainsi que plusieurs paysans, «&amp;nbsp;naturellement pour prêter main-forte, pensa Mitia, et peut-être pour autre chose encore&amp;nbsp;».&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Alors, faut-il donc enlever aussi la chemise ? Demanda-t-il d’un ton brusque, mais Nicolas Parfenovitch ne répondit pas : il était plongé ainsi que le procureur dans l’inspection de la redingote, du pantalon et de la casquette, et l’on voyait que cet examen les intéressait beaucoup tous deux : «&amp;nbsp;Ils ne se gênent pas le moins du monde, se dit Mitia, ils n’observent même pas une politesse élémentaire&amp;nbsp;».&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Je vous demande pour la deuxième fois si, oui ou non, je dois enlever ma chemise ? Prononça-t-il d’un ton encore plus brusque et irrité.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Soyez sans crainte, nous vous préviendrons, répondit Nicolas Parfenovitch sur un ton autoritaire. Du moins, c’était ce qui sembla à Mitia.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;Entre le juge d’instruction et le procureur se déroulait pendant ce temps un conciliabule animé à mi-voix. On avait découvert sur la redingote, en particulier sur le pan gauche, au dos, d’énormes taches de sang séché, durci et pas encore très étalé. Sur le pantalon de même. De plus, en présence des témoins, Nicolas Parfenovitch passa personnellement le doigt sur le col, les poignets et toutes les coutures de la redingote et du pantalon, manifestement à la recherche de quelque chose - bien entendu, de l’argent. Surtout, on ne cachait pas à Mitia le soupçon qu’il avait pu, qu’il avait été capable de coudre l’argent dans ses vêtements. «&amp;nbsp;C’est vraiment me traiter en voleur et non pas en officier&amp;nbsp;», grommela-t-il à part soi. Le juge d’instruction et le procureur échangeaient leurs vues devant lui avec une singulière franchise. C’est ainsi que le greffier, qui s’était aussi retrouvé derrière le rideau, s’affairant et prêtant assistance, attira l’attention de Nicolas Parfenovitch sur la casquette qu’on palpa également : «&amp;nbsp;Vous vous rappelez Gridenko, le scribe ? fit remarquer le greffier, il est allé, cet été toucher le traitement pour tout le bureau et, au retour, a déclaré avoir perdu l’argent en état d’ivresse, mais où pensez-vous qu’on l’ait retrouvé ? Dans ce passepoil, justement, dans sa casquette, les billets de cent roubles étaient roulés et cousus dedans.&amp;nbsp;» Le procureur ainsi que le juge d’instruction se souvenaient parfaitement du cas de Gridenko, de sorte que la casquette de Mitia fut également mise de côté et qu’il fut décidé qu’il fallait examiner tout cela soigneusement plus tard, ainsi du reste que tous les vêtements.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Permettez, s’écria soudain Nicolas Parfenovitch, apercevant la manchette droite de la chemise de Mitia, retournée au-dedans et tout inondée de sang. Permettez, qu’est-ce donc, du sang ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Du sang, coupa Mitia.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— C’est-à-dire quel sang… et pourquoi est-ce retourné à l’intérieur de la manche ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Mitia expliqua qu’il s’était sali la manchette en s’affairant auprès de Grégori et qu’il l’avait retournée chez Perkhotine, en se lavant les mains.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Il faudra prendre aussi votre chemise, c’est très important… comme pièce à conviction. Mitia rougit et fut saisi de fureur.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Faut-il donc que je reste nu ? cria-t-il.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Ne vous inquiétez pas… nous trouverons bien le moyen d’arranger cela, mais en attendant donnez-vous la peine de retirer aussi vos chaussettes.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Vous ne plaisantez pas ? c’est vraiment indispensable ? Demanda Mitia, les yeux brillants.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Il ne s’agit pas de plaisanter, riposta sévèrement Nicolas Parfenovitch.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Après tout, s’il le faut… je… marmonna Mitia et, s’asseyant sur le lit, il se mit en devoir d’enlever ses chaussettes. Il éprouvait une gêne intolérable : tout le monde était habillé, alors que lui était dévêtu, et, chose étrange, une fois dévêtu, il se sentit en quelque sorte coupable envers eux, surtout il était prêt à reconnaître lui-même qu’effectivement il était soudain devenu leur inférieur à tous et que maintenant ils étaient pleinement en droit de le mépriser. «&amp;nbsp;Quand tout le monde est déshabillé, on n’a pas honte, mais lorsqu’on l’est seul et que tous vous regardent, quelle ignominie !&amp;nbsp;» Cette pensée lui traversait encore et encore l’esprit. «&amp;nbsp;C’est comme en rêve, en rêve j’ai quelquefois subi une pareille honte.&amp;nbsp;» Mais retirer ses chaussettes lui causait même de la souffrance : elles n’étaient pas propres, son linge de corps non plus, et maintenant tout le monde l’avait vu. Et surtout il n’aimait pas lui-même ses pieds, il avait toute sa vie, sans savoir pourquoi, trouvé laids ses gros orteils, notamment l’ongle grossier, plat, incurvé du pied droit, et voici qu’à présent ils allaient tous le voir. De honte intolérable il devint encore plus grossier, cette fois délibérément. Il arracha lui-même sa chemise.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Ne voulez-vous pas chercher encore ailleurs si vous n’avez pas honte ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Non, c’est inutile pour le moment.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Alors quoi, faut-il donc que je reste comme ça, tout nu ? ajouta-t-il féroce.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Oui, c’est indispensable pour le moment… Veuillez vous asseoir en attendant, vous pouvez prendre une couverture sur le lit et vous en envelopper, quant à moi… je vais arranger tout cela.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;On présenta toutes les affaires de Mitia aux témoins, on dressa le procès-verbal de l’inspection, et Nicolas Parfenovitch sortit enfin, tandis qu’on emportait les vêtements, Hippolyte Kirrilovitch sortit aussi. Seuls restèrent avec Mitia les paysans qui se tenaient debout en silence sans le quitter des yeux. Mitia s’enveloppa dans la couverture, il avait froid. Ses pieds nus dépassaient et il ne parvenait pas à la tirer suffisamment pour les couvrir. Nicolas Parfenovitch était bien long à revenir, «&amp;nbsp;d’une lenteur torturante&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;il me prend pour un gamin&amp;nbsp;», pensait Mitia en grinçant des dents. «&amp;nbsp;Cette saleté de procureur est également parti, sans doute par mépris, cela le dégoûtait de voir un homme nu.&amp;nbsp;» Mitia comptait néanmoins qu’on lui rapporterait ses vêtements après examen. Mais quelle ne fut son indignation lorsque Nicolas Parfenovitch revint subitement avec de tout autres habits que portait derrière lui un paysan.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Eh bien, voici des vêtements pour vous prononça-t-il d’un ton dégagé, visiblement très satisfait du succès de sa démarche. C’est M. Kalganov qui les offre vu ce cas curieux, ainsi qu’une chemise propre. Par bonheur, il avait tout cela avec lui, dans sa valise. Pour le linge de corps et les chaussettes, vous pouvez garder les vôtres.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;Mitia entra dans une terrible colère.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Je ne veux pas des vêtements des autres ! cia-t-il furieux, donnez-moi les miens !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— C’est impossible.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Donnez-moi les miens, au diable Kalganov, et ses vêtements et lui-même !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;On l’exhorta longtemps. Tant bien que mal, on finit cependant par le calmer. On lui fit comprendre que, ses vêtements étant tachés de sang, ils devaient être «&amp;nbsp;joints à la collection des pièces à conviction&amp;nbsp;», qu’on «&amp;nbsp;n’avait même plus le droit de les lui laisser…eu égard à la tournure que pouvait prendre l’affaire&amp;nbsp;». Mitia finit tant bien que mal par le comprendre. Il se tut d’un air sombre et s’habilla en hâte. Il fit seulement remarquer en enfilant les vêtements qu’ils étaient plus riches que les siens et qu’ils n’aurait pas voulu «&amp;nbsp;profiter de la situation&amp;nbsp;». En outre, ils étaient&amp;nbsp;&quot;étroits d’une façon humiliante&quot;&lt;/font&gt;. &quot;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;Dois-je donc jouer au saltimbanque là-dedans… pour votre délectation ?&quot;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;On lui fit de nouveau comprendre que là encore il exagérait, que si M. Kalganov était plus grand que lui, la différence n’était pas bien sensible et que seul le pantalon serait peut-être un peu long. Mais la redingote se révéla en effet étroite aux épaules.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Le diable l’emporte, j’ai du mal à la boutonner, grogna de nouveau Mitia. Ayez l’obligeance de dire immédiatement de ma part à M. Kalganov que ce n’est pas moi qui lui ai demandé ses vêtements mais qu’on m’a déguisé en bouffon.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;— Il le comprend fort bien et le regrette… c’est-à-dire non pas les vêtements mais toutes ces circonstances… mâchonna Nicolas Parfenovitch.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dostoïevski&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;Les Frères Karamazov (P.553 à557)&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Suite  Dostoïevski</title>
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                <author>noreply@ (Sauge)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Sat, 17 May 2008 11:09:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Seconde tribulation&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Vous ne sauriez croire combien vous nous mettez nous-mêmes à l’aise par votre bonne volonté, Dmitri Fédorovitch… commença Nicolas Parfenovitch d’un air animé et une satisfaction visible brilla dans ses grands yeux gris clairs à fleur de tête, très myopes d’ailleurs et dont il venait de retirer les lunettes. C’est avec raison que vous avez parlé de notre confiance réciproque, dont parfois il est même impossible de se passer dans les affaires de cette importance si la personne soupçonnée désire, espère et peut vraiment se disculper. De notre côté, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir, et vous avez déjà pu voir comment nous conduisons cette affaire… Vous m’approuvez, Hippolyte Kirillovitch ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Oh ! Sans aucun doute, confirma ce dernier, un peu sèchement pourtant en comparaison de l’élan de Nicolas Parfenovitch.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Je ferai remarquer une fois pour toutes : Nicolas Parfenovitch, nouveau venu chez nous, avait conçu, dès le début de sa carrière dans notre ville, une extraordinaire estime pour notre Hippolyte Kirrilovitch, le procureur, et s’était presque intimement lié avec lui. Il était à peu près le seul à croire sans réserve à l’exceptionnel don psychologique et oratoire de notre Hippolyte Kirrilovitch «&amp;nbsp;lésé dans sa carrière&amp;nbsp;», le seul aussi à croire absolument que celui-ci était réellement lésé. Il avait entendu parler de lui déjà à Pétersbourg. En revanche, le jeune Nicolas Parfenovitch était à son tour le seul être au monde qu’eût sincèrement pris en affection notre procureur «&amp;nbsp;lésé&amp;nbsp;». En route, ils avaient pu se consulter et s’entendre sur certains points de l’affaire qui les attendait, et maintenant, autour de la table, l’esprit prompt de Nicolas Parfenovitch saisissait au vol et comprenait à demi-mot, au premier regard, au moindre clin d’œil, chaque indication, chaque jeu de physionomie de son collègue aîné.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Messieurs, laissez-moi seulement raconter moi-même ; ne m’interrompez pas par des vétilles et je vous raconterai tout en un instant, reprit Mitia qui s’échauffait.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Parfait. Je vous remercie. Mais avant de vous entendre, permettez-moi seulement de constater encore un petit fait, fort curieux à nos yeux, à savoir qu’hier, vers cinq heures, vous avez emprunté dix roubles à votre ami Pierre Ilitch Perkhotine en engageant vos pistolets.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Je les ai engagés, messieurs, je les ai bien engagés, pour dix roubles, et après ? C’est tout. Je les ai engagés dès mon retour en ville.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Vous reveniez de voyage ? Vous aviez quitté la ville ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Je l’avais quittée, messieurs, j’étais allé à quarante verstes, vous ne le saviez pas ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Le procureur et Nicolas Parfenovitch échangèrent un regard.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— En général, si vous commenciez votre récit par un exposé méthodique de votre emploi du temps pour toute la journée d’hier, depuis le matin ? Permettez-moi de vous demander, par exemple, pourquoi vous vous êtes absenté, quand exactement vous êtes parti et revenu… et tous ces faits…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Vous n’aviez qu’à le demander dès le début, fit Mitia en éclatant de rire, et si vous voulez, il faut remonter non pas à la journée d’hier, mais à celle d’avant-hier matin, depuis le matin, vous comprendrez alors où, comment et pourquoi j’étais parti. Je suis allé, messieurs, avant-hier matin, chez un marchand d’ici, Samsonov, pour lui emprunter trois mille roubles contre une garantie on ne peut plus sûre : c’était devenu subitement urgent, messieurs, subitement urgent…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Permettez-moi de vous interrompre, intervint poliment le procureur, pourquoi subitement en avez-vous eu un tel besoin, et précisément de cette somme-là, c’est-à-dire de trois mille roubles ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Eh, messieurs, il faudrait éviter tous ces détails : comment, quand et pourquoi, pourquoi au juste telle somme et non pas telle autre, et toutes ces histoires… trois volumes n’y suffiraient pas et il faudrait encore un épilogue !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Tout cela Mitia le prononça avec la familiarité pleine de bonhomie mais impatiente de quelqu'un qui voudrait dire toute la vérité et serait plein des meilleures intentions.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Messieurs, enchaîna-t-il comme s’il se reprenait soudain, ne me reprochez pas mes ruades, je vous le demande de nouveau : croyez bien encore une fois que j’éprouve une déférence entière et que je comprends la véritable situation. Ne me croyez pas ivre. Je suis dégrisé. D’ailleurs être ivre ne me gênerait nullement. Chez moi cela se passe ainsi :&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;Dégrisé, l’esprit s’éclaire : on devient bête,&lt;/font&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font color=&quot;#808080&quot;&gt;Ayant bu, l’esprit s’embue : on devient intelligent.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Ha, ha ! Du reste, je vois, messieurs, qu’il ne me sied pas encore de faire de l’esprit devant vous, c’est-à-dire pas avant que nous ne nous ayons expliqués. Permettez-moi aussi de conserver ma dignité personnelle. Je comprends bien la différence qui existe actuellement entre nous : je suis quand même un criminel à vos yeux, donc on ne peut moins votre égal, et quant à vous, vous êtes chargés de me surveiller, vous n’allez pas me complimenter au sujet de Grigori, on ne peut tout de même pas casser impunément la tête à des vieillards. Vous allez bien maintenant, par jugement des tribunaux, m’enfermer dans une maison de force, mettons pour six mois, mettons pour un an, je ne sais pas à quoi on me condamnera là-bas chez vous, mais ce sera sans privation des droits, n’est-ce pas, sans privation des droits, procureur ? Donc, messieurs, je comprends bien cette différence… Mais convenez aussi que vous seriez capable d’embrouiller Dieu lui-même avec des questions semblables : où a-t-on mis le pied, comment l’a-t-on mis, quand et dans quoi l‘a-t-on mis ? Je ne manquerai pas de m’embrouiller s’il en est ainsi, vous le porterez aussitôt à mon compte, et que cela donnera-t-il ? Rien ! Mais enfin, du moment que j’ai commencé à discourir, j’irai jusqu’au bout, et vous, messieurs, avec votre instruction supérieure et votre noblesse de sentiments, pardonnez-moi. Précisément, je terminerai par une prière ; oubliez, messieurs, cette routine de l’interrogatoire, c’est-à-dire, voyez-vous, de commencer par quelque chose de négligeable, d’insignifiant : comment t’es-tu levé, qu’as-tu mangé, comment et où as-tu craché, et « après avoir endormi la vigilance du criminel&amp;nbsp;», lui assener subitement la question qui assomme : «&amp;nbsp;Qui as-tu tué ? Qui as-tu volé ?&amp;nbsp;» Ha, ha ! La voilà bien votre routine, c’est une règle chez vous, voilà sur quoi repose toute votre astuce ! Mais ce sont les rustres que vous endormez par de semblables astuces, pas moi. Moi je m’y entends, j’ai servi moi-même, ha, ha ! Vous n’êtes pas fâchés, messieurs, vous me pardonnez mon impertinence ? cria-t-il en les regardant avec une bonhomie presque surprenante. C’est Mitenka Karamazov qui parle, on peut donc l’excuser,&amp;nbsp; de la part d’un homme intelligent ce serait inexcusable, mais de la part de Mitenka ça l’est ? Ha, ha !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Nicolas Parfenovitch écoutait et riait également. Le procureur, bien qu’il ne rît pas, examinait Mitia d’un regard pénétrant sans le quitter des yeux, comme pour ne pas manquer son moindre mot, son moindre mouvement, le moindre frémissement des traits de son visage.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— C’est bien ainsi que nous avons commencé avec vous, réplique Nicolas Parfenovitch en continuant de rire, nous n’avons pas cherché à vous brouiller par les questions de savoir comment vous vous êtes levé le matin et ce que vous avez mangé, nous avons commencé par ce qui n’est au contraire que trop essentiel.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Je comprends, je l’avais compris et apprécié, et j’apprécie encore davantage la véritable bonté que vous me témoignez, une bonté sans pareille, digne des âmes les plus nobles. Tous les trois nous sommes des hommes d’honneur, et que tout soit donc basé entre nous sur une confiance réciproque de gens du monde éclairés, liés par leur noble naissance et par l’honneur. En tout cas, permettez-moi de vous considérer comme mes meilleurs amis, en ce moment de ma vie, en ce moment où mon honneur est flétri ! Cela ne vous froisse pas, messieurs, non, n’est-ce pas ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Au contraire, vous avez très bien formulé tout cela, Dmitri Fédorovitch, convint gravement et avec approbation Nicolas Parfenovitch.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Et les détails, messieurs, laissons tous ces détails procéduriers, s’écria Mitia avec enthousiasme, autrement le diable sait où cela nous mènerait, n’est-ce pas vrai ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Je suivrai entièrement vos sages conseils, intervint le procureur en s’adressant à Mitia, mais je ne retire cependant pas ma question. Il nous est vraiment indispensable de savoir pourquoi au juste vous avez eu besoin de cette somme, c’est-à-dire précisément de trois mille roubles.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Pourquoi j’en ai eu besoin ? Ma foi, pour ceci, pour cela… enfin, pour rembourser une dette.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— À qui donc ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Cela, je refuse absolument de le dire, messieurs ! Voyez-vous, si je ne le dis pas, ce n’est pas parce que je ne peux ou que je n’ose pas le dire, ou encore que je le redoute, car tout cela n’est rien, ce sont de vraies vétilles, mais bien parce que c’est une question de principe : c’est ma vie privée. Voilà mon principe. Votre question ne concerne pas l’affaire, or tout ce qui ne concerne pas l’affaire est ma vie privée ! Je voulais rembourser une dette d’honneur, mais à qui, je ne le dirai pas.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Permettez-nous de consigner cela, dit le procureur.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Je vous en prie. Consignez-le tel quel : que je ne le dirai pas, un point, c’est tout. Écrivez, messieurs, que je tiens même pour un manquement à l’honneur de le dire. En avez-vous du temps pour inscrire tant de choses !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Permettez, monsieur, que je vous avertisse et vous rappelle encore une fois, si tant est que vous ne le sachiez pas, prononça le procureur d’un ton particulièrement persuasif, que vous êtes entièrement en droit de ne pas répondre aux questions qu’on vous pose en ce moment et que, pour notre part, nous n’avons aucun droit de vous arracher des réponses si, pour telle ou telle raison vous vous y dérobez. C’est à vous d’en juger. Mais notre tâche consiste, d’autre part, dans un cas analogue au cas d’espèce, à vous représenter et à vous expliquer toute l’étendue du tort que vous vous faites vous-même en vous refusant à telle ou telle déclaration. Là-dessus je vous prie de continuer.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;♫&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;— Messieurs, je ne vous en tiens pas rigueur… je… bredouilla Mitia un peu confus de l’admonestation, voici, voyez-vous, messieurs, ce Samsonov chez qui je suis allé…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dostoïevski&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#333333&quot;&gt;Les frères Karamazov, Classique de Poche (P.534 à 538)&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Les Frères Karamazov</title>
                <link>http://poesiedicietdailleurs.hautetfort.com/archive/2008/05/12/les-freres-karamazov.html</link>
                <author>noreply@ (Sauge)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Mon, 12 May 2008 16:19:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;Il était fort tard pour le monastère lorsque Aliocha arriva à l’ermitage ; le portier le fit passer par une entrée spéciale. Neuf heures avaient déjà sonné, l’heure du repos général et du calme après une journée si mouvementée pour tous. Aliocha ouvrit timidement la porte et pénétra dans la cellule du staretz où se trouvait maintenant son cercueil. Il n’y avait personne dans la cellule, en dehors du père Païus qui, solitaire, lisait l’Évangile devant le cercueil, et du jeune novice Porphyre, fatigué par l’entretien de la nuit précédente ainsi que par l’agitation de la journée et qui, dans l’autre pièce, dormait par terre du profond sommeil de la jeunesse. Le père Païus entendit Aliocha entrer, mais ne tourna même pas la tête de son côté, Aliocha se dirigea vers le coin à droite de la porte, s’agenouilla et se mit à prier. Son âme débordait, mais ses sensations étaient confuses, aucune ne dominait les autres, au contraire, l’une succédait à l’autre, dans une sorte de rotation douce, régulière. Mais son cœur était plein de douceur et, chose étrange, il n’en était pas étonné. De nouveau il voyait devant lui ce cercueil, ce mort qui lui était cher enfermé de tous côtés, mais il n’y avait plus dans son cœur le regret éploré, lancinant, douloureux de ce matin. En entrant, il était tombé à genoux devant le cercueil comme devant une relique, mais la joie, c’était la joie qui rayonnait dans son esprit et dans son cœur. Une fenêtre de la cellule était ouverte, l’air était pur et plutôt froid : «&amp;nbsp; l’odeur a donc dû devenir encore plus forte puisqu’on s’est décidé à ouvrir la fenêtre&amp;nbsp;», se dit Aliocha. Mais cette pensée de l’odeur de décomposition qui, tout à l’heure encore, lui paraissait si horrible et si peu glorieuse ne fit pas non plus monter en lui son angoisse et son indignation d’alors. Il se mit à prier doucement, mais bientôt il sentit qu’il priait presque machinalement. Des fragments de pensées sourdaient, s’allumaient comme de petites étoiles et s’éteignaient aussitôt, chassées par d’autres, mais en revanche quelque chose d’entier, de ferme, d’apaisant régnait dans son âme, et il en avait lui-même conscience. Par instants, il commençait avec ferveur une prière, si fort était son désir de remercier et d’aimer…Mais, après avoir commencé la prière, il passait tout à coup à autre chose, s’absorbait dans ses pensées, oubliait et la prière et ce qui l’avait interrompue. Il prêta l’oreille à ce que lisait le père Païus mais, très fatigué, il commença peu à peu à s’assoupir…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;i&gt;Et le troisième jour il se fit des noces à Cana, en Galilée, et la mère de Jésus y était&lt;/i&gt;, lisait le père Païus&lt;i&gt;. Jésus fut aussi convié aux noces avec&lt;/i&gt; ses &lt;i&gt;disciples&lt;/i&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;— Les noces ? Qu’est-ce…les noces… Cette pensée passait comme un tourbillon dans l’esprit d’Aliocha. Pour elle aussi c’est le bonheur…elle est allée à un festin… Non, elle n’a pas pris le couteau, pas pris le couteau… Ce n’était qu’une «&amp;nbsp;parole lamentable&amp;nbsp;»… Allons… les paroles lamentables il faut les pardonner, toujours. Les paroles lamentables consolent l’âme… sans elles la peine des hommes serait trop cruelle. Rakitine s’est retiré dans son coin. Tant que Rakitine pensera à ses griefs, il se retirera toujours dans son coin… Et la route… la route est large, droite, claire, cristalline, et le soleil est au bout… Hein ? … que lit-on ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;«&amp;nbsp;… &lt;i&gt;Et le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : ils n’ont point de vin&lt;/i&gt;…&amp;nbsp;» entendait Aliocha.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;— Ah ! Oui, j’ai manqué le début, et pourtant je ne voulais pas le manquer, j’aime ce passage, ce sont les noces de Cana, le premier miracle… Ah ! Ce miracle, ah ! Ce beau miracle ! Ce n’est pas la peine des hommes mais leur joie qu’est venu visiter le Christ, en accomplissant pour la première fois un miracle il a contribué à la joie des hommes… «&amp;nbsp; Celui qui aime les hommes aime aussi leur joie…&amp;nbsp;» Le défunt répétait cela à chaque instant, c’était une de ses principales idées… On ne peut vivre sans joie, dit Mitia… Oui, Mitia... &amp;nbsp;Tout ce qui est vrai et beau est toujours toute miséricorde, c’est encore lui qui disait cela…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;«&amp;nbsp;… &lt;i&gt;Jésus lui répondit : Femme, qu’est-ce que cela pour moi et vous ? Mon heure n’est pas encore venue. Sa mère dit aux serviteurs&amp;nbsp;: Faites tout ce qu’il vous dira…&amp;nbsp;&lt;/i&gt;»&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;— Faites… La joie, la joie de quelques pauvres, très pauvres gens… Pauvres, bien entendu, puisque même pour les noces ils ont manqué de vin… Les historiens disent que près du lac de Génésareth et en tous ces lieux vivait alors la population la plus misérable qu’on puisse imaginer… Et un autre grand cœur d’un autre être supérieur qui était également là, celui de sa Mère, savait bien que ce n’était pas seulement pour sa grande mission terrible qu’il était venu alors, et que la gaité simple et naïve des gens obscurs et sans méchanceté, qui l’invitaient cordialement à leurs humbles noces, était également accessible à son cœur. «&amp;nbsp;Mon heure n’est pas encore venue&amp;nbsp;», il parle avec un doux sourire (il lui a sûrement souri avec douceur)… Vraiment, se peut-il que ce soit pour multiplier le vin à de pauvres noces qu’il est venu sur terre ? Pourtant il a bien fait selon sa prière… Ah ! Il lit de nouveau.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;… Jésus leur dit : Remplissez d’eau ces urnes, et ils les remplirent jusqu’en haut.&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;&lt;em&gt;Et il leur dit : Puisez-en maintenant et portez-en au maître du festin, et ils en portèrent.&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;&lt;em&gt;Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin (il ne savait pas d’où venait ce vin mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient), il interpella l’époux.&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;&lt;em&gt;Et lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin et, après qu’on a bu abondamment le moins bon. Mais toi tu as gardé le bon jusqu’à ce moment&amp;nbsp;».&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;— Mais qu’est-ce, qu’est-ce ? Pourquoi les murs s’écartent-ils ? Ah, oui… c’est le mariage, les noces… oui, bien sûr. Voici les invités, voici aussi les mariés, et la foule joyeuse, et…où est donc le très sage maître du festin ? Mais qui est-ce ? Qui ? De nouveau les murs s’écartent… Qui est celui qui se lève de la grande table ? Comment ? Lui aussi est ici ? Pourtant il est dans le cercueil… Mais il est également ici… il s’est levé, il m’a vu, il vient ici… Seigneur !…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;Oui, vers lui, il est venu vers lui, le petit vieillard sec, avec de fines rides au visage, plein d’allégresse et riant doucement. Le cercueil n’est plus là, et il porte les mêmes vêtements qu’hier, quand les visiteurs se sont réunis chez lui. Son visage est entièrement découvert, ses yeux brillent. Comment est-il possible, lui aussi est donc au festin, lui aussi a été invité aux noces de Cana en Galilée…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;— Moi aussi, mon cher, moi aussi j’ai été invité, invité et appelé, dit au-dessus de lui la voix douce. Pourquoi te caches-tu ici, pourquoi ne te vois-on pas… viens te joindre à nous.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;C’est sa voix, la voix du staretz Zossima… Et comment ne serait-ce pas lui puisqu’il l’appelle ? Le staretz a soulevé Aliocha de la main. Aliocha s’est relevé.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;— Nous sommes dans l’allégresse, continue le petit vieillard sec, nous buvons le vin nouveau, le vin de la joie nouvelle, grande ; tu vois tous ces invités ? Voici le fiancé et la fiancée, voici le très sage ordonnateur, il goûte le vin nouveau. Pourquoi es-tu étonné de me voir ? J’ai donné un oignon, aussi suis-je ici. Et beaucoup, ici, n’ont donné qu’un oignon, rien qu’un petit oignon chacun… Que sont nos œuvres ? Toi aussi, mon gentil, toi aussi, mon doux garçon, toi aussi tu as su aujourd’hui donner un oignon à une affamée. Commence, mon cher, commence ton œuvre, mon doux !… Vois-tu notre Soleil, Le vois-tu ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;— J’ai peur… je n’ose regarder… murmura Aliocha&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;— N’aie pas peur de Lui. Il est, comparé à nous, redoutable par Sa majesté, terrible par Sa grandeur, mais Il est infiniment clément, par amour Il s’est fait pareil à nous et Il partage notre allégresse. Il change l’eau en vin pour que ne tarisse pas la joie des invités, Il attend de nouveaux invités, en appelle sans cesse d’autres et, cette fois, aux siècles des siècles. Voilà qu’on apporte le vin nouveau, tu vois, on porte les urnes…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;Quelque chose brûlait dans le cœur d’Aliocha, quelque chose l’emplit soudain jusqu’à la souffrance, des larmes d’extase cherchaient à jaillir de son âme… Il tendit les bras, poussa un cri et s’éveilla…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dostoïevski&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Les Frères Karamazov&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#003300&quot;&gt;Classique de Poche P. 415&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; 
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